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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300939

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300939

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Malblanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet de la Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Malblanc au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait.

La requête de Mme A a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 20 juin 2023, a produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Malblanc, avocat de Mme A.

Vu la note en délibéré produite pour Mme A ;

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de la requérante, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Mme A, de nationalité albanaise, déclare être entrée en France le 31 décembre 2021 accompagnée de son frère et de ses parents. Ils ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 juin 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 28 octobre 2022. Par un arrêté du 27 mars 2023, le préfet de la Marne l'a obligée à quitter le territoire, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

3. M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu, par un arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et visé par l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 27 mars 2023 manque en fait.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 (). ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () "

5. Mme A soutient que le préfet n'établit pas que la décision de la Cour nationale du droit d'asile la concernant lui a été notifiée. Toutefois, l'Albanie étant inscrite sur la liste des pays d'origine sûrs, la requérante a perdu le droit de se maintenir sur le territoire français dès le 8 juin 2022. Ainsi, le préfet de la Marne n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant l'éloignement de Mme A sans justifier de la notification à l'intéressée de la décision de la Cour nationale du droit d'asile la concernant. En outre, il ressort des pièces fournies au dossier, notamment du relevé TelemOfpra fourni en défense, que la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile à Mme A a effectivement eu lieu le 3 novembre 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Si l'intéressée peut se prévaloir de ces stipulations à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile et les éléments qu'elle produit dans la présente instance ne permettent pas d'établir la réalité des craintes dont elle se prévaut. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui déclare être entrée en France le 31 décembre 2021, ne justifie d'aucune intégration particulière. Si la mention, dans l'arrêté litigieux, de la circonstance selon laquelle ses parents et son frère ont fait l'objet d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire français est erronée car ces actes ont été abrogés, cette abrogation, justifiée par l'absence de notification à Mme A de la décision de rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, n'a pas eu pour effet de régulariser le séjour des membres de sa famille. Par ailleurs, le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur cette mention erronée. En outre, il ressort des pièces du dossier que les membres de la famille de la requérante ont fait l'objet d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire français en date du 19 juin 2023. Ainsi, la famille a vocation à repartir en Albanie, où elle n'est pas dépourvue d'attaches. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de faits doivent être écartés.

Sur les frais du litige :

10. La requérante étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi qu'au titre des dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Malblanc et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

A. C La greffière,

Signé

S. VICENTE

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