mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2300885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril 2023 et 30 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Calot, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès la décision du 2 juin 2022 par laquelle le président de l'université de Reims Champagne-Ardenne a refusé de lui octroyer le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er octobre 2013 ;
2°) d'enjoindre à l'université de Reims Champagne-Ardenne de lui octroyer le bénéficie de la nouvelle bonification indiciaire de 20 points majorés à compter du 1er octobre 2013 et de lui verser les rappels de rémunération afférents sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;
3°) de condamner l'université de Reims Champagne-Ardenne à lui verser la somme
de 5 000 euros en réparation des préjudices subis à l'exception de celui lié au défaut de versement de la nouvelle bonification indiciaire ;
4°) à titre subsidiaire, en cas de rejet des conclusions aux fins d'injonction et d'annulation, de lui verser la somme de 10 770,302 euros assortie des intérêts au taux légal avec capitalisation, en réparation du préjudice lié à l'absence de versement de la nouvelle bonification indiciaire depuis le 1er octobre 2013 ;
5°) de mettre à la charge de l'université de Reims Champagne-Ardenne la somme
de 1 800 euros à verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses conclusions sont recevables ;
- il a droit au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire depuis
le 1er octobre 2013 ;
- la décision du 2 juin 2022 n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'université de Reims Champagne-Ardenne ;
- il a subi un préjudice lié aux troubles dans les conditions d'existence qui doit être évalué à 5 000 euros ;
- le préjudice économique lié à l'absence de versement de la nouvelle bonification indiciaire doit être évalué à 10 770,302 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2023, l'université de Reims Champagne-Ardenne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 septembre 2024 par une ordonnance du 29 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives
à la fonction publique de l'Etat ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales ;
- le décret n°85-1534 du 31 décembre 1985 fixant les dispositions statutaires applicables aux ingénieurs et aux personnels techniques et administratifs de recherche et de formation du ministère chargé de l'enseignement supérieur ;
- le décret n°93-522 du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre
de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n°94-1067 du 8 décembre 1994 instituant la nouvelle bonification indiciaire dans les établissements relevant du ministre chargé de l'enseignement supérieur ;
- l'arrêté du 30 avril 1997 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les établissements relevant du ministre chargé de l'enseignement supérieur ;
- le décret n° 2020-710 du 10 juin 2020 fixant les conditions d'attribution
de la nouvelle bonification indiciaire aux personnels exerçant des fonctions supérieures de direction, d'encadrement ou d'expertise ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;
- et les observations de M. B, représentant l'université
de Reims Champagne-Ardenne.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, technicien de recherche et de formation, corps relevant de la catégorie B, exerce les fonctions de technicien chimiste au sein de l'Institut de Chimie Moléculaire
de l'université de Reims Champagne-Ardenne depuis le 1er octobre 2012. Par un courrier
du 3 mai 2022, il a sollicité le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire depuis
le 1er octobre 2013, date de sa titularisation. Par un courrier du 2 juin 2022, le président de l'université de Reims Champagne-Ardenne lui a répondu que sa demande serait examinée à l'issue de la cartographie des services de l'établissement, qui était alors en cours. Par un courrier
du 7 décembre 2022, M. A a entendu exercer un recours gracieux contre une décision ayant implicitement rejeté sa demande et a formé une demande indemnitaire. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le président de l'université de Reims Champagne-Ardenne a refusé de lui octroyer le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire et de condamner l'université de Reims Champagne-Ardenne à lui verser la somme totale
de 15 770,302 euros.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1,
le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 5° Dans
les relations entre l'administration et ses agents. ". Selon les dispositions de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans
les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ".
3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
4. Le requérant n'a pas sollicité la communication des motifs de la décision implicite en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne serait pas motivée est inopérant.
5. En second lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article 27 de la loi
n° 91-73 du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. - La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 712-12 du code général de la fonction publique en vigueur depuis
le 18 août 2022 : " Le fonctionnaire occupant un emploi comportant une responsabilité
ou une technicité particulières peut se voir attribuer à ce titre une nouvelle bonification indiciaire. ". Aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n°93-522 du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique de l'État : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit. ".
6. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire est lié aux seules caractéristiques des emplois occupés, au regard des responsabilités
qu'ils impliquent ou de la technicité qu'ils requièrent. Le bénéfice de cette bonification, exclusivement attaché à l'exercice effectif des fonctions, ne peut ainsi être limité par la prise en considération du corps, du cadre d'emploi ou du grade du fonctionnaire qui occupe un emploi dont les fonctions ouvrent droit à ce bénéfice. En outre, le principe d'égalité exige que l'ensemble
des agents exerçant effectivement leurs fonctions dans les mêmes conditions, avec la même responsabilité ou la même technicité, bénéficient de la même bonification.
7. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n°94-1067
du 8 décembre 1994 instituant la nouvelle bonification indiciaire dans les établissements relevant du ministre chargé de l'enseignement supérieur : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ". Selon l'annexe du même décret : " FONCTIONS POUVANT DONNER LIEU AU VERSEMENT D'UNE NOUVELLE BONIFICATION INDICIAIRE AUX FONCTIONNAIRES DU MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE I. - Fonctions de responsable administratif et technique dans les établissements d'enseignement supérieur.
II. - Fonctions exercées dans des établissements d'enseignement supérieur soumis à des contraintes particulières : - fonctions exercées dans les services d'accueil, d'orientation et d'information ; - fonctions exercées par les personnels du service intérieur. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 30 avril 1997 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les établissements relevant du ministre chargé de l'enseignement supérieur : " La nouvelle bonification indiciaire prévue à l'article 1er du décret
du 8 décembre 1994 susvisé est attribuée dans les conditions fixées par le tableau annexé au présent arrêté. ". S'agissant des agents de catégorie B, cette annexe vise les emplois de responsable scientifique ou technique, de responsables d'implantation ou d'équipe ouvrière et de personnels dans les services d'accueil, d'information et d'orientation. Aux termes des dispositions de l'article L. 954-2 du code de l'éducation : " Le président est responsable de l'attribution des primes aux personnels qui sont affectés dans l'établissement, en application des textes applicables et selon les principes de répartition définis par le conseil d'administration. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A exerce depuis le 1er octobre 201les fonctions de technicien chimiste et a pour mission, au sein d'un laboratoire de recherche, de nettoyer les espaces de travail et en particulier le plateau technique d'extraction, d'apporter
une aide aux chercheurs du laboratoire en réalisant pour eux des tâches d'extraction ou de séparation de composés chimiques, et enfin de gérer les stocks de produits chimiques du laboratoire, notamment en recevant les commandes et en inventoriant les différentes substances. Bien qu'il ne soit pas contesté que ces missions induisent la manipulation de produits dangereux, toxiques ou cancérigène, les fonctions exercées par M. A ne correspondent pas à celles des emplois décrits à l'annexe à laquelle renvoie l'article 1er de l'arrêté du 30 avril 1997 précité, dont, par ailleurs, les dispositions auraient dû être mises en œuvre par une délibération du conseil d'administration en application de l'article L. 954-2 du code de l'éducation. Dès lors, les fonctions exercées par M. A ne présentent pas une technicité particulière au sens des dispositions de l'article 27 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 et de l'article L. 712-12 du code général
de la fonction publique. En outre, M. A ne peut utilement se prévaloir du fait qu'un autre agent qu'il présente comme son prédécesseur, mais qui, au demeurant n'appartenait pas au même corps et dont il n'établit pas qu'il occupait les mêmes fonctions, s'était vu octroyer le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. Par suite, le moyen tiré de ce que le président de l'université de Reims Champagne-Ardenne aurait commis une erreur d'appréciation en refusant le bénéfice
de la nouvelle bonification indiciaire à M. A doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle
le président de l'université de Reims Champagne-Ardenne a refusé de lui accorder le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
10. Pour les mêmes motifs, l'université de Reims Champagne-Ardenne n'a pas commis de faute en refusant à M. A le bénéfice de l'indemnité précitée. Par conséquent, sans
qu'il soit besoin de statuer la fin de non-recevoir, les conclusions tendant à la condamnation de cet établissement doivent être rejetées.
11. L'université de Reims Champagne-Ardenne n'étant pas la partie perdante dans
la présente instance, aucune somme ne peut être mise à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'université de Reims Champagne-Ardenne.
Copie en sera adressée au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026