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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300837

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300837

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGAFFURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 18 avril 2023, Mme C A, représentée par Me Gaffuri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de suspendre l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les conclusions à fin de suspension :

- elle a des éléments à soutenir à l'appui de sa demande de réexamen devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2023 à 15 h 27, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 18 avril 2023, M. E B, représenté par Me Gaffuri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de suspendre l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les conclusions à fin de suspension :

- il a des éléments à soutenir à l'appui de sa demande de réexamen devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2023 à 15 h 27, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été prononcé au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Mme A de nationalité nigériane et M. B, de nationalité ghanéenne déclarent être entrés sur le territoire français le 15 octobre 2020 et le 21 décembre 2020 avec leurs enfants. Ils ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine par des demandes en date du 10 novembre 2020 et du 19 janvier 2021. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 avril 2022 et du 22 avril 2022 confirmées par des décisions de rejet par la Cour nationale du droit d'asile en date du 14 décembre 2022 et du 16 février 2023. Par arrêtés du 28 mars 2023, la préfète de l'Aube les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leurs pays de destination. Les intéressés demandent au tribunal d'annuler et de suspendre ces arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande des requérants, il y a lieu de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

5. Les requérants, dont les demandes d'asiles ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décisions du 21 avril 2022 et du 22 avril 2022 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 14 décembre 2022 et le 16 février 2023, entendent demander la suspension des arrêtés attaqués dans l'attente du réexamen de leurs situations par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé Telemofpra produit en défense que seule Mme A a effectivement introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile et que celle-ci a été déclarée irrecevable le 7 avril 2023, soit antérieurement à l'introduction de la requête.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fin de suspension de la requête de Mme A et M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Les arrêtés querellés mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle des requérants. Dans ces conditions, la motivation des arrêtés attaqués est conforme aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

8. Les requérants soutiennent qu'une demande de réexamen de leur demande d'asile est en cours. Cependant, à la date de l'arrêté attaqué, cette demande n'avait pas encore été enregistrée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète se serait abstenue de procéder à un examen particulier et approfondi de leur situation doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme A déclarent être entrés en France le 15 octobre 2020 et le 21 décembre 2020, soit récemment à la date des arrêtés contestés. Ils n'établissent pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français, ni être dépourvus d'attaches dans leurs pays d'origine. S'ils se prévalent de la présence de leurs enfants en France, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans un de leurs pays d'origine où les intéressés, bien que de nationalités différentes, n'établissent, ni même n'allèguent, ne pas pouvoir s'établir. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Si les intéressés peuvent se prévaloir de ces stipulations à l'encontre des décisions fixant les pays de destination, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté leurs demandes d'asile, la demande de réexamen introduite par Mme A a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et les éléments qu'ils versent dans la présente instance ne permettent pas davantage d'établir la réalité des craintes dont ils se prévalent. En outre, il ressort des pièces du dossier que les intéressés ne rapportent pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels leurs enfants et eux-mêmes seraient exposés en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. B et Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction des requérants doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige :

15. Mme A et M. B étant, dans la présente instance, les parties perdantes, leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A et M. B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes de Mme A et M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. E B, à Me Gaffuri et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

A. D La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s2300837 et 2300839

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