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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300490

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300490

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mars 2023, M. C B, représenté par

Me Dehan, demande au tribunal d'annuler les décisions de retraits de points afférentes aux infractions au code de la route commises les 8 mars, 9 mars et 15 novembre 2016, 4 mai 2017, 10 octobre et 10 décembre 2019, 13 août 2020 et 16 novembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le recours gracieux formé contre ces décisions le 1er mars 2023.

Il soutient que :

- il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il existe un non-lieu partiel à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre les infractions commises les 16 novembre 2021 et 13 août 2020, celles-ci ne figurant pas sur le relevé d'information intégral du requérant ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision implicite, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours gracieux formé par M. B en date du 1er mars 2023 demandant l'annulation de décisions de retraits de points afférentes à diverses infractions au code de la route, commises entre mars 2016 et novembre 2021. M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que celle, conséquemment, des décisions de retraits de points précitées.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral que

M. B produit en défense, dont les mentions ne sont pas contestées, que n'y figurent pas les mentions afférentes aux infractions en litige, commises les 16 novembre 2021 et

13 août 2020. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions de retraits de points correspondant à ces infractions ne peuvent être accueillies.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". L'article R. 223-3 de ce code dispose que : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. () ".

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et

R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions des 8 et 9 mars 2016 :

5. Il résulte de l'article A. 37-8 du code de procédure pénale, pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du même code, que lorsqu'une infraction est constatée par radar automatique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. L'article 529-2 du code de procédure pénale dispose que : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par les articles 529-10 et 529-12, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public. / A défaut de paiement ou d'une requête présentée dans le délai de quarante-cinq jours, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. ".

7. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Il résulte de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale que le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. Il résulte de l'instruction et notamment des attestations de paiement transmise par la Trésorerie du contrôle automatisé et du relevé d'information intégral, produits en défense et dont les mentions ne sont pas contestées, que M. B s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions des 8 et 9 mars 2016. Dès lors, le requérant a nécessairement reçu par voie postale les avis d'amendes forfaitaires majorées. Cette seule constatation, en l'absence d'élément produit par l'intéressé tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets, permet d'établir que l'administration lui a délivré, préalablement au règlement de cette amende, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points consécutifs aux infractions des 8 et 9 mars 2016 ont été effectués en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Sur les infractions des 10 octobre et 10 décembre 2019 :

9. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Il résulte de l'instruction et, notamment, des procès-verbaux électroniques afférents aux infractions commises les 10 octobre et 10 décembre 2019, que ceux-ci comportent une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. B ayant apposé sa signature sur ces procès-verbaux, celui-ci est réputé en avoir eu connaissance. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points consécutifs aux infractions correspondantes ont été effectués en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Sur les infractions des 15 novembre 2016 et 4 mai 2017 :

11. Ainsi qu'il a été dit au point 5, en cas d'infraction constatée par radar automatique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

12. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 15 novembre 2016 et

4 mai 2017, ont été constatées par radar automatique, à l'instar des infractions des 8 et

9 mars 2016 survenues quelques mois plus tôt et dont les avis de contravention, comportant l'ensemble des informations légalement exigées, sont bien parvenus à M. B. S'il ressort du relevé d'information intégral de M. B que des titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées ont été émis les 29 mars et 5 septembre 2017, il ne peut être regardé comme établi, en l'absence de preuve de paiement de l'amende forfaitaire majorée, que le requérant a bien reçu un avis d'amende forfaitaire majorée comportant les informations requises. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. B a bénéficié, à l'occasion d'autres infractions de même nature, de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celle relative au traitement automatisé des points. En conséquence, l'éventuelle omission de cette information lors de la constatation des infractions du 15 novembre 2016 et du 4 mai 2017 n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de le priver de la garantie instituée par la loi, en ne lui permettant pas de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points. Le moyen tiré de ce que les décisions de retraits d'un point, consécutives aux infractions des 15 novembre 2016 et 4 mai 2017, seraient entachées d'illégalité, dès lors qu'elles auraient été prises en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, doit être écarté.

Sur la réalité des infractions contestées :

13. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ". L'article 530 du même code dispose que : " () Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration. () ".

14. Il résulte des dispositions précitées que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

15. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. B s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions des 8 et 9 mars 2016. Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester la réalité de ces infractions.

16. Ainsi qu'il a été dit au point 12, s'agissant des deux retraits de points consécutifs aux infractions du 15 novembre 2016 et 4 mai 2017, constatées au moyen d'un radar automatique, il ressort du relevé d'information intégral de M. B qu'il a bénéficié pour chacune de ces infractions de l'émission de titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait formé de requête en exonération ou de réclamation, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, afin de contester la réalité de ces infractions. Dans ces conditions, la réalité des infractions doit être regardée comme établie.

17. Aux termes de l'article 537 du code de procédure pénale : " Les contraventions sont prouvées soit par procès-verbaux ou rapports, soit par témoins à défaut de rapports et procès-verbaux, ou à leur appui. / Sauf dans les cas où la loi en dispose autrement, les procès-verbaux ou rapports établis par les officiers et agents de police judiciaire et les agents de police judiciaire adjoints, ou les fonctionnaires ou agents chargés de certaines fonctions de police judiciaire auxquels la loi a attribué le pouvoir de constater les contraventions, font foi jusqu'à preuve contraire. () ".

18. Comme il a été dit aux points 9 et 10, les infractions des 10 octobre et

10 décembre 2019 ont été constatées par procès-verbaux électroniques entre les mains de l'agent verbalisateur. Dès lors que les procès-verbaux constatés par les agents assermentés font foi jusqu'à preuve du contraire, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, M. B n'est pas fondé à contester la réalité des infractions des 10 octobre et 10 décembre 2019.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le magistrat désigné,

O. A

La greffière,

N. MASSON

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