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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301080

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301080

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP DUPUIS LACOURT MIGNE ESTIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, M. A C, représenté par la SCP Auberson-Desingly, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue d'évaluer les préjudices qu'il subit en raison des pathologies dont il souffre et dont il soutient qu'elles constituent des maladies professionnelles.

Il soutient que :

- il a exercé les fonctions d'agent technique au sein de la commune de Nouvion-sur-Meuse, de 1983 à 2023, date de son départ à la retraite ;

- le 29 novembre 2000, il a été déclaré apte à un poste administratif par la médecine du travail ;

- par une fiche d'aptitude du 18 août 2003, le médecin du travail a indiqué qu'il était apte avec restrictions au travail à la chaleur, à toute exposition aux irritants respiratoires et à tout port de charge de plus de dix kilogrammes ;

- par une fiche d'aptitude du 28 octobre 2003 puis par un avis du 16 décembre 2004, le médecin du travail a préconisé un reclassement à un poste administratif ;

- le 11 mars 2004, une fiche de poste lui était notifiée, ne correspondant pas à son grade ;

- le 4 septembre 2017, le médecin du travail a mentionné pour une visite de reprise, de ne pas porter plus de dix kilogrammes, de limiter les vibrations transmises au corps entier à une heure maximum par jour en cumulé et d'éviter au maximum les contraintes du rachis lombaire ;

- le 22 janvier 2016, une nouvelle fiche de poste lui était notifiée prévoyant notamment le déplacement de mobilier, les montages et démontages des podiums, la participation au salage des routes ainsi que des conduites de véhicules de service et de la saleuse ;

- le 30 juillet 2021, une déclaration de maladie professionnelle, une tendinopathie de la coiffe des rotateurs droite, était adressée à la collectivité ;

- un premier rapport d'expertise médicale puis un rapport de contre-expertise, ont conclu que sa pathologie devait être reconnue en maladie professionnelle et fixée à un taux d'IPP de 10 pour cent ;

- un arrêté du 17 janvier 2023 reconnaissait sa maladie professionnelle, sans mentionner le taux d'IPP ;

- par un arrêté rectificatif en date du 24 avril 2023, la commune reconnaissait la maladie professionnelle avec un taux d'IPP fixé à 10 pour cent ;

- par un troisième arrêté en date du 5 mai 2023, la commune reconnaissait une deuxième maladie professionnelle avec effet au 19 juillet 2019 pour l'épaule gauche, avec un taux d'IPP de 8 pour cent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, la commune de Nouvion-sur-Meuse, représentée par la SCP Dupuis-Lacourt-Migne, demande au tribunal :

- à titre principal de rejeter la requête de M. C tendant à ce qu'une expertise médicale soit ordonnée ;

- à titre subsidiaire de demander à l'expert de réduire les préjudices indemnisables à certains postes, de rechercher si la maladie professionnelle dont souffre M. C a ou non entraîné un déficit fonctionnel temporaire et de définir ce qui est imputable aux maladies professionnelles du requérant et ce qui relève d'un état antérieur.

Elle soutient que :

- dès lors que M. C a effectué des missions essentiellement administratives tout au long de sa carrière et que la mesure d'expertise sollicitée n'est donc pas susceptible de la mettre en cause, celle-ci est dépourvue de tout utilité.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C n'a effectué que des tâches administratives. Par conséquent, contrairement à ce que soutient la commune de Nouvion-sur-Meuse, la demande d'expertise présentée par M. C n'est nullement dépourvue d'utilité et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er ci-après de la présente ordonnance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le docteur E D, exerçant au 30 rue des Clercs à Metz (57000) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1) convoquer les parties ;

2) se faire communiquer et prendre connaissance de tous documents, administratifs ou médicaux relatifs à l'état de santé de M. C ;

3) procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C et à son examen clinique ;

4) décrire l'état de santé actuel de M. C faire l'historique de son évolution ;

5) déterminer si les pathologies dont il souffre sont en lien avec ses activités professionnelles. Préciser si elles peuvent être rattachées à un état antérieur ;

6) apprécier la réalité, la durée et l'intensité de l'ensemble des préjudices liés aux maladies professionnelles dont il se prévaut ;

7) déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. C ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance et le taux ;

8) dégager, en les spécifiant, tous les éléments de préjudice (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et, le cas échéant, en évaluer l'importance, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

9) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur l'importance des préjudices subis, ainsi que toute information utile à la solution du litige.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 29 février 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec l'accord des parties, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception du rapport d'expertise par les parties.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, à la commune de Nouvion-sur-Meuse et à M. le docteur E D, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 28 août 2023.

Le juge des référés,

signé

O. B

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