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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300802

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300802

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantOPYRCHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2023, le préfet de la Marne demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion immédiate de Mme A C épouse E qui se maintient dans un logement sis au 22 avenue du Général Eisenhower à Reims ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire des locaux afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'occupante.

Il soutient que :

- il y a urgence à procéder à l'expulsion sollicitée dès lors que des demandeurs d'asile sont dans l'attente d'un hébergement ;

- l'occupante se maintient dans le logement de manière illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, à 10h23, Mme C, représentée par Me Opyrchal, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la " procédure suivie " méconnaît les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'urgence et l'utilité de la demande du préfet ne sont pas établies ;

- des circonstances exceptionnelles, tenant à son état de santé, s'opposent à l'expulsion.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Opyrchal, représentant Mme C, qui reprend oralement les moyens et conclusions exposés dans sa requête et insiste sur le fait que le préfet de la Marne n'établit pas la date de notification de sa mise en demeure ;

- les observations de Mme B, représentant le préfet de la Marne.

La clôture de l'instruction a été prononcéeà l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité russe, déclare être entrée sur le territoire français le 18 juillet 2017. Elle a déposé une demande d'asile. Par une décision du 20 mai 2019, notifiée le 27 mai 2019, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. La cour nationale du droit d'asile l'a confirmé par une décision du 17 août 2020, notifiée le 25 août 2020. Le gestionnaire du CADA lui a notifié une décision de sortie le 16 septembre 2020. Le préfet de la Marne, constatant le maintien de l'intéressée dans le logement qui lui a été attribué, l'a mise en demeure de quitter les lieux, dans un délai de quinze jours, par courrier, du 22 juillet 2022. L'intéressée s'étant maintenue dans les locaux, le préfet a saisi du présent recours le juge des référés afin que soit ordonnée son expulsion.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 551-12 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile :1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code. ". Aux termes de l'article L. 552-14 du même code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article R. 552-11 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement. ". Aux termes de l'article R. 552-12 du même code : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir. ". Aux termes de l'article R. 552-14 du même code : " Lorsque la personne n'a pas quitté le lieu d'hébergement à la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, à l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le gestionnaire met en œuvre la décision de sortie prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il en informe l'office et le préfet de département dans lequel se situe le lieu d'hébergement. ". Aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : /1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;/ 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

" En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

Sur la procédure préalable :

5. Mme C allègue, dans ses écritures, le caractère hypothétique de la notification de la décision de sortie à l'intéressée. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la notification de cette décision comporte les nom et prénom de Mme C, ainsi qu'une signature avec la mention " remis en mains propres à l'intéressée " à la date du 16 septembre 2020. Dans ces conditions, la défenderesse n'est pas fondée à soutenir que la décision de sortie ne lui a pas été notifiée et la demande du préfet ne se heurte, sur ce point, à aucune contestation sérieuse.

6. Mme C soutient également, au cours de l'audience, qu'elle n'a pas reçu la notification de la mise en demeure du préfet et fait valoir que l'accusé de réception postal produit par les services préfectoraux est illisible. Il ressort des pièces du dossier que cet accusé de réception, s'il mentionne qu'un pli a été distribué le 22 juillet 2022, est totalement illisible à la rubrique " en provenance de ", à laquelle sont censés être mentionnés le nom et l'adresse du destinataire. Toutefois, il ressort des écritures mêmes du conseil de Mme C, alors même que l'accusé de réception est illisible, que la mise en demeure du préfet du 13 juillet 2022 a bien été notifiée à l'intéressée. Dans ces conditions, la défenderesse n'est pas fondée à soutenir que la mise en demeure préfectorale ne lui a pas été notifiée et la demande du préfet ne se heurte, sur ce point, à aucune contestation sérieuse.

Sur l'utilité et l'urgence de la mesure :

7. Le préfet fait valoir que les possibilités d'hébergement des demandeurs d'asile dans les structures visées à l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le département, sont actuellement saturées et que des places sont occupées par des personnes n'ayant pas vocation à résider dans de tels centres ou structures d'accueil. Il avance notamment que le département de la Marne dispose de 1193 places d'accueil pour les demandeurs d'asile avec un taux d'occupation de 98,4%, soit le deuxième le plus élevé de la région Grand Est, ce taux étant supérieur à la moyenne nationale. Dans le même sens, le préfet affirme que le taux de présence indue est de 15,2% dans le département de la Marne alors que le taux national cible est de 5%. Toutefois, aucune pièce versée au dossier ne permet d'établir la réalité de ces chiffres. Par ailleurs, aucun justificatif, relatif au nombre de demandeurs d'asile en attente d'un hébergement, ne permet d'apprécier le niveau de saturation avancé sur le fondement du taux d'occupation de 98,4%. Or, il appartient à l'administration de caractériser l'urgence et l'utilité de la demande qu'elle présente, en faisant état, non pas de considérations vagues et générales, mais d'indications précises et circonstanciées. En l'absence d'éléments de preuve permettant d'établir la réalité des chiffres avancés par le préfet, eu égard aux observations faites par Mme C, la mesure demandée se heurte à une contestation sérieuse et ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. L'avocate de Mme C peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Opyrchal de la somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du préfet de la Marne est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Aurore Opyrchal une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme A C E et à Me Aurore Opyrchal.

Copie en sera adressée au préfet de la Marne et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 12 mai 2023.

Le juge des référés,

Signé

A. DLa greffière,

Signé

N. MASSON

N°2300802

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