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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300525

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300525

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BRIHI KOSKAS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2023, la société Engie Énergies Services - GIM Réseaux, représentée par Me Zieleskiewicz, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 11 janvier 2023 par laquelle

le ministre du travail a refusé de l'autoriser à licencier M. A ;

2°) d'enjoindre à la ministre du travail de l'autoriser à licencier M. A.

Elle soutient que :

- le 28 avril 2022, M. A, salarié au sein de l'entreprise, a conduit le véhicule

de service mis à sa disposition en état ébriété et a causé un accident ;

- il a, lors de cet accident, endommagé le portail d'une société tierce et a pris

la fuite sans avoir ni procédé à un constat ni informé son employeur ;

- le représentant de la société victime de l'accident a déposé plainte après avoir identifié le logo de la société Engie sur le véhicule en fuite ;

- après s'être fait remettre un second véhicule, il a causé un nouvel accident

à la suite duquel les forces de l'ordre ont constaté que son taux d'alcoolémie était excessif ;

- il a été placé en garde à vue ou en cellule du déguisement jusqu'au 29 avril,

il ne s'est, de ce fait, pas présenté sur son lieu de travail sans motif légitime ;

- le permis de conduire du salarié a été suspendu pour une durée de 6 mois,

il ne peut donc plus exercer ses fonctions ;

- ces faits constituent des fautes ne nature à justifier le licenciement de M. A ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Leleu et Me Ouanson, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Engie Énergies Services - GIM Réseaux sur le fondement

des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2023, le ministre du travail,

du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 décembre 2023 par une ordonnance

du 16 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;

- et les observations de Me Leleu, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La société Engie Énergies Services - GIM Réseaux a sollicité, le 3 juin 2022, l'autorisation de licencier l'un de ses salariés, M. A, employé en qualité de technicien d'exploitant et siégeant par ailleurs au comité social et économique en qualité de membre

de la délégation du personnel. Par une décision du 5 août 2022, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A. La société Engie Énergies Services - GIM Réseaux a contesté cette décision le 5 octobre 2022. Par une décision du 11 janvier 2023, le ministre

du travail a annulé la décision du 5 août 2022 et a refusé l'autorisation de licencier M. A.

La société Engie Énergies Services - GIM Réseaux demande au tribunal l'annulation

de cette décision.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 2411-1 du code du travail : " Bénéficie de la protection contre le licenciement prévue par le présent chapitre, y compris lors d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, le salarié investi de l'un des mandats suivants : () 2° Membre élu à la délégation du personnel du comité social et économique ; () ". Selon les dispositions de l'article L. 2411-5 du même code

" Le licenciement d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. L'ancien membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique ainsi que l'ancien représentant syndical qui, désigné depuis deux ans, n'est pas reconduit dans ses fonctions lors du renouvellement du comité bénéficient également de cette protection pendant les six premiers mois suivant l'expiration de leur mandat ou la disparition de l'institution. "

3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur des faits accomplis dans le cadre du contrat de travail, ayant un caractère fautif, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de rechercher si les faits reprochés sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement.

4. Il ressort des pièces du dossier que le 28 avril 2022, alors qu'il reprenait

son service après avoir déjeuné, M. A a été victime d'un incident, dont il ne détaille

pas les circonstances, au cours duquel le pneu et la jante de la roue avant droite de son véhicule de service ont été détériorés. Il n'a pas informé son employeur de cet évènement. À la suite de cet incident, alors qu'il se dirigeait vers un garage automobile afin de faire réparer son véhicule, M. A a percuté à plusieurs reprises le portail d'un établissement exploité par l'entreprise

la Carrosserie de Murigny en effectuant une marche arrière. Il a quitté les lieux de ce second accident sans prendre la peine ni de s'enquérir de l'ampleur des dégâts causés, ni d'établir

