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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301218

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301218

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantAOUIDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2023, M. A B, représenté par Me Aouidet, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet des Ardennes a ordonné son assignation à résidence dans le département des Ardennes pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation quant au risque de soustraction à la mesure d'éloignement dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet de condamnation et qu'il présente des garanties ;

- il porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Ardennes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mach pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,

- les observations de Me Aouidet, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 octobre 2021, le préfet des Ardennes a fait obligation à M. B, ressortissant algérien né en 1994, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 29 octobre 2021 du préfet des Ardennes, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Sa requête dirigée contre ces deux arrêtés a été rejetée par jugement du présent tribunal du 3 novembre 2021. Par deux arrêtés en date du 13 avril 2023 du préfet des Ardennes, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par jugements du 20 avril 2023, le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 13 avril 2023 en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français. Par un arrêté du 31 mai 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Ardennes a prolongé la mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B, qui est déjà représenté par un avocat, a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. L'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Si l'arrêté contesté mentionne à tort que l'obligation de quitter le territoire français prise le 13 avril 2023 n'a fait l'objet d'aucun recours contentieux devant un tribunal administratif, alors qu'il est constant que les conclusions de la requête de M. B dirigées contre la mesure d'éloignement prononcée le 13 avril 2023 à l'encontre de l'intéressé ont été rejetées par jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 20 avril 2023, cette inexactitude matérielle n'est pas de nature à entacher l'arrêté contesté d'insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

6. Il ressort des termes de l'arrêté contesté, pris en vue de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français en date du 13 avril 2023, que M. B ne peut quitter immédiatement le territoire français compte tenu du délai pour obtenir un laissez-passer auprès des autorités algériennes et du délai pour organiser matériellement son départ et obtenir un vol pour l'Algérie. D'une part, la circonstance alléguée par le requérant que la précédente mesure d'assignation n'a pas permis l'exécution de la mesure d'éloignement ne saurait suffire à établir que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. D'autre part, si le requérant soutient que les autorités algériennes refusent de délivrer des laissez-passer consulaires en se prévalant d'un article de presse de mars 2023, cette allégation générale ne suffit pas à remettre en cause l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement, à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen ainsi allégué ne peut qu'être écarté.

7. M. B fait valoir que le préfet des Ardennes ne peut lui opposer l'existence d'un risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale et qu'il présente des garanties de représentation. Toutefois, il résulte des termes de l'arrêté contesté que, pour prononcer la mesure d'assignation à résidence, le préfet des Ardennes ne s'est pas fondé sur le risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2021. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation du risque de soustraction à la mesure d'éloignement.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. La mesure d'assignation à résidence contestée prévoit que le requérant doit se présenter chaque jour au commissariat de Charleville-Mézières entre 9h00 et 10h00. M. B soutient vivre en concubinage depuis 2020 avec une ressortissante française et s'occuper des quatre enfants de cette dernière, issus d'une précédente union, ainsi que de son fils, né en mai 2023 et fait valoir qu'il assure quelques missions afin de subvenir aux besoins de sa famille. D'une part, l'arrêté contesté n'a pas pour objet, ni pour effet de séparer le requérant de sa famille. D'autre part, s'il produit une attestation de la directrice d'école du fils de sa concubine en date du 17 janvier 2023 indiquant qu'il se charge d'emmener et de reprendre l'enfant quotidiennement, le requérant n'allègue, ni ne justifie être dans l'impossibilité de respecter les obligations de pointage qui lui ont été ainsi imposées. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas allégué, que la mesure ferait peser des contraintes excessives sur la situation familiale de M. B, dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable et qui s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et eu égard à l'objet de l'arrêté contesté et des conditions de séjour de l'intéressé, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant ne justifie pas, eu égard notamment à la fréquence des pointages et aux horaires de présentation, qu'il serait soumis à des contraintes familiales, ni au demeurant professionnelles, telles qu'il ne pourrait satisfaire aux obligations imposées par le préfet des Ardennes. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Ardennes a porté sur sa situation une appréciation manifestement erronée, ni que les modalités de contrôle sont disproportionnées. L'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Ardennes du 31 mai 2023.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Nebil Aouidet et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La magistrate désignée,

A.-S. MACH

Le greffier,

A. PICOT

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