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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301173

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301173

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTAMBURINI-BONNEFOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2023, Mme H C épouse F, représentée par la SCP JBR, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de déterminer si les soins qui lui ont été prodigués au sein du centre hospitalier de Châlons-en-Champagne et notamment par le docteur G D, ont été conformes aux règles de l'art.

Elle soutient que :

- le 23 février 2021, elle s'est rendue au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne pour des douleurs abdominales et des vomissements ; elle a été autorisée à retourner à son domicile avec un traitement ;

- le 20 juin 2021, elle s'est de nouveau présentée au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne pour des symptômes identiques ; il lui a été diagnostiqué des coliques hépatiques avec une vésicule biliaire pleine à 42 mm ainsi que des calculs enclavés dans l'infundibulum et dans le début du canal cystique ;

- il lui a été préconisé de prendre rendez-vous avec un chirurgien digestif ;

- suite à ce rendez-vous, une opération de la vésicule biliaire a été programmée pour la fin du mois d'août 2021 ;

- le 28 juin 2021 elle a été contrainte de se rendre une nouvelle fois aux urgences du centre hospitalier de Châlons-en-Champagne où elle a subi, dès le 29 juin, une cholécystectomie avec plaie de la voie biliaire principale nécessitant une conversion par voie sous-costale et une réparation de la voie biliaire principale avec mise en place d'un drain de Kehr et un drainage sous-hépatique ;

- le 30 juin 2021, elle a été transférée et prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Reims en raison d'une plaie peropératoire de la voie biliaire principale, la lettre de liaison établie par le chirurgien mentionnant des " évènements indésirables/complications " ;

- elle est sortie le 13 juillet 2021 avec les drains maintenus en place ;

- elle a été hospitalisée au centre hospitalier universitaire de Reims du 10 au 13 septembre 2021 pour clampage du drain puis du 10 au 18 janvier 2022 pour l'ablation du drain de Kehr ;

- les suites immédiates de l'opération ont été marquées par un tableau péritonéal nécessitant une laparotomie pour lavage péritonéal et mise en place d'une prothèse endoscopique et drainage ;

- elle a de nouveau été hospitalisée au CHU de Reims du 30 mai au 13 juin 2022 pour une péritonite biliaire et a été opérée le 31 mai 2022 pour un changement de prothèse biliaire ;

- le 13 septembre 2022 elle a dû subir une résection de la voie biliaire principale ;

- son état s'est fortement dégradé depuis sa première opération, tant physiquement que mentalement, l'empêchant de reprendre un emploi ;

- une expertise médicale diligentée par sa protection juridique a conclu, concernant l'opération pratiquée le 29 juin 2021, à un " accident médical fautif en rapport avec une maladresse chirurgicale " et à un manque d'information sur le " risque de plaie biliaire ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne et M. le docteur G D, représentés par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, demandent au tribunal :

- de mettre hors de cause le docteur G D ;

- de prendre acte de ce que le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne ne s'oppose pas à sa participation à une mesure d'expertise, sous toute réserve de responsabilité ;

- d'étendre les opérations d'expertise à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ;

- de confier la mission d'expertise à un expert chirurgien viscéral et digestif.

Ils soutiennent que :

- le docteur G D, mis en cause personnellement par Mme C épouse F, a pris en charge cette dernière dans le cadre de son activité hospitalière exclusive ;

- il existe un motif légitime à ce que la mesure d'expertise sollicitée se déroule au contradictoire de l'ONIAM dès lors que l'existence d'un accident médical non fautif n'est pas à exclure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARLU Olivier Saumon avocat, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves sur le bien-fondé de sa mise en cause. Il demande en outre d'étendre la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme C épouse F entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la mise en cause du docteur D :

3. Si les fautes commises par les agents publics dans l'exercice de leurs fonctions peuvent constituer des fautes de service de nature à engager la responsabilité de l'administration et si, dans cette mesure, la juridiction administrative est compétente pour apprécier la gravité de telles fautes et condamner la puissance publique, il n'appartient pas en revanche à la juridiction administrative de se prononcer sur les conclusions qui mettent en cause la responsabilité personnelle des agents publics ou fonctionnaires. Il est constant que le docteur D n'est intervenu auprès de Mme C épouse F qu'en qualité de préposé au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne dans le cadre du service public hospitalier. Par suite, les conclusions de Mme C épouse F, tendant à ce que le docteur D soit attrait à l'expertise doivent être rejetée, sans que cette circonstance fasse obstacle à ce que l'expert entende ce dernier, s'il l'estime utile, à titre de sachant.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur G D est mis hors de cause.

Article 2 : M. le docteur E B, exerçant au 9 rue Blaise Pascal à Maxéville (54320) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme F et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier de Châlons-en-Champagne ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme F ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme F et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme F et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Châlons-en-Champagne, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

4°) en cas d'infection, préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes, a été porté le diagnostic, a été mise en œuvre la thérapeutique, dire quels ont été les moyens cliniques, paracliniques et biologiques retenus, permettant d'établir le diagnostic, dire, le cas échéant quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l'origine de cette infection, quel type de germe a été identifié, quelle est son origine, son caractère exogène ou endogène, si l'infection a pour origine une cause extérieure et étrangère au lieu où ont été dispensés les soins, quelles sont les origines possibles de cette infection et s'il s'agit de l'aggravation d'une infection en cours ou ayant existé ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de Mme F ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme F et des complications dont elle souffre depuis la cholécystectomie qu'elle a subie ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme F, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme F une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de sa première visite au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme F de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

8°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme F a été informée de la nature des examens qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces examens et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme F a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant les examens s'il en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

9°) dire si l'état de Mme F a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

10°) indiquer à quelle date l'état de Mme F peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

11°) dire si l'état de Mme F est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

12°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme F.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert, lui-même soumis au secret médical, pourra se faire communiquer directement par le centre hospitalier l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse lui être opposé ce même secret et pourra entendre toute personne du centre hospitalier de Châlons-en-Champagne ayant pratiqué des soins à Mme F.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 janvier 2024. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C épouse F, aux caisses primaires d'assurance maladie de la Marne et de la Haute-Marne, au centre hospitalier de Châlons-en-Champagne, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à M. le docteur E B, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 28 août 2023.

Le juge des référés,

signé

O. A

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