mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP PELLETIER & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er mars 2023, le 27 avril 2023 et le
26 mai 2023, M. B D, représenté par Me Pelletier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 9 janvier 2023 par laquelle le président du Conseil départemental de la Marne a procédé à sa radiation ;
2°) d'enjoindre au président du Conseil départemental de la Marne de le replacer dans la situation dans laquelle il était avant sa radiation et de reconstituer sa carrière ;
3°) de condamner le département de la Marne à lui verser la somme de 24 576,64 euros correspondant au traitement qu'il aurait dû percevoir du 25 au 31 janvier 2023, pour les mois de février, mars et avril 2023 et pour chaque jour en attente de sa réintégration à compter du
1er mai 2023, cette somme devra être augmentée de 245,77 euros par jour ;
4°) de condamner le département de la Marne à lui verser la somme 3 000 euros au titre du préjudice moral qu'il soutient avoir subi ;
5°) de mettre à la charge du département de la Marne une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision méconnait les articles L. 556-1 et L. 556-2 du code général de la fonction publique dès lors qu'il justifie avoir deux enfants à charge et que ces articles ne posent pas une condition d'aptitude aux fonctions ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure car l'administration aurait dû saisir un comité médical ou la commission de réforme et procéder à une adaptation du poste de travail ou un reclassement ;
- le département de la Marne avait donné son accord pour un report de l'âge de la retraite par un courrier du 21 octobre 2022 ;
- ses compétences professionnelles n'ont jamais été remise en cause ;
- le département de la Marne a commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité ;
- il a subi une perte de rémunération ;
- il a subi un préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 avril 2023 et le 28 avril 2023, le département de la Marne conclut au rejet de la requête et qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable et de décision liant le contentieux ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par courrier en date du 12 novembre 2024, le département de la Marne et le conseil du requérant, ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que dans l'hypothèse où le tribunal viendrait à annuler la décision du 9 janvier 2023 par laquelle le président du Conseil départemental de la Marne a procédé à la radiation de
M. D, la circonstance selon laquelle ce dernier soit décédé à la date de la décision à intervenir, rend sans objet les conclusions à fin d'injonction à la réintégration du requérant.
Par ordonnance du 3 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique,
- les observations de Mme C, représentant le département de la Marne.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, né le 25 janvier 1956, a été recruté par le département de la Marne le 1er septembre 1996. Il a été affecté en 2013 sur le poste de chargé de mission auprès du directeur général des services. Il a demandé, par courrier du 12 juillet 2022, le report de son âge de départ à la retraite de deux ans. Par arrêté du 9 janvier 2023, le président du conseil départemental de la Marne l'a radié des cadres. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision, d'enjoindre au président du conseil départemental de le réintégrer et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de condamner le département de la Marne à indemniser les préjudices qu'il soutient avoir subi du fait de l'illégalité fautive. M. B D est décédé le 2 mai 2024. L'affaire était au jour de son décès en état d'être jugée, il y a lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2023 :
2. Aux termes de l'article L. 556-2 du code général de la fonction publique : " La limite d'âge est reculée d'une année par enfant à la charge de l'agent public, sans que la prolongation d'activité puisse être supérieure à trois ans. / Les enfants pris en compte sont ceux ouvrant droit à l'attribution des prestations familiales et ceux ouvrant droit au versement de l'allocation aux adultes handicapés ". La notion d'enfant à charge servant à reculer éventuellement les limites d'âge des mises à la retraite par ancienneté est celle des lois et règlements régissant l'attribution à ces derniers des prestations familiales, à la date à laquelle ils atteignent la limite d'âge de leur emploi.
3. Aux termes de l'article L. 512-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne française ou étrangère résidant en France, ayant à sa charge un ou plusieurs enfants résidant en France, bénéficie pour ces enfants des prestations familiales dans les conditions prévues par le présent livre sous réserve que ce ou ces derniers ne soient pas bénéficiaires, à titre personnel, d'une ou plusieurs prestations familiales, de l'allocation de logement sociale ou de l'aide personnalisée au logement ". Aux termes de l'article L. 512-3 du code de la sécurité sociale :
" Sous réserve des règles particulières à chaque prestation, ouvre droit aux prestations familiales : 1°) tout enfant jusqu'à la fin de l'obligation scolaire ; 2°) après la fin de l'obligation scolaire, et jusqu'à un âge limite, tout enfant dont la rémunération éventuelle n'excède pas un plafond. () ". Aux termes de l'article R. 512-2 du même code : " Les enfants ouvrent droit aux prestations familiales : 1°) jusqu'à l'âge de 17 ans pour l'enfant dont la rémunération n'excède pas le plafond fixé au deuxième alinéa ; 2°) jusqu'à l'âge de 20 ans, lorsque n'étant plus soumis à l'obligation scolaire, ils font partie des catégories mentionnées au 3° de l'article L. 512-3/ Le plafond de rémunération mentionné au 2° de l'article L. 512-3 est égal, pour un mois, à 55 p. 100 du salaire minimum interprofessionnel de croissance défini aux articles L. 141-1 L. 141-9 du code du travail, multiplié par 169. () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " Par dérogation aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 512-2, les enfants ouvrent droit au complément familial jusqu'à l'âge de vingt et un ans sous réserve que leur rémunération n'excède pas le plafond fixé au deuxième alinéa de l'article R. 512-2 ".
