mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 février 2023 et le 29 mars 2024,
la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne, représentée par Me Merger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 52-2022-02-00014 du 3 février 2023 par lequel la préfète
de la Haute-Marne a autorisé les lieutenants de louveterie à détruire les sangliers de toute catégorie jusqu'au 5 mars 2023 inclus sur la commune de Roches-Bettaincourt et les communes limitrophes d'Andelot-Blancheville, Busson, Doulaincourt-Saucourt, Montot-sur-Rognon, Pautaines-Augeville, Reynel, Signeville, Viéville, et Vouécourt ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application
des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et ne démontre pas de dégâts suffisamment importants pour autoriser le tir à l'affût de sangliers de jour et de nuit sur 10 communes
par les lieutenants de louveterie ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il a été pris sans mise en œuvre préalable de la procédure de consultation du public prévue à l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement et sans avoir sollicité l'avis de la fédération départementale des chasseurs ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les vermillages causés par les sangliers sont insuffisants pour autoriser le tir à l'affût de jour et de nuit sur 10 communes par les lieutenants de louveterie.
Par des mémoires en défense enregistrés le 11 octobre 2023 et le 26 juin 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la fédération départementale des chasseurs
de la Haute-Marne ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amelot, premier conseiller,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;
- et les observations de Me Merger représentant la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 3 février 2023, la préfète de la Haute-Marne a autorisé les lieutenants de louveterie à détruire les sangliers de toute catégorie jusqu'au 5 mars 2023 inclus
sur la commune de Roches-Bettaincourt et les communes limitrophes d'Andelot-Blancheville, Busson, Doulaincourt-Saucourt, Montot-sur-Rognon, Pautaines-Augeville, Reynel, Signeville, Viéville, et Vouécourt. La fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de la charte de l'environnement : " toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi () de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement ". Aux termes de l'article L.123-19-1 du code de l'environnement : " I. - Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux décisions qui modifient, prorogent, retirent ou abrogent les décisions mentionnées à l'alinéa précédent soumises à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif. ()". Aux termes de l'article L. 427-1 du code de l'environnement : " Les lieutenants de louveterie sont nommés par l'autorité administrative et concourent sous son contrôle à la destruction des animaux mentionnés aux articles L. 427-6 et L. 427-8 ou ponctuellement aux opérations de régulation des animaux qu'elle a ordonnées. Ils sont consultés, en tant que de besoin, par l'autorité compétente, sur les problèmes posés par la gestion de la faune sauvage ". Aux termes de l'article L. 427-6 du code de l'environnement : " Sans préjudice du 9° de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales, chaque fois qu'il est nécessaire, sur l'ordre du représentant de l'Etat dans le département, après avis du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et du président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, des opérations de destruction de spécimens d'espèces non domestiques sont effectuées pour l'un au moins des motifs suivants : / 1° Dans l'intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvages et de la conservation des habitats naturels ; / 2° Pour prévenir les dommages importants, notamment aux cultures, à l'élevage, aux forêts, aux pêcheries, aux eaux et à d'autres formes de propriétés ; / 3° Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ; / 4° Pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique ; / 5° Pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement ".
3. La battue administrative prévue par l'arrêté attaqué n'autorise les tirs de jour et de nuit que durant une période limitée à un mois et deux jours, du 3 février 2023
au 5 mars 2023 inclus et sur le territoire de dix communes. Ainsi, dans ces conditions, l'arrêté attaqué, alors même qu'il ne limitait pas le nombre de sangliers susceptibles d'être abattus par les lieutenants de louveterie dans le cadre de tir à l'affût de jour et de nuit, ne peut être regardé comme ayant eu un effet significatif sur l'environnement au sens de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'absence de mise en œuvre d'une procédure de participation du public doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de pièces du dossier que la direction départementale des territoires de la Haute-Marne a adressé un mail, le 2 février 2023, à la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne pour solliciter un avis, avant le 3 février 2023 à 16 heures, sur une demande de tirs de nuit sur la commune de Roches-Bettaincourt émanant d'un exploitant agricole et qu'aucune réponse n'a été apportée à cette demande. Dans ces conditions, les dispositions précitées de l'article L. 427-6 du code de l'environnement n'ont pas été méconnues. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'absence d'avis émis par la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne doit être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte tant des dispositions précitées de l'article L. 427-6 du code de l'environnement, sur le fondement desquels a été adopté l'arrêté contesté,
que de son objet même, que ce dernier, qui ne s'adresse pas à des personnes nommément désignées, mais ordonne des actions de chasse sous la responsabilité des lieutenants de louveterie, ne constitue pas une décision individuelle soumise en tant que telle aux règles de motivation. Par suite, le moyen soulevé par la fédération départementale des chasseurs
de la Haute-Marne tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme inopérant.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'en raison de l'augmentation régulière du nombre de sangliers, les prélèvements de ces animaux sont passés de 70 000 en 1977-1978 à 843 000 en 2021-2022 au plan national et de 7 612 en 2001-2002 à 12 464
en 2022-2023 au niveau départemental en Haute-Marne. Si la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne, s'appuyant sur un procès-verbal de constat établi le 8 février 2023 par un commissaire de justice, fait valoir que les sangliers ont laissé sur leur passage des vermillis, sillons superficiels dans la terre, il est établi par les pièces du dossier que cette espèce animale est à l'origine de dégâts importants en progression au regard des surfaces agricoles détruites, lesquelles sont passées de 677 hectares en 2001-2002 à 1 414 ha en 2021-2022. En outre, dans un rapport de janvier 2012, la mission interministérielle sur les dégâts de grand gibier a classé le département de la Haute-Marne en situation d'urgence quant aux dégâts de grand gibier et a préconisé un prélèvement moyen maximal de 3 sangliers aux 100 hectares boisés pour atteindre une situation d'équilibre alors que dans l'unité de gestion " Bologne ", qui comprend les dix communes concernées par l'arrêté attaqué, les prélèvements ont atteint un niveau de 7,14 aux 100 hectares boisés lors de la campagne 2022-2023. Dès lors que l'arrêté attaqué a été pris dans un secteur soumis à une forte population de sangliers, pour une durée limitée à un mois et deux jours, et qu'il ne concerne que les communes de Roches-Bettaincourt et les communes limitrophes d'Andelot-Blancheville, Busson, Doulaincourt-Saucourt, Montot-sur-Rognon, Pautaines-Augeville, Reynel, Signeville, Viéville, et Vouécourt, c'est sans commettre d'erreur de fait, ni d'erreur d'appréciation, que la préfète de la Haute-Marne a autorisé les lieutenants de louveterie à détruire les sangliers de toute catégorie jusqu'au 5 mars 2023.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la fédération départementale
des chasseurs de la Haute-Marne doit être rejetée.
Sur les frais de l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Marne est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la fédération départementale de chasseurs
de la Haute-Marne et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat
et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
F. AMELOT
Le président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat
et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026