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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300677

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300677

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantLEBAAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2023, M. C F, représenté par Me Ouriri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés le 2 mai 2023 et le 14 mai 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gauthier-Ameil, conseiller, pour statuer sur les litiges visés aux articles L.614-8 et L.614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier-Ameil, magistrat désigné,

- les observations de Me Lebaad, représentant M. F, qui reprend les mêmes conclusions et demande, en outre, l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, ainsi que les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour faute pour la préfète d'avoir saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence, qu'elle est dépourvue de motivation, qu'elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- et les observations de M. F qui indique que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public.

La préfète n'étant ni présent ni représentée, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant congolais né le 5 mai 1984 à Sibiti, est entré sur le territoire français à une date inconnue, a été interpellé, le 9 août 2010 par les services de police et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement. L'intéressé s'est maintenu sur le territoire et a fait l'objet de deux autres mesures d'éloignement dont la légalité a été confimée par deux jugements du tribunal administratif de Strasbourg des 10 juin et 17 novembre 2011. Le 17 décembre 2013, M. F a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français qui lui a été refusé par une décision du 18 avril 2014. L'intéressé s'étant maintenu sur le territoire, il bénéficié d'un titre de séjour, délivré le 15 mars 2018, et régulièrement renouvelé jusqu'au 21 juin 2022. Le 24 mars 2022, M. F a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 20 février 2023, la préfète de l'Aube a refusé de renouvellement son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 14 mai 2023, la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de quarante-cinq jours. M. F demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi, qu'il a été dit au point 1, M. F a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. F tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité du refus de renouvellement du titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. F. Il est, dès lors, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle de M. F.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. M. F ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que la préfète n'a pas procédé d'office à un tel examen.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Il est constant que M. F est le père d'un enfant français, A D, né le 14 janvier 2008. D'une part, si le requérant soutient qu'il est en couple avec la mère de son fils, Mme H D, il ressort des pièces du dossier que cette dernière réside à La Chapelle Saint Luc avec A, tandis que M. F a déclaré vivre à Troyes. D'autre part, M. F soutient qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils. Toutefois, si le requérant produit des relevés bancaires pour un Livret A ouvert au nom de son fils, ces documents, par ailleurs relatifs aux années 2015 et 2016, font état de plusieurs opérations de versements en espèces suivis de retraits pour des montants équivalents. En outre, si M. F produit trois récépissés d'opérations financières, ces documents, qui ne permettent pas d'identifier l'auteur des versements, ne sont pas de nature à établir qu'il contribuerait financièrement à l'entretien de son fils. Enfin, si M. F produit également des bulletins scolaires de son fils des années 2020-2021 et 2021-2022, adressés à la mère de l'enfant mais sur lesquels la mention manuscrite " pour Mr C F " a été ajoutée par un auteur non identifiable, une attestation établie par un tiers, dont les relations avec le requérant et sa famille ne sont pas précisées, ainsi qu'une attestation d'un médecin généraliste indiquant que M. F présente regulièrement ses deux enfants, sans toutefois préciser lesquels, en consultation, ces éléments, peu circonstanciés, ne sont pas de nature à établir que l'intéressé contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils, A.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

10. M. F soutient qu'il est présent en France depuis 2009 où il dispose d'un logement stable, qu'il est père de quatre enfants, dont trois résident en France, qu'il a la garde de l'une de ses filles, E, née en 2013, et qu'il travaille en contrat à durée indéterminée au sein de l'entreprise Michelin. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. F ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils de nationalité française. En outre, si l'intéressé a deux autres enfants mineurs sur le territoire, Jade, née en 2020 et E, née en 2013, et qu'il a la garde cette dernière, il ne soutient ni même n'allègue que E ne pourrait l'accompagner en cas de retour au Congo et n'apporte aucun élément quant à la durée et aux conditions du séjour de la mère de sa fille en France. Enfin, si M. F a déclaré être en couple avec Mme H D, il n'apporte aucun élément permettant de justifier de la réalité de cette relation alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme D et M. F résident à des adresses différentes. Dans ces conditions, et en dépit tant de la durée de son séjour en France que de ses efforts d'insertion professionnelle, la décision portant refus de titre de séjour, n'a pas porté au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise.

11. En dernier lieu, M. F soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour méconnaît, ainsi, les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. F ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils et que, pour ce seul motif, la préfète de l'Aube était fondée à refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen soulevé par M. F tiré de ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qui est dirigé contre un motif surabondant de la décision portant refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour contestée.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

14. Si M. F soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît ces dispositions, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils A.

15. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

Sur la décision portant assignation à résidence :

16. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence serait illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire doit être écarté.

17. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme B G, sous-préfète de l'arrondissement de Nogent-sur-Seine. Par un arrêté du 18 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 27 avril 2023, la préfète de l'Aube a donné délégation à Mme G à l'effet de prendre, pour l'ensemble du département, notamment lorsqu'elle assure le service de permanence (samedis- dimanches, jours fériés et jours non ouvrés), toute décision justifiée par une situation d'urgence, notamment en matière de police des étrangers. Il n'est pas contesté que Mme G était de permanence le dimanche 14 mai 2023, date de signature de l'arrêté contesté. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cet arrêté doit être écarté.

18. En troisième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.

19. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

20. M. F soutient qu'il a trois enfants qui résident sur le territoire français, dont E, née en 2013, dont il a la garde et qui réside chez lui et que les modalités de l'assignation à résidence dont il fait l'objet ne lui permettent pas de l'emmener à des activités. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément quant aux activités alléguées. Par ailleurs, M. F fait valoir que l'obligation de demeurer à son domicile, tous les jours de 17 heures à 20 heures, ainsi que l'obligation de se présenter les mardis, jeudis et vendredis à 14 heures au commissariat de Troyes ne lui permettent pas de continuer à exercer son activité professionnelle. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. F est employé en contrat à durée indéterminée au sein de l'entreprise Michelin, ledit contrat se borne à indiquer que l'intéressé " travaillera selon un horaire en équipes alternantes (horaires postés) " et le requérant ne produit aucun autre élément de nature à justifier de ses horaires de travail alors, au demeurant, qu'il n'est pas autorisé à travailler. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'assignation à résidence ferait peser sur le requérant une contrainte excessive au regard des finalités poursuivies. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. En dernier lieu, si M. F soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux rappelés précédemment.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F aux fins d'annulation de l'arrêté du 20 février 2023 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination ainsi que ses conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 14 mai 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ainsi que celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. C F et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023

Le magistrat désigné,

F. GAUTHIER-AMEIL

Le greffier,

A. PICOT

No 2300677

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