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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301234

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301234

lundi 11 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVATIER & ASSOCIES Association d'Avocats à Responsabilité Professionnelle Individuelle

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2023, M. H F, M. D F et M. B F, représentés par la SCP ACG et associés, demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un collège d'experts composé d'un chirurgien orthopédique, d'un anesthésiste-réanimateur, d'un cardiologue et d'un neuropsychologue, en vue de déterminer si les soins prodigués à M. H F par le centre hospitalier de Charleville-Mézières, par la clinique Saint George de Nice et par le docteur I C, sont conformes aux règles de l'art.

Ils soutiennent que :

- le 24 janvier 2020, M. H F a été opéré au sein du centre hospitalier de Charleville-Mézières afin de remplacer sa prothèse totale de hanche gauche en raison d'un descellement bipolaire des implants ;

- l'intervention a dû être interrompue en raison d'une hypotension majeure avec troubles du rythme cardiaque et a été reprise le 30 janvier 2020 ;

- à la suite de plusieurs arrêts cardio-respiratoires nécessitant la réalisation de manœuvres de réanimation et un état de choc survenu le 9 février 2020, M. F a été transféré le 11 février au centre hospitalier universitaire de Reims où il a subi une coronarographie avec mise en place d'un double stent actif ;

- M. F a ensuite été transféré en unité de surveillance continue puis dans le service de cardiologie où il a bénéficié, le 17 mars, de la pose d'un stimulateur cardiaque puis, le 30 mars d'un stent actif ; il a ensuite été pris en charge au sein du service de soins de suite et de réadaptation de Sedan jusqu'au 22 juillet 2020 ;

- un retour à domicile n'étant pas envisageable en raison de sa perte d'autonomie, M. F a été pris en charge à la clinique Saint Antoine puis dans le service de soins de suite et de réadaptation Les Sources, tous deux situés à Nice ;

- le 14 octobre 2020 M. F a subi une biopsie osseuse au sein de la clinique Saint George de Nice, puis une nouvelle coronarographie ; il a quitté l'hôpital le 12 novembre 2020 mais a dû subir une nouvelle opération le 2 décembre 2020 afin d'évacuer un hématome au niveau de la prothèse et d'extraire un cerclage mobile ;

- la réalisation d'une scintigraphie a permis de diagnostiquer un descellement de la prothèse, nécessitant une nouvelle intervention en 2021 au sein de la clinique Courlancy à Reims ;

- malgré ces différentes interventions M. F marche toujours difficilement ; il conserve en outre des problèmes cardiaques et se plaint de troubles neurocognitifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, M. le docteur I C, représenté par la SCP Sammut Croon Journé-Léau, déclare ne pas s'opposer à l'instauration d'une mesure d'expertise, aux frais avancés par les requérants. Il demande en outre de compléter la mission de l'expert, qui devra être spécialisé en chirurgie orthopédique, conformément à ses suggestions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, la clinique Saint George, représentée par Me Arnaud Zuck, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée par les consorts F, aux frais avancés par les requérants, mais entend formuler toutes protestations et réserves. Elle demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARLU RRM, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves quant au bien-fondé de sa mise en cause. Il demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le centre hospitalier de Charleville-Mézières, représenté par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, sous toute réserve de responsabilité. Il demande en outre de confier la mission d'expertise à un collège d'expert composé d'un chirurgien orthopédiste et d'une anesthésiste-réanimateur.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R.621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par les consorts F entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à leur demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance ;

Sur la désignation d'un collège d'experts :

3. Les consorts F sollicitent la désignation d'un collège d'experts composé d'un chirurgien orthopédique, d'un anesthésiste-réanimateur, d'un cardiologue et d'un neuropsychologue. A ce stade de l'expertise, dès lors qu'il n'apparaît pas que le trouble cardiaque et les troubles neurocognitifs dont souffre M. H F soient en lien avec l'intervention qu'il a subi le 24 janvier 2020, il n'est pas utile de faire droit à leur demande. Il convient de confier l'expertise à un collège d'expert, composé d'un chirurgien orthopédique et d'un anesthésiste-réanimateur, auquel il appartiendra, s'il l'estime nécessaire, de demander au tribunal l'autorisation de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le professeur G E, chirurgien orthopédique, exerçant à l'hôpital Roger Salengro, rue Emile Laine à Lille (59037) et Mme le docteur K J, anesthésiste-réanimateur, exerçant au CHU de Lille, 2 avenue Oscar Lambret à Lille (59000) sont désignés en qualité d'experts. Ils auront pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. F et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de ses prises en charge par le centre hospitalier de Charleville-Mézières, par la clinique Saint George et par le docteur I C ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. F ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. F et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au sein des différents centres hospitaliers ; décrire l'état pathologique du requérant ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. F et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Charleville-Mézières et de la clinique Saint George ainsi que de ceux du docteur C, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

4°) en cas d'infection, préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes, a été porté le diagnostic, a été mise en œuvre la thérapeutique, dire quels ont été les moyens cliniques, paracliniques et biologiques retenus, permettant d'établir le diagnostic, dire, le cas échéant quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l'origine de cette infection, quel type de germe a été identifié, quelle est son origine, son caractère exogène ou endogène, si l'infection a pour origine une cause extérieure et étrangère au lieu où ont été dispensés les soins, quelles sont les origines possibles de cette infection et s'il s'agit de l'aggravation d'une infection en cours ou ayant existé ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors des hospitalisations de M. F ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de M. F et des complications dont il souffre ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. F, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux établissements de santé, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. F une chance sérieuse de guérison des lésions dont il était atteint lors de sa première visite au centre hospitalier de Charleville-Mézières ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. F de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

8°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. F a été informé de la nature des examens qu'il allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces examens et s'il a été mis à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si M. F a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant les examens s'il en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

9°) dire si l'état de M. F a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

10°) indiquer à quelle date l'état de M. F peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

11°) dire si l'état de M. F est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

12°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

13°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de M. F.

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les experts avertiront les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts, eux-mêmes soumis au secret médical, pourront se faire communiquer directement par les centres hospitaliers l'entier dossier médical de l'intéressé, sans que puisse leur être opposé ce même secret et pourront entendre toute personne du centre hospitalier de Charleville-Mézières et de la clinique Saint George ayant donné des soins à M. F.

Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 29 février 2024. Les experts notifieront eux-mêmes les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H F, à M. D F, à M. B F, aux caisses primaires d'assurance maladie des Ardennes et de la Haute-Marne, au centre hospitalier Charleville-Mézières, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la clinique Saint George, à M. le docteur I C, à M. le professeur G E expert et à Mme le docteur K J, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 11 septembre 2023.

Le juge des référés,

signé

O. A

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