mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 28 février 2023, M. B et Mme C D, demandent au tribunal d'annuler la décision du 10 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Ardennes a refusé de leur délivrer un agrément en vue de l'adoption d'un enfant ensemble le rejet de leur recours gracieux intervenu le 11 janvier 2023.
Ils soutiennent que c'est à tort qu'il a été considéré qu'ils ne réunissaient pas les conditions pour pouvoir adopter un enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le département des Ardennes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens des requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;
- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 225-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les pupilles de A peuvent être adoptés soit par les personnes à qui le service de l'aide sociale à l'enfance les a confiés pour en assurer la garde lorsque les liens affectifs qui se sont établis entre eux justifient cette mesure, soit par des personnes agréées à cet effet, soit, si tel est l'intérêt desdits pupilles, par des personnes dont l'aptitude à les accueillir a été régulièrement constatée dans un A autre que la France, en cas d'accord international engageant à cette fin ledit A. L'agrément a pour finalité l'intérêt des enfants qui peuvent être adoptés. Il est délivré lorsque la personne candidate à l'adoption est en capacité de répondre à leurs besoins fondamentaux physiques, intellectuels, sociaux et affectifs. L'agrément prévoit une différence d'âge maximale de cinquante ans entre le plus jeune des adoptants et le plus jeune des enfants qu'ils se proposent d'adopter. Toutefois, s'il y a de justes motifs, il peut être dérogé à cette règle en démontrant que l'adoptant est en capacité de répondre à long terme aux besoins mentionnés au deuxième alinéa du présent article. L'agrément est accordé pour cinq ans, dans un délai de neuf mois, par le président du conseil départemental, ou, en Corse, par le président du conseil exécutif sur avis conforme d'une commission dont la composition est fixée par voie réglementaire. Le délai court à compter de la date à laquelle la personne confirme sa demande d'agrément dans les conditions fixées par voie réglementaire. L'agrément est délivré par un arrêté dont la forme et le contenu sont définis par décret. L'agrément est délivré pour l'accueil d'un ou de plusieurs enfants simultanément. Une notice, dont la forme et le contenu sont définis par décret, décrivant le projet d'adoption des personnes agréées est jointe à l'agrément. Cette notice peut être révisée par le président du conseil départemental, ou, en Corse, par le président du conseil exécutif sur demande du candidat à l'adoption. Pendant la durée de validité à l'agrément, le président du conseil départemental, ou, en Corse, le président du conseil exécutif propose aux personnes agréées des réunions d'information. L'agrément est caduc à compter de l'arrivée au foyer d'au moins un enfant français ou étranger, ou de plusieurs simultanément ". Aux termes des dispositions de l'article R. 225-4 du même code : " Avant de délivrer l'agrément, le président du conseil général doit s'assurer que les conditions d'accueil offertes par le demandeur sur les plans familial, éducatif et psychologique correspondent aux besoins et à l'intérêt d'un enfant adopté. A cet effet, il fait procéder, auprès du demandeur, à des investigations comportant notamment : - une évaluation de la situation familiale, des capacités éducatives ainsi que des possibilités d'accueil en vue d'adoption d'un enfant pupille de A ou d'un enfant étranger ; cette évaluation est confiée à des assistants de service social, à des éducateurs spécialisés ou à des éducateurs de jeunes enfants, diplômés A ; - une évaluation, confiée à des psychologues territoriaux aux mêmes professionnels relevant d'organismes publics ou privés habilités mentionnés au septième alinéa de l'article L. 221-1 ou à des médecins psychiatres, du contexte psychologique dans lequel est formé le projet d'adopter. () ". Aux termes de l'article L. 225-3 du même code : " () Les personnes qui demandent l'agrément bénéficient des dispositions de l'article L. 223-1. () Elles peuvent demander que tout ou partie des investigations effectuées pour l'instruction du dossier soient accomplies une seconde fois et par d'autres personnes que celles auxquelles elles avaient été confiées initialement () ". Aux termes de l'article R. 225-5 de ce code : " La décision est prise par le président du conseil départemental après consultation de la commission d'agrément prévue à l'article R. 225-9. () ".
2. Il résulte des termes de l'article L. 225-2 du code de l'action sociale et des familles que le président du conseil départemental, saisi d'une demande d'agrément en vue d'adopter un enfant, est tenu de suivre le sens de l'avis rendu par la commission d'agrément. Si un avis favorable imposera au président du conseil départemental de délivrer l'agrément sollicité, un avis défavorable ne met pas un terme à la procédure, mais impose là aussi qu'une décision rejetant la demande soit prise par cette même autorité. Par suite, l'avis rendu par la commission d'agrément est un acte préparatoire à la décision prise par le président du conseil départemental, seule, susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux. Par suite, les requérants peuvent utilement invoquer tous moyens au soutien de leurs conclusions d'annulation d'un refus d'agrément qui leur serait opposé.
