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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300509

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300509

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEBAAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mars 2023 et le 1er février 2024, M. A B, représenté par Me Lebaad, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui permettre de déposer une demande de titre de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il peut prétendre à son admission exceptionnelle au séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté portant assignation à résidence a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- il est disproportionné au regard des obligations de présentation.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de la Marne portant obligation de quitter le territoire français et de l'irrecevabilité du moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de la Marne portant obligation de quitter le territoire français, qui est devenu définitif, au soutien des conclusions dirigées contre l'arrêté du 6 mars 2023 du préfet de la Marne portant assignation à résidence.

M. B a présenté des observations en réponse, enregistrées le 14 mars 2024 et communiquées.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, présidente,

- et les observations de Me Lebaad, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né en 1986, déclare être entré en France le 26 février 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 31 mai 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 15 novembre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Par deux arrêtés du 8 décembre 2022, le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par un arrêté du 18 janvier 2023, le préfet de la Marne a prolongé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours. Par un arrêté du 6 mars 2023, le préfet de la Marne a assigné M. B à résidence dans le département de la Marne pour une durée de 6 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du préfet de la Marne du 8 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français ainsi que l'arrêté du préfet de la Marne du 6 mars 2023 portant assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 8 décembre 2022 :

2. Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code ". En vertu de l'article R. 776-4 de ce code : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas de placement en rétention administrative ou d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative. ". Selon l'article R. 776-5 du même code : " () / II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Marne a obligé M. B à quitter sans délai le territoire français a été notifié à l'intéressé le 8 décembre 2022 à 18h25. La notification de cette décision comportait la mention des voies et délais de recours. Les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre cet arrêté ont été enregistrées le 7 mars 2023, postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures prévu à l'article R. 776-4 du code de justice administrative et sont, par suite, tardives. Le requérant a, au demeurant, déjà contesté l'arrêté du 8 décembre 2022 par une requête enregistrée sous le numéro 2300134 le 23 janvier 2023, qui a été rejetée par le magistrat désigné du présent tribunal par un jugement du 26 janvier 2023 pour tardiveté. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête présentés à leur soutien, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de la Marne doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence du 6 mars 2023 :

4. Par arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié au bulletin d'information et recueil des actes administratifs de la préfecture de la Marne du même jour, le préfet de la Marne a donné délégation à M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture de la Marne, à l'effet de signer tous actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

5. L'arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. L'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Cette exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Marne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français a fait l'objet d'un recours pour excès de pouvoir enregistré le 23 janvier 2023. Par un jugement du 26 janvier 2023, devenu définitif, le magistrat désigné du présent tribunal a rejeté les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2022 pour tardiveté. En outre, et ainsi qu'il a été dit au point 3, les conclusions dirigées contre cet arrêté dans le cadre de la présente instance sont tardives et irrecevables. Par suite, l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de la Marne est devenu définitif. Dans ces conditions, M. B n'est plus recevable à exciper de son illégalité au soutien des conclusions dirigées contre l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet de la Marne a prononcé son assignation à résidence pour une durée de six mois.

8. La mesure d'assignation à résidence contestée indique que M. B doit se présenter trois fois par semaine les lundi, mercredi et vendredi, à l'exception des jours fériés entre 8h00 et 9h00, au commissariat de police de la ville de Reims et est interdit de sortir du département de la Marne sans autorisation. Si le requérant fait valoir qu'il souffre de troubles psychiatriques l'empêchant d'exécuter ses obligations de présentation, le seul certificat médical produit, établi le 27 janvier 2023 par le psychiatre qui le suit, fait état des troubles anxiodépressifs de M. B et se borne, concernant la mesure d'assignation à résidence, à faire état des angoisses de l'intéressé à entrer dans un commissariat. Ce faisant, le requérant ne justifie pas que, eu égard notamment à la fréquence des pointages et aux horaires de présentation, la mesure ferait peser des contraintes sur sa situation, notamment médicale, telles qu'il serait dans l'impossibilité de satisfaire aux obligations imposées par l'autorité préfectorale, alors que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les modalités de contrôle sont disproportionnées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Barbara Lebaad et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

V. TORRENTELa présidente-rapporteure,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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