4. M. D était père de deux enfants nés le 20 mai 2003 et âgés de moins de 21 ans au 25 janvier 2023, date à laquelle il avait atteint la limite d'âge de son emploi. Ils vivaient à son domicile et il justifiait leur verser une pension alimentaire. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis d'imposition 2022 sur les revenus 2021 que les enfants de M. D ne déclaraient pas de revenus supérieurs au plafond fixé par l'article R. 512-2 du code de la sécurité sociale. Il ressort également des pièces du dossier qu'ils ne bénéficiaient pas, à titre personnel de prestations familiales ou d'une allocation logement. Au demeurant, le requérant justifiait du versement en décembre 2022 du supplément familial de traitement accordé aux agents ayant des enfants à charge au sens des dispositions du code de sécurité sociale précitées. La circonstance selon laquelle le jugement de divorce du requérant ait confié la garde des enfants à leur mère est sans effet sur la solution du litige, la notion d'enfant à charge s'appréciant à la date à laquelle l'agent a atteint la limite d'âge de son emploi. Par suite, en considérant que M. D n'avait pas d'enfant à charge au sens de l'article L. 556- 2 du code général de la fonction publique, le département de la Marne a méconnu ces dispositions.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens au soutien de ces conclusions, que l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le président du Conseil départemental de la Marne a procédé à sa radiation doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonctions :
6. L'annulation d'une décision ayant irrégulièrement évincé un agent public impose à l'autorité compétente de procéder à la réintégration juridique de l'intéressé à la date de cette décision, de prendre rétroactivement les mesures nécessaires pour reconstituer sa carrière et le placer dans une situation régulière et, à défaut d'une nouvelle décision d'éviction, de prononcer sa réintégration effective dans l'emploi qu'il occupait avant son éviction si cet emploi présente un caractère unique ou, à défaut d'un tel caractère, dans un emploi correspondant à son grade.
7. Le décès du requérant, intervenu en cours d'instance, fait en tout état de cause obstacle à ce qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de le réintégrer. Par suite, il n'y a plus lieu à statuer les conclusions à fin d'injonction à la réintégration qui ont perdu leur objet.
8. Toutefois, l'annulation de la décision de radiation implique qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de la Marne de reconstituer la carrière du requérant, au titre de la période allant du premier jour de sa mise à la retraite, au dernier jour travaillé si sa demande de prolongation d'activité avait été acceptée. Cette reconstitution de carrière devra être effective dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. M. D demande au tribunal de condamner le département de la Marne, à lui verser la somme de 24 576, 64 euros correspondant au traitement qu'il aurait dû percevoir du
25 au 31 janvier 2023 et pour les mois de février, mars et avril 2023 et pour chaque jour en attente de sa réintégration à compter du 1er mai 2023, cette somme devant être augmentée de 245,77 euros par jour. Il demande également la somme de 3 000 euros au titre du préjudice moral. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait saisi le président du conseil départemental de la Marne d'une demande indemnitaire préalable à la saisine du juge administratif. Ainsi, en tout état de cause, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux et de rejeter la demande d'indemnisation du requérant.
Sur les frais du litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D qui est la partie principalement gagnante dans la présente instance, la somme que le département de la Marne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du conseil départemental de la Marne une somme de 1 500 euros aux ayant- droits de M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a lieu plus lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction à la réintégration présentées par M. D.
Article 2 : L'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le président du conseil départemental de la Marne a procédé à sa radiation est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Marne de reconstituer la carrière de M. D dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le département de la Marne versera à aux ayant-droits de M. D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions présentées par le département de la Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié aux ayant-droits de M. B D et au département de la Marne.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
Mme Bénédicte Alibert, première conseillère,
M. Oscar Alvarez, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,Le président,
B. AO. NIZET
La greffière,
N. MASSON
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026