mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301200 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Le tribunal administratif de
Châlons-en-Champagne
(2ème chambre)
Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, M. Juvenal's Kennedy Debato'o, représenté par Me Gaffuri, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel la préfète de l'Aube, a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, le versement, à son conseil, de la somme de
1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et dépourvu d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- l'arrêté lui refusant le séjour méconnait l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'illégalité, du fait de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
16 juillet 2023 à 12h00
M. Debato'o a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 aout 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Soistier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. Debato'o, de nationalité centrafricaine, né le 27 décembre 1980, est entré régulièrement sur le territoire français le 13 février 2016, titulaire d'un visa long séjour et d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étranger malade " valable du 21 avril 2020 au
18 octobre 2022. Le 10 août 2022, il a sollicité un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 26 avril 2023, la préfète de l'Aube a rejeté cette demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution de la mesure d'éloignement. Il sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté en litige, qui comporte la mention des textes dont il fait application et des circonstances de faits fondant ses décisions, est suffisamment motivé.
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. Debato'o.
Sur la légalité de la décision de refus de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". Aux termes de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. Il ressort de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à
M. Debato'o, la préfète de l'Aube s'est notamment fondée sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public en ce que l'intéressé a été interpellé le
7 février 2022, le 12 octobre 2022 et le 15 décembre 2022 par les services de la police nationale pour des infractions pénales de conduite sans permis de conduire et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Le 14 février 2023, il a une nouvelle fois été interpellé pour les mêmes faits et l'usage d'un permis de conduire faux ou falsifié. Toutefois, pour répréhensibles qu'ils soient, ces faits ne suffisent pas à caractériser l'existence d'un comportement représentant une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées. C'est donc à tort que la préfète s'est fondée sur ce motif pour rejeter la demande qui lui était présentée.
6. Toutefois, M. Debato'o se prévaut de sa présence en France depuis le
13 février 2022 et de son contrat de travail à durée indéterminée en tant que chargé de clientèle. Cependant il ressort des pièces du dossier qu'il est marié avec Mme A Debato'o, qui réside au Maroc, avec les enfants du couple. M. Debato'o, alors que le centre de ses intérêts privés et familiaux ne se situe pas en France, n'établit pas avoir noué dans ce pays des liens personnels d'une particulière intensité, de nature à justifier la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que ce seul motif. Par suite, la circonstance que le motif tiré de l'existence d'une menace à l'ordre public serait erroné est, par conséquent, sans incidence sur la légalité de la décision contestée.
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, il y a lieu de rejeter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il n'est pas établi que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de son titre de séjour.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.
13. Il résulte de ce qui a été dit au points n° 9 que le moyen tiré, par voie de conséquence, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de
30 jours emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. Debato'o n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, l'ensemble de ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées, de même que ses conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Debato'o est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Debato'o et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Alain Poujade, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller
M. Oscar Alvarez, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
Le rapporteur,
M. SOISTIER
Le président,
A. POUJADELa greffière,
N. MASSON
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