jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301034 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 9 mai 2023 et le 31 août 2023, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Marne a procédé au retrait de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations orales assisté d'un interprète ;
- il n'a pas été procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète dûment qualifié en méconnaissance des articles L. 141-2 à L. 141-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions du juge de l'asile ne lui ont pas été notifiées en méconnaissance de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les décisions du juge de l'asile et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne lui ont pas été notifiées avec le concours d'un interprète alors qu'il ne sait ni lire ni écrire le français ;
- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut prétendre à un titre de séjour portant la mention " parent d'enfant malade " ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'établit pas qu'il serait admissible dans un autre pays.
Le préfet de la Marne a produit des pièces, enregistrées le 8 août 2023.
Par ordonnance du 21 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 31 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mach, présidente,
- et les observations de Me Gabon, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né en 1986, déclare être entré en France en 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 janvier 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 2 octobre 2017. L'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 10 mars 2022 au 9 mars 2023. Par un arrêté du 6 février 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Marne a procédé au retrait de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est, dès lors, suffisamment motivé.
3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
4. Il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, de sorte que le demandeur d'un titre de séjour ne saurait tirer de ces stipulations un droit d'être entendu dans toute procédure relative à sa demande. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
5. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
6. D'une part, il ressort des termes non contestés de l'arrêté litigieux que M. A a été informé de l'intention du préfet de la Marne de procéder au retrait de son titre de séjour et invité par courrier du 23 novembre 2022 à produire des observations écrites ou orales dans un délai de quinze jours. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui a ainsi été mis en mesure de présenter des observations, ait sollicité la possibilité de présenter des observations orales assisté d'un interprète. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort des termes non contestés de l'arrêté litigieux que M. A a présenté des observations dont il a été tenu compte. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Marne, qui a retiré son titre de séjour en l'assortissant d'une obligation de quitter le territoire français, l'a privé de son droit d'être entendu.
7. Aux termes de l'article L. 141-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger fait l'objet d'une décision de refus d'entrée en France, de placement en rétention ou en zone d'attente, de retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour ou de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne parle pas le français, il indique au début de la procédure une langue qu'il comprend. Il indique également s'il sait lire. Ces informations sont mentionnées sur la décision de refus d'entrée, de placement ou de transfert ou dans le procès-verbal prévu au premier alinéa de l'article L. 813-13. Ces mentions font foi sauf preuve contraire. La langue que l'étranger a déclaré comprendre est utilisée jusqu'à la fin de la procédure. Si l'étranger refuse d'indiquer une langue qu'il comprend, la langue utilisée est le français. ". Aux termes de l'article L. 141-3 du même code : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".
8. M. A, qui conteste un arrêté portant retrait d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté en présence d'un interprète en méconnaissance des dispositions précitées, lesquelles ne sont pas applicables à sa situation. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
9. Les conditions de notification d'une décision administrative sont par elles-mêmes sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatifs aux conditions de notification d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté comme inopérant.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle de M. A avant de prendre l'arrêté contesté.
11. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".
12. Il ressort des pièces produites par le préfet de la Marne, et notamment du relevé
des informations du système d'information " Telemofpra ", dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la Cour nationale du droit d'asile a statué sur la demande présentée par M. A par une décision lue en audience publique le 2 octobre 2017, soit antérieurement à la date d'édiction de l'arrêté contesté. Il ne se prévaut d'aucune disposition imposant que cette décision lui soit notifiée dans une langue qu'il est susceptible de comprendre. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français.
13. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
14. Par l'arrêté litigieux, le préfet de la Marne a procédé au retrait du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " délivré à M. A au motif que sa présence constitue une menace à l'ordre public. M. A ne conteste pas sérieusement ce motif fondé sur une condamnation à dix mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans par le tribunal correctionnel de Chaumont du 7 décembre 2021 pour des faits d'agression sexuelle. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23, L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dirigés contre la décision portant retrait du titre de séjour doivent être écartés comme inopérants.
15. Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige, des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
16. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Dès lors, M. A ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
17. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). " Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
18. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 19 juillet 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de son enfant C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, l'enfant peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'elle peut voyager sans risque vers ce pays. Si le requérant produit des documents médicaux faisant état de ce que sa fille, qui souffre de troubles psychiques chroniques, bénéficie d'un traitement médicamenteux et a fait l'objet d'hospitalisations de courte durée ainsi que d'une orientation en institut médico-éducatif, il ne fournit en revanche aucun élément de nature à établir que le traitement médical nécessité par l'état de santé de son enfant ne lui serait pas effectivement accessible en Albanie. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il peut prétendre à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle à son éloignement.
19. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
20. M. A déclare être entré en France en 2016 avec son épouse, ressortissante albanaise et leurs enfants. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'acte de naissance de leur dernier enfant né en 2018 ainsi que des passeports de leurs enfants, que la famille a regagné l'Albanie en 2018 et 2019. M. A, qui a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français par arrêtés du 22 novembre 2017 et du 21 mars 2019, a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 10 mars 2022 au 9 mars 2023, qui fait l'objet d'un retrait par l'arrêté contesté. Si son épouse s'est vu remettre des autorisations provisoires de séjour successives du 21 février 2020 au 13 octobre 2022 à raison de l'état de santé de leur enfant née en 2007, il est constant que l'épouse du requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet de la Marne du 23 novembre 2022. S'il ressort des pièces du dossier que les trois enfants nés respectivement en 2007, 2011 et 2018 sont scolarisés, il n'est pas établi qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité en Albanie. Si le requérant fournit des documents présentés comme des titres de séjour de membres de sa famille, il n'apporte aucune précision dans ses écritures et ne se prévaut d'aucune autre attache familiale en France. Si M. A produit des certificats de travail comme maçon en octobre 2022 et comme ouvrier de mars à octobre 2022, ainsi qu'un contrat à durée indéterminée au sein de la société KDC à compter du 15 novembre 2022, cette intégration professionnelle présente un caractère récent à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, rien ne fait obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue avec ses enfants en Albanie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 30 ans. En outre, et ainsi qu'il a été dit précédemment, la présence de M. A sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, et eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent par suite être écartés.
21. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
22. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'apporte aucun élément de nature à établir que sa fille ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Albanie. Il ne résulte pas davantage des pièces du dossier que les trois enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
23. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
24. M. A fait valoir qu'il a fait l'objet de persécutions et qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément au soutien de cette allégation de nature à établir qu'il encourrait des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 janvier 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 2 octobre 2017. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
25. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
26. M. A soutient que c'est au prix d'une erreur de droit que l'arrêté attaqué décide qu'il sera éloigné à destination de son pays d'origine ou de " tout autre pays où il établit être légalement admissible " sans déterminer ces autres pays à destination desquels il est susceptible d'être éloigné. Toutefois, il ressort des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquelles l'arrêté attaqué n'a pas entendu déroger, que la fixation d'un pays de renvoi qui ne serait pas celui de la nationalité de l'étranger ou de celui pour lequel il disposerait d'un document de voyage n'est possible qu'en cas d'accord de l'intéressé, dès lors qu'il justifie lui-même être légalement admissible dans cet Etat. Dès lors, et alors que M. A ne s'est pas prévalu de ce qu'il serait légalement admissible dans un autre Etat que l'Albanie, et a fortiori n'établit pas qu'il le serait, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué ne fixe pas le pays de destination doit être écarté.
27. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 février 2023 du préfet de la Marne.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
28. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais du litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aurélie Gabon et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
Mme Castellani, première conseillère,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
A-C. CASTELLANILa présidente-rapporteure,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026