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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301106

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301106

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai 2023 et 22 décembre 2023, l'association One Voice demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel la préfète de l'Aube a fixé les modalités d'ouverture de la chasse dans le département de l'Aube pour la campagne 2023-2024 en tant qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 juin 2023 jusqu'à l'ouverture générale de la chasse ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de l'Aube est irrecevable en l'absence de mémoire en défense de la préfète de l'Aube ;

- elle justifie d'un intérêt à agir au regard de son objet statutaire et de son agrément ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la convocation des membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage n'est pas intervenue au moins cinq jours avant la tenue de la réunion et qu'elle n'était pas accompagnée de l'ensemble des documents nécessaires à l'examen des affaires qui y étaient inscrites ;

- il est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, dès lors que la note de présentation accompagnant la consultation du public ne répondait pas aux exigences prévues par cet article ;

- il méconnaît le principe de précaution prévu à l'article L. 110-1 du code de l'environnement ;

- il méconnaît l'interdiction de destruction des petits des mammifères prévue à l'article L. 424-10 du code de l'environnement ;

- il méconnaît l'article L. 420-1 du code de l'environnement concernant la gestion équilibrée des écosystèmes et la prise en compte de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique ;

- il méconnaît l'article L. 411-1 du code de l'environnement concernant l'interdiction de destruction des espèces protégées ;

- l'illégalité de l'article R. 424-5 du code de l'environnement, dès lors qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 424-10 du même code, entache d'illégalité l'arrêté en litige dont il constitue la base légale.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Aube, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par des mémoires en intervention, enregistrés les 5 juin 2023 et 9 février 2024, la fédération départementale des chasseurs de l'Aube, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à intervenir contre la requête de l'association requérante ;

- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté contesté dès lors que ses statuts lui confèrent un champ d'action national, que son objet social est très général, qu'elle ne fournit aucun élément quant au bilan de son action dans l'Aube, qu'elle méconnaît les articles 56 et 59 du code civil et que sa requête est insuffisamment précise ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 14 février 2024 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mollard, représentant la fédération départementale des chasseurs de l'Aube.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 mai 2023, la préfète de l'Aube a fixé les modalités d'ouverture de la chasse dans le département de l'Aube pour la campagne 2023/2024 et a notamment autorisé la chasse du blaireau en vénerie sous terre pour la période du 15 juin 2023 au 15 janvier 2024, sous réserve, pendant la période complémentaire, d'une déclaration auprès de la direction départementale des territoires quinze jours avant la première intervention. Par sa requête, l'association One Voice demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il prévoit une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau entre le 15 juin 2023 et l'ouverture générale de la chasse, soit le 14 septembre 2023.

Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de l'Aube :

2. Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur. La préfète de l'Aube, à qui la requête a été communiquée, n'a pas présenté de mémoire en défense tendant au rejet de cette requête. Par suite, l'intervention en défense de la fédération départementale des chasseurs de l'Aube, qui tend au rejet de la requête, n'est pas recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-4 du code de l'environnement : " Dans le temps où la chasse est ouverte, le permis donne à celui qui l'a obtenu le droit de chasser de jour, soit à tir, soit à courre, à cor et à cri, soit au vol, suivant les distinctions établies par des arrêtés du ministre chargé de la chasse. Le jour s'entend du temps qui commence une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département et finit une heure après son coucher. ". Selon l'article R. 424-4 du même code : " La chasse à courre, à cor et à cri est ouverte du 15 septembre au 31 mars. () ". En vertu de l'article R. 424-5 de ce code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les oeufs, de ramasser les oeufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. () ".

4. L'association One Voice soutient que l'autorisation d'une période complémentaire pour l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau courant du 15 juin au 14 septembre 2023 dans le département de l'Aube méconnaît l'interdiction des destructions des portées ou petits mammifères dont la chasse est autorisée prévue par les dispositions précitées de l'article L. 424-10 du code de l'environnement alors qu'à ces dates, les blaireautins ne sont pas émancipés de leur mère et n'ont pas atteint leur maturité sexuelle. D'une part, ces dispositions s'appliquent à l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau. D'autre part, si pour autoriser une période complémentaire à partir du 15 juin 2023, la préfète de l'Aube a retenu, ainsi qu'il ressort de la note de présentation soumise à la consultation du public, qu'à compter de cette date les périodes de mises bas, d'allaitement et de dépendance des jeunes blaireaux étaient achevées, cette allégation n'est, en l'absence notamment de mémoire en défense présenté par la préfète de l'Aube dans la présente instance, étayée par aucun élément. Il ressort en revanche des pièces du dossier, notamment des études scientifiques produites par l'association requérante, dont les conclusions ne sont pas contestées par la préfète, que les blaireautins, dont la naissance intervient entre janvier et mars, ne sont pas tous sevrés à cette date et que ces derniers ne peuvent être regardés comme émancipés qu'à partir de l'âge de six à huit mois minimum. Il s'ensuit que les blaireautins ne sont pas autonomes lors de la période de chasse complémentaire autorisée par l'arrêté attaqué et doivent, ainsi, encore être qualifiés de petits de mammifères au sens et pour l'application de l'article L. 424-10 du code de l'environnement. Par ailleurs, si l'arrêté litigieux prévoit une déclaration préalable auprès de la direction départementale des territoires, son objet et sa portée ne sont pas précisés. La préfète de l'Aube ne peut dans ces conditions être regardée comme ayant assorti sa décision de prescription particulière de nature à éviter la destruction des petits blaireaux et de leur mère. Enfin, il ressort de la note de présentation précédemment mentionnée que, dans le département de l'Aube, la majorité des captures par vénerie sous terre des blaireaux interviennent dès le début de la période complémentaire et exposent dès lors des petits de blaireaux au risque de leur destruction. Dans ces conditions, l'association requérante est fondée à soutenir que l'autorisation décidée par l'arrêté contesté de l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire du 15 juin au 14 septembre 2023 dans le département de l'Aube est de nature à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de détruire les petits blaireaux résultant des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par l'association One Voice, que celle-ci est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2023 de la préfète de l'Aube en tant qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 juin 2023 au 14 septembre 2023.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association One Voice et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs de l'Aube n'est pas admise.

Article 2 : L'arrêté du 16 mai 2023 par lequel la préfète de l'Aube a fixé les modalités d'ouverture de la chasse dans le département de l'Aube pour la campagne 2023-2024 est annulé en tant qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 juin 2023 à l'ouverture générale de la chasse.

Article 3 : L'Etat versera à l'association One Voice la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la fédération départementale des chasseurs de l'Aube.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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