mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300456 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 2ème chambre |
| Avocat requérant | TRITSCHLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mars 2023, M. A C, représenté par
Me Tritschler, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision 48SI du 7 janvier 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;
2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions des 4 et
11 août 2019, 23 avril 2020, 18 août 2020, 19 mars 2021, 9 avril 2021 et 19 octobre 2022 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés à la suite de ces infractions dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C une somme de 1 000 euros, au titre des frais irrépétibles, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 13 juin 2023, M. C conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ainsi qu'au rejet des conclusions du ministre de l'intérieur présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 15 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision 48SI en date du 7 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a notifié à M. C la perte de deux points du capital affecté à son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 19 octobre 2022 à Amance, a récapitulé les pertes de points consécutives à des infractions commises entre août 2019 et avril 2021, a constaté l'invalidité du permis de conduire de l'intéressé suite à ces retraits et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. C demande l'annulation de cette décision et des décisions successives de retraits de points.
Sur le défaut d'information préalable :
2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à
L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article
R. 223-3 de ce code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. () ".
3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et
R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
En ce qui concerne l'infraction du 19 mars 2021 :
4. L'article 529-2 du code de procédure pénale dispose que : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par les articles 529-10 et 529-12, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public. / A défaut de paiement ou d'une requête présentée dans le délai de quarante-cinq jours, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. ". Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée.
5. Il résulte de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale que le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
6. Il ressort du relevé d'information intégral de M. C, produit en défense et dont les mentions ne sont pas contestées, qu'il s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction du 19 mars 2021. Dès lors, le requérant a nécessairement reçu par voie postale un avis d'amende forfaitaire majorée. Cette seule constatation, en l'absence d'élément produit par l'intéressé tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets, permet d'établir que l'administration lui a délivré, préalablement au règlement de cette amende, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points consécutif à l'infraction du 19 mars 2021 a été effectué en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
En ce qui concerne les infractions des 4 août 2019, 23 avril et 18 août 2020 et
19 octobre 2022 :
7. D'une part, les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles
L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
8. Par suite, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire, a nécessairement reçu l'avis de contravention.
9. D'autre part, il résulte de l'article A. 37-8 du code de procédure pénale, pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du même code, que lorsqu'une infraction est constatée par radar automatique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention.
10. Dans les deux cas, eu égard aux mentions dont l'avis de contravention doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
11. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, que les infractions commises les 23 avril et
18 août 2020, relevées par procès-verbal électronique, et les infractions commises les
4 août 2019 et 19 octobre 2022, constatées par radar automatique, ont donné lieu au paiement différé par celui-ci des amendes forfaitaires, ce qui n'est pas contesté par M. C. Par suite,
M. C n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points consécutifs aux infractions des
4 août 2019, 23 avril et 18 août 2020 et 19 octobre 2022 ont été effectués en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
En ce qui concerne les infractions du 11 août 2019 et du 9 avril 2021 :
12. Il résulte de l'instruction que la réalité des infractions commises les 11 août 2019 et 9 avril 2021 a été établie par deux condamnations pénales devenues définitives prononcées, d'une part, par le tribunal de grande instance de Troyes le 11 novembre 2019 et d'autre part, par le tribunal de police de Chaumont le 15 avril 2022. Si l'intéressé indique avoir contesté ces condamnations auprès de différents officiers du ministère public, aucune des pièces du dossier ne permet de vérifier la véracité de ces allégations. Le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne saurait, en tout état de cause, être utilement invoqué à l'encontre des retraits de points correspondant à ces infractions.
Sur la réalité des infractions contestées :
13. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ".
14. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C s'est acquitté des amendes forfaitaires afférentes aux infractions des 4 août 2019, 23 avril et 18 août 2020, 19 mars 2021 et
19 octobre 2022. Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester la réalité de ces infractions.
15. Comme il a été dit au point 12, dès lors que la réalité des infractions des
11 août 2019 et du 9 avril 2021 a été établie par deux condamnations pénales devenues définitives, celle-ci ne peut être contestée devant le juge administratif.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction
17. le présent jugement qui rejette les conclusions d'annulation de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
18. les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de
M. C le versement de la somme que l'Etat demande sur le fondement des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur et des outre-mer présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le magistrat désigné,
O. B
La greffière,
N. MASSON
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