mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300641 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2023, M. C A, représenté par
Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 23 août 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire croate contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de faire droit à sa demande d'échange de permis de conduire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision a été prise par un auteur dont la compétence n'est pas démontrée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un permis de conduire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 8 février 1999 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États appartenant à l'Union européenne et à l'Espace économique européen ;
- l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2023.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Gabon, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité syrienne, a sollicité, le 27 juillet 2022, le centre d'expertise ressources titres (CERT) de Nantes d'une demande tendant à l'échange de son permis de conduire, délivré le 29 février 2018 en Croatie, contre un permis de conduire français. Par une décision du 23 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif que son permis de conduire croate a été obtenu en échange d'un titre de conduite délivré en Syrie, pays avec lequel la France n'est pas liée par un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire. L'intéressé demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par un arrêté du 12 octobre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a, dans son article 1er, donné délégation à Mme D E, directrice du CERT, échange de permis de conduire étrangers, à l'effet de signer tous les actes dans le cadre des attributions relevant de la compétence du CERT. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme E, signataire de la décision attaquée, manque en fait et doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". La décision en litige mentionne les dispositions applicables de l'arrêté du 8 février 1999 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États appartenant à l'Union européenne et à l'Espace économique européen, ainsi que des éléments de faits relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ne peut, dès lors, qu'être écarté.
4. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire : " I. - Le permis de conduire français est délivré soit après la réussite à un examen, soit à la suite d'une formation organisée à cette fin, soit par la conversion du brevet militaire de conduite, soit après l'échange d'un permis de conduire étranger, soit après validation d'un diplôme ou d'un titre professionnel délivré à cette fin, dans les conditions définies par arrêtés du ministre en charge de la sécurité routière. () ". Aux termes de l'article 7 de cet arrêté : " () IV. ' Les mentions additionnelles ou restrictives doivent être indiquées sur le titre de conduite sous forme codifiée. Les codes utilisés et leur signification sont joints en annexe 1. () ".
5. Aux termes de l'article R. 222-2 du code de la route : " Toute personne ayant sa résidence normale en France, titulaire d'un permis de conduire national délivré par un État membre de l'Union européenne ou d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen, en cours de validité dans cet État, peut, sans qu'elle soit tenue de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3, l'échanger contre le permis de conduire français selon les modalités définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. () ". L'article 2 de l'arrêté du 8 février 1999 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États appartenant à l'Union européenne et à l'Espace économique européen dispose que : " 2.1. Pour être reconnu, un tel permis de conduire doit répondre aux conditions suivantes : / 2.1.1. Etre en cours de validité ; () / 2.2. En outre, un tel permis de conduire ne doit pas avoir été délivré en échange d'un permis de conduire d'un État n'appartenant pas à l'Union européenne ou à l'Espace économique européen, avec lequel la France n'a pas conclu d'accord de réciprocité. Dans ce cas, il est néanmoins reconnu jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale en France. Les conditions de sa reconnaissance et de son échange sont celles prévues par l'arrêté relatif aux permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen. () ". Aux termes de l'article 4 de cet arrêté : " 4.1. Les titulaires d'un permis de conduire obtenu dans un État membre de l'Union européenne ou dans un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen, ayant fixé leur résidence normale sur le territoire français, peuvent demander l'échange de leur permis de conduire contre un permis français équivalent. / () / 4.1.1. Pour qu'un tel échange soit possible, les conditions énoncées à l'article 2 ci-dessus doivent être remplies. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le permis de conduire croate de M. A porte la mention additionnelle " 70(58020 SYR) ". Cette mention signifie, conformément à l'annexe 1 de l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire, que ce titre de conduite a été obtenu en échange d'un permis de conduire syrien. Par suite, en l'absence d'accord de réciprocité entre la France et la Syrie en matière d'échange de permis de conduire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Loire-Atlantique, en application des dispositions précitées, a refusé de lui délivrer un permis de conduire français en échange de son titre de conduite croate. Il s'ensuit que, eu égard aux moyens invoqués, la requête de M. A doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
8. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire-Atlantique.
Copie en sera adressée au centre d'expertise et des ressources titres échanges de permis de conduire étrangers de Nantes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le magistrat désigné,
O. BLa greffière,
N. MASSON
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