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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301057

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301057

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEBAAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 mai, 21 juillet et 22 septembre 2023, Mme B C, représentée par Me Lebaad, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2023-102-006 du 12 avril 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

3°) à défaut, d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Lebaad en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour a été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 233-1, 233-2, L. 423-23, L. 435-1 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été adoptée en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination ne mentionne pas à tort de pays de renvoi ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2023 par une ordonnance du 4 septembre précédent.

En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, une pièce a été demandée à Mme C pour compléter l'instruction le 5 octobre 2023. Elle a été produite le lendemain puis communiquée le 9 octobre suivant.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2023-340 du 4 mai 2023 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Lebaad pour le compte de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 11 juillet 1988, déclare être entrée régulièrement en France le 28 février 2021 sous couvert d'un titre de séjour longue durée UE délivré par les autorités italiennes. Le 17 janvier 2023, l'intéressée a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Aube son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 avril 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte. Mme C en demande l'annulation au tribunal.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 3 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, la préfète de l'Aube a donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés dans l'article 2, parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. D'une part, la décision refusant un titre de séjour à Mme C vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions de son article L. 435-1 sur le fondement desquelles l'intéressée a présenté sa demande de carte de séjour. Cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors, ainsi qu'il a été dit, que la décision de refus de titre de séjour est elle-même motivée. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que Mme C n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacées en cas de retour en Italie ou dans son pays d'origine et qu'elle sera potentiellement reconduite dans le pays dont elle a la nationalité. Dès lors, les décisions contenues dans l'arrêté du 12 avril 2023 comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elles sont suffisamment motivées.

4. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète, qui n'est pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments de sa situation, a procédé à l'examen particulier de celle-ci, contrairement à ce que soutient Mme C.

Sur la décision portant refus de carte de séjour temporaire :

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées qu'elles ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision de refus de carte de séjour temporaire, qui est prise en réponse à une demande formulée par l'intéressée. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

6. Aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / () 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ". Aux termes de l'article L. 200-5 du même code : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L.200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : / () 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de son article L. 233-2 : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ". Son article R. 233-1 dispose : " () L'assurance maladie mentionnée à l'article L. 233-1 doit couvrir les prestations prévues aux articles L. 160-8, L. 160-9 et L. 321-1 du code de la sécurité sociale. Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles () ".

7. Aux termes de l'article L. 262-9 du code l'action sociale et des familles : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; / () Est considérée comme isolée une personne veuve () ". Aux termes de l'article R. 262-1 du même code : " () Dans le cas des personnes isolées au sens de l'article L. 262-9 le montant majoré est égal à 128, 412 % du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne. S'y ajoute, pour chaque enfant à charge, un supplément égal à 42, 804 % du montant forfaitaire applicable à un foyer composé d'une seule personne, mentionné à l'article L. 262-2 () ". Le décret du 4 mai 2023 a fixé le montant forfaitaire mensuel du revenu de solidarité active à 607,75 euros à compter du 1er avril 2023.

8. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent qu'un citoyen de l'Union européenne ou ressortissant de l'Espace Economique Européen ne dispose du droit de se maintenir sur le territoire national pour une durée supérieure à trois mois que s'il remplit l'une des conditions, alternatives, exigées à cet article. D'autre part, il résulte de ces mêmes dispositions, combinées à celles de l'article L. 233-2, que le ressortissant d'un État tiers ne dispose d'un droit au séjour en France en qualité de parent d'un ressortissant de l'Union européenne que dans la mesure où son enfant remplit lui-même les conditions fixées au 1° ou au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont alternatives et non cumulatives.

9. D'autre part, il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 6 et 7 que le montant forfaitaire du revenu de solidarité évoqué à l'article R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour apprécier la condition de " ressources suffisantes " mentionnée au 2° de l'article L. 233-1 du même code s'élève, pour une personne isolée avec quatre enfants à charge de moins de vingt-cinq ans, à 1 820,98 euros.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C et les personnes composant son foyer auraient des ressources suffisantes au sens et pour l'application des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En effet, l'intéressée a perçu au mois de mars 2023 un salaire de seulement 959,39 euros pour quatre personnes à charge, soit la moitié du maximum que peut exiger sur ce plan l'administration. Dans ces conditions, et alors même que ses enfants et elle-même disposent d'une assurance maladie, la préfète de l'Aube n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 233-1, L. 233-2 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à l'intéressée une carte de séjour temporaire sur ce fondement.

11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

12. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

13. D'une part, Mme C soutient qu'elle réside en France depuis le 28 février 2021, pays qu'elle a décidé de rejoindre à la suite du décès de son époux et dont elle parle la langue, en compagnie de ses deux enfants, de nationalité italienne, qui sont scolarisés, et des deux enfants de son époux décédé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de séjour en France de l'intéressée est faible à la date à laquelle la décision contestée a été adoptée. Si elle se prévaut de la scolarisation de ses enfants, il n'est ni établi ni même allégué qu'ils ne pourraient pas à nouveau être scolarisés en Italie, pays dont ils ont tous deux la nationalité, qui lui a délivré un titre de séjour de longue durée et où elle résidait depuis 2002. En outre, les enfants de son époux décédé disposent de titres de séjour italiens. Enfin, aucune pièce au dossier ne permet d'établir que Mme C aurait des membres de sa famille en France ni qu'elle y aurait tissé des liens personnels. Dès lors, la situation de l'intéressée ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels susceptibles de permettre de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, si Mme C soutient qu'elle travaille, son dernier contrat de travail n'a démarré qu'à partir du 1er mars 2023 et ses précédents contrats ont été de courte durée. Dans ces conditions, les éléments dont fait état Mme C ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions précitées. Par suite, la préfète de l'Aube n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de la requérante.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

15. Il appartient à l'étranger lors du dépôt de sa demande de titre de séjour d'apporter à l'administration toutes les précisions utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il appartenait à l'intéressée, lors du dépôt de leur demande de titre de séjour, d'apporter à l'administration toutes les précisions utiles, et il lui était loisible, au cours de l'instruction de cette demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elle ait été empêchée de présenter des observations avant que ne soit prise la décision en litige. Le droit de l'intéressée d'être entendue, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de la mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Dès lors, en tout état de cause, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

16. Compte tenu de ce qui a été dit au point 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. D'une part, en indiquant, dans la décision contestée, que Mme C pourra être reconduite à destination du pays dont elle possède la nationalité, la préfète de l'Aube doit être regardée comme ayant déterminé le pays de retour, contrairement à ce que soutient la requérante.

18. D'autre part, la mention alternative à une reconduite dans son pays d'origine selon laquelle elle pourra être éloignée à destination de tout pays dans lequel elle est légalement admissible permet d'envisager un éloignement à destination de l'Italie, pays qui lui a délivré un titre de séjour en cours de validité, dont ses enfants ont la nationalité, ainsi que les enfants de son époux, et à propos duquel elle n'allègue pas qu'elle encourrait des risque prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations, ainsi que de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 de la préfète de l'Aube. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

P-H. ALe président,

signé

A. DESCHAMPSLe greffier,

signé

A. PICOT

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