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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300849

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300849

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTINY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête enregistrée, le 19 avril 2023, Mme C B, représentée par

Me Martiny, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de la Marne a rejeté sa demande d'autorisation de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de faire droit à sa demande de regroupement familial et à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet de la Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'autoriser à être rejoint par son époux dès lors qu'elle remplit l'ensemble des conditions nécessaires au succès de sa demande de regroupement familial ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article R. 434-6 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 23 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

1er mars 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne, née le 11 mai 1984 est entrée le

24 janvier 2006 sur le territoire français. Elle bénéficie depuis cette date d'un droit au séjour sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 18 juillet 2022, l'intéressée a présenté une demande d'autorisation de regroupement familial au profit de son époux, M. D A, compatriote né le 27 février 1977. Par un arrêté du 22 décembre 2022, le préfet de la Marne a rejeté sa demande. Par le présent recours, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Pour fonder la décision en litige, le préfet de la Marne fait valoir que la requérante ne justifie pas d'une situation personnelle et particulière telle que le refus qui lui est opposé constitue une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante, présente sur le territoire français depuis 2006, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 8 février 2025, a épousé, le 12 mai 2012, un compatriote, M. A, avec lequel elle a eu trois enfants, nés en 2011, 2013 et 2015 qui sont tous scolarisés sur le territoire. Elle exerce en tant que femme de chambre dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis octobre 2021 et dispose d'un logement. Enfin, elle soutient, sans être contredite que des troubles du développement d'une de ses enfants sont apparus lors du départ de son mari vers Haïti en 2014. Dans ces circonstances, eu égard à la durée du séjour en France de Mme B et de ses enfants et à leur intégration, la requérante est fondée à soutenir que, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'arrêté du 22 décembre 2022, par lequel le préfet de la Marne a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel il a été pris et a, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 22 décembre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Marne fasse droit à la demande de regroupement familial présentée par la requérante. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne de délivrer l'autorisation de regroupement familial au bénéfice de l'époux de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Martiny, avocate de Mme B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Martiny de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de la Marne a refusé sa demande d'autorisation de regroupement familial est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de l'époux de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Martiny, avocat de Mme B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Martiny renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, Me Martiny et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

N. MASSON

N°2300849

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