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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300403

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300403

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 23 février 2023, le 29 mars 2023 et le 10 mai 2023, M. B A, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour et de lui délivrer, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet de la Marne était tenu de saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 mai 2023, à 12 heures.

Des pièces, présentées pour M. A, ont été enregistrées le 5 juillet 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, présidente,

- et les observations de Me Malblanc, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 9 mai 1972, est entré en France le 23 janvier 2012 sous couvert d'un visa de court séjour. L'intéressé a déposé une demande de titre de séjour à raison d'une présence en France de dix années, enregistrée le 28 septembre 2022 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".

3. Il ressort des attestations de dépôt délivrées par les services de la préfecture de la Marne en date du 28 septembre 2022 que M. A a présenté une demande de titre de séjour à raison de sa présence en France depuis dix ans, laquelle a été enregistrée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A supposer même que sa demande de titre de séjour puisse être regardée comme ayant été présentée sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, M. A ne justifie pas de sa résidence en France depuis plus de dix années par les pièces produites dans la présente instance, lesquelles se limitent à un visa d'entrée sur le territoire français en 2012, à deux attestations établies en 2021 et 2022 faisant état de sa domiciliation en 2015 ou de sa fréquentation d'une association depuis 2015, d'une attestation de demande de passeport en France en 2017, d'attestations de présence en France en 2020 et d'une promesse d'embauche en 2023. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. D'une part, la procédure de saisine pour avis de la commission du titre de séjour, dans les conditions prévues par l'article L. 435-1, n'est pas applicable aux ressortissants algériens. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que le requérant n'était pas au nombre des étrangers pouvant obtenir un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, faute de justifier de sa résidence en France depuis plus de dix ans. Par suite, le préfet de la Marne n'était, en tout état de cause, pas tenu de soumettre sa situation pour avis à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Romain Mainnevret et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Mach, présidente,

- Mme Castellani, première conseillère,

- M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

A-C CASTELLANILa présidente-rapporteure,

signé

A-S MACH

Le greffier,

signé

E. MOREUL

No 2300403

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