un constat d'accident avec un représentant de la Carrosserie de Murigny ni de prévenir son employeur. La gérante de la Carrosserie de Murigny qui a été témoin de l'accident et qui a identifié la plaque d'immatriculation du véhicule ainsi que le logo la société Engie Énergies Services - GIM Réseaux, a déposé plainte le 28 avril 2022 à 15h35 auprès d'un agent de police judiciaire de l'hôtel de police de Reims. Par la suite, M. A a déposé le véhicule accidenté auprès d'un garage automobile et s'est fait remettre un véhicule de prêt avec lequel il a causé un troisième accident de la circulation. Il ressort des déclarations de M. A lors de son audition par l'inspecteur du travail le 11 juillet 2022 que cet accident est survenu en fin d'après-midi et a conduit à son interpellation par les forces de l'ordre à 17h30, à son placement en garde à vue du fait de la conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et à la suspension de son permis de conduire pour une durée de 6 mois. La garde à vue du salarié a pris fin le 29 juillet

à 13 heures 40. Par ailleurs, M. A a déclaré à l'inspecteur du travail qu'il avait été, pour ces mêmes faits, condamné à 6 mois d'emprisonnement avec sursis et 6 mois de suspension

de permis de conduire par un jugement du 17 octobre 2022. Il résulte de ces éléments

que M. A avait nécessairement commencé à s'alcooliser avant la fin de son service,

à 17 heures. Si M. A conteste avoir été sous l'empire d'un état alcoolique dès le début de l'après-midi du 28 avril 2022, il ressort d'un courrier électronique rédigé par son supérieur hiérarchique le 29 avril 2022 à 15h34, relatant une conversation téléphonique ayant eu lieu peu avant, que le salarié a reconnu avoir eu une consommation excessive d'alcool lors du déjeuner du 28 avril. Le témoignage de ce supérieur hiérarchique est corroboré par le fait que M. A a reconnu, à l'occasion de son audition par l'inspecteur du travail, avoir consommé " quelques bières " lors du déjeuner le 28 avril. Par ailleurs, le salarié confirme avoir contacté par téléphone son supérieur hiérarchique le 29 avril, à sa sortie de garde à vue. Dans ces conditions, il est matériellement établi que M. A a conduit en état d'ébriété durant son service et qu'il causé trois accidents de la circulation, sans en informer son employeur. De plus, il est établi que

le salarié a pris la fuite après avoir dégradé le portail de la Carrosserie de Murigny et qu'il a causé un préjudice matériel à son employeur du fait de la dégradation de son véhicule de service. Enfin, M. A s'est absenté le 28 avril dans l'après-midi sans autorisation de son employeur pour se rendre dans un garage automobile, et il ne s'est pas présenté le 29 avril sur son lieu de travail. Par conséquent, le fait pour le salarié de s'être absenté durant la période considérée est établi, le fait d'avoir été retenu en garde à vue pour conduite en état d'ébriété ne constituant pas un motif légitime d'absence. L'ensemble de ces faits constituent une faute d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de M. A bien que celui-ci n'ait jamais fait l'objet d'une sanction disciplinaire et qu'il se soit rendu au sein de la Carrosserie du Murigny

le 2 mai 2022, soit 4 jours après l'accident, pour établir un constat. Par suite, le ministre du travail a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du ministre du travail

du 11 janvier 2023 doit être annulée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que

le licenciement de M. A serait en rapport avec les fonctions représentatives exercées

par le salarié ou son appartenance syndicale. Dès lors, le présent jugement implique nécessairement que la société Engie Énergies Services - GIM Réseaux soit autorisée à licencier M. A. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre à la ministre du travail, sur le fondement

des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'autoriser la société Engie Énergies Services - GIM Réseaux à licencier M. A dans un délai d'un mois à compter

de la notification du présent jugement.

6. La société Engie Énergies Services - GIM Réseaux n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, aucune somme ne peut être mise à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre du travail du 11 janvier 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la ministre du travail d'autoriser la société Engie Énergies Services - GIM Réseaux à licencier M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification

du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Engie Énergies Services - GIM Réseaux, à la ministre du travail, de l'emploi et des solidarités ainsi qu'à M. B A.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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