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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300634

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300634

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2023-032-005 du 1er février 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle répondait aux conditions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer, de plein droit, un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2023, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 11 juillet 1983, serait entrée irrégulièrement en France le 27 décembre 2016 afin d'y solliciter la reconnaissance de la qualité de réfugié, qui lui a été refusée à deux reprises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), les 7 mars 2017 et 6 octobre 2020. Dans le dernier état de ses démarches administratives, elle a sollicité le 29 juillet 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès des services de la préfecture de l'Aube. Par un arrêté du 1er février 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années. Mme A en demande l'annulation au tribunal.

Sur la légalité de la décision refusant un titre de séjour :

2. La décision refusant un titre de séjour à Mme A vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de l'article L. 435-1 sur le fondement desquelles l'intéressée a présenté sa demande. En outre, cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. D'une part, Mme A soutient qu'elle réside en France depuis le 27 décembre 2016 en compagnie de ses deux filles, qui sont scolarisées, que sa sœur y réside également et qu'elle est bien intégrée, s'investissant dans des actions de bénévolat et ayant pu emménager dans son propre appartement avec ses enfants. Toutefois, ses deux enfants mineurs ont vocation à la suivre dans son pays d'origine. La seule circonstance que ces derniers, qui sont également de nationalité albanaise, soient scolarisés en France, et en l'absence de tout document relatif à leur parcours scolaire, en particulier concernant sa fille aînée, ne fait pas obstacle à ce qu'elle reconstitue sa cellule familiale en leur compagnie dans son pays d'origine où il n'est pas établi ni même allégué que ses filles ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Dès lors, en dépit de son engagement dans le bénévolat, de la présence de sa sœur et de la circonstance qu'elle a pu obtenir un logement propre, la situation de Mme A ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels susceptibles de permettre de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, si la requérante produit une promesse d'embauche et soutient que son auteur éprouve des difficultés à recruter, cette seule circonstance ne suffit pas en l'espèce à qualifier des " motifs exceptionnels " de nature à lui ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans ces conditions, les éléments dont fait état Mme A ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions précitées. Par suite, la préfète de l'Aube n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Eu égard à ce qui vient d'être dit s'agissant de la vie privée et familiale de Mme A, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

7. Pour les motifs précédemment exposés, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision refusant à Mme A un titre de séjour à l'encontre de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet doit être écarté.

8. D'une part, la requérante ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision en litige de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ne prévoyant pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, Mme A pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

9. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision en litige au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Mme A soutient qu'elle ne peut retourner en Albanie en raison des difficultés avec la famille de son époux, dont elle est séparée. Toutefois, elle ne produit aucun document à l'appui de ses affirmations. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué que les autorités albanaises seraient dans l'impossibilité de lui apporter une protection adaptée dans l'hypothèse où des menaces pèseraient sur elle et elle a la possibilité de s'établir éloignée de sa belle-famille. Dès lors, la décision contestée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision en litige au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 de la préfète de l'Aube. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Poujade, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

P.H. MALEYRELe président,

signé

A. POUJADE

Le greffier,

signé

A. PICOT

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