3. Il ressort des pièces du dossier que les époux D ont déposé le 28 janvier 2021 une demande d'agrément en vue d'une adoption. Des investigations ont été diligentées par les services du département des Ardennes, qui ont donné lieu à la remise d'un compte-rendu d'entretiens psychologiques le 4 septembre 2021 et d'un rapport social le 30 septembre 2021 faisant état des difficultés rencontrées par les époux tant sur le plan personnel que dans leur vie de couple. Il est ainsi mentionné dans le premier document qu'" il y a comme une contradiction dans l'attitude de Mme, elle veut offrir à l'enfant une ouverture sur le monde alors que nous la sentons dans un univers très étriqué " ou encore que " Monsieur D présente un profil tout en contraste et en contradiction. En effet, il a beaucoup d'humour, se présente de manière joviale comme un peu détaché de tout. Pour autant, il est en mesure de passer de l'idéal à l'enfer dans ses représentations du monde environnant. ". Il est mis en exergue dans le second rapport que " dans le parcours et dans leur histoire commune, M. et Mme D ont dû gérer des situations de crise qui les ont malmenés et fragilisés sur les plans personnel, familial et social () le déroulement des investigations laisse apparaître un décalage dans le couple, dans la mobilisation, dans la façon d'affronter les difficultés, de gérer les conflits, dans l'acceptation d'une remise en question. Le projet d'adoption se présente dans un contexte éprouvé ". A la demande des requérants les 6 et 20 octobre 2021 de nouvelles investigations, comme les y autorisaient les dispositions de l'article L. 225-3 précitées, ont été menées par des professionnels distincts des premiers. Il ressort des conclusions du rapport psychologique du 7 juin 2022 que Monsieur et Madame D " ont tiré bénéfice des échanges pendant la procédure ", " se sont montrés disponibles, authentiques et impliqués " et ont fait " preuve de sensibilité et de remise en question et de souplesse psychologique ", " ont su axer leur réflexion en tenant compte des besoins de l'enfant, et ont placé l'intérêt de l'enfant au cœur de leur cheminement " et que part ailleurs " les spécificités de la parentalité adoptive sont perçues et reconnues ". En outre, les conclusions du rapport social du 30 août 2022 insistent sur la circonstance que " les particularités de la filiation adoptive sont comprises et appréhendées sereinement " et " le positionnement parental est assuré et toujours en fonction du bien-être de l'enfant. ". Ces nouvelles investigations concluent à un avis favorable au projet d'adoption des époux D. La commission d'agrément qui s'est réuni le 10 octobre 2022 a cependant rendu un avis défavorable à l'unanimité de ses membres de la commission d'agrément qui a estimé que malgré des recherches et un investissement dans la procédure, la place de l'enfant n'est ni clairement pensée ni appropriée. Par une décision du même jour, dont les requérants demandent l'annulation, le président du conseil départemental des Ardennes a refusé d'accorder à M. et Mme D un agrément en vue de l'adoption d'un enfant au motif que les conditions d'accueil offertes par les intéressés sur les plans familial, éducatif et psychologique ne permettaient pas de répondre favorablement, dans l'immédiat, à leur demande.
4. Toutefois, alors que les premières investigations, si elles étaient réservées sur le projet d'adoption, ne se concluaient cependant pas par une proposition défavorable au projet de M. et Mme D, les éléments, plus récents, issus des secondes investigations démontrent, sans que cela ne soit contesté par le département des Ardennes en défense, les progrès réalisés par les demandeurs entre les deux phases d'investigations, notamment s'agissant de leur compréhension de la parentalité adoptive. Ce second rapport se conclut par un avis favorable à la demande des requérants. Pour remettre en cause les appréciations contenues dans ce rapport, le département ne produit aucun autre élément qui justifierait que M. et Mme D ne seraient pas en mesure d'accueillir un enfant. Dès lors, il résulte de ce qui précède qu'en rejetant la demande d'agrément dont il était saisi, le président du conseil départemental des Ardennes a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D sont fondés à demander l'annulation la décision du président de conseil départemental des Ardennes du 10 octobre 2022 ensemble la décision de rejet du recours gracieux du 11 janvier 2023 par lesquelles le président du conseil départemental des Ardennes a refusé de faire droit à leur demande d'agrément en vue d'une adoption.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du président de conseil départemental des Ardennes du 10 octobre 2022 ensemble la décision de rejet du recours gracieux du 11 janvier 2023 sont annulées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme C D et au département des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller
M. Oscar Alvarez, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
O. ALVAREZ
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
La République mande et ordonne au préfet des Ardennes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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