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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301249

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301249

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, M. C B représenté par

Me Choffrut, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet de la Marne a prononcé la suspension de la validité des catégories B, B1 et A1 de son permis de conduire ;

2°) d'ordonner au préfet de la Marne la restitution de son permis de conduire ;

3°) d'ordonner la transmission du protocole d'évaluation de l'inaptitude sur lequel se fondent les médecins ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de son aptitude médicale à la conduite ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2023, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2024, M. B conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et ajoute que son permis de conduire lui a été restitué par arrêté préfectoral du 13 novembre 2023.

Un mémoire présenté par le préfet de la Marne a été enregistré le 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 23 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Le second alinéa de l'article L. 211-6 précise que " Les dispositions du présent chapitre ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret ".

2. D'autre part, les médecins chargés du contrôle médical auquel est subordonné la restitution du permis de conduire après une mesure de suspension sont tenus au secret médical dans les conditions rappelées au premier alinéa de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique, relatif aux devoirs des médecins exerçant la médecine de contrôle et aux termes duquel : " Le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration ou l'organisme qui fait appel à ses services. Il ne peut et ne doit lui fournir que ses conclusions sur le plan administratif, sans indiquer les raisons d'ordre médical qui les motivent ".

3. La décision par laquelle le préfet suspend ou annule un permis de conduire, ou restreint sa validité, au motif que son titulaire est atteint d'une affection médicale incompatible avec la conduite d'un véhicule présente le caractère d'une mesure de police et doit, par suite, être motivée. Si le préfet ne peut que se référer, dans sa décision, pour en assurer la motivation, à l'avis qui lui a été communiqué par les médecins chargés du contrôle médical, lequel, conformément aux dispositions de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique, se borne à indiquer que le titulaire du permis de conduire est inapte à la conduite d'un véhicule, il incombe aux médecins, afin d'assurer le respect des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, d'informer le titulaire des motifs médicaux sur lesquels ils se sont fondés. La signature de l'intéressé sur l'avis d'inaptitude, sous une mention selon laquelle il reconnaît avoir été informé verbalement des motifs médicaux retenus, permet ainsi de vérifier le respect de cette obligation. Il est, par ailleurs, loisible au titulaire du permis de demander communication, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, des documents conservés par les médecins relatifs à son état de santé.

4. La décision attaquée vise les textes dont il fait application et mentionne que

M. B a pris connaissance de l'avis médical du 13 avril 2023 qui fonde la mesure édictée. Ledit avis, signé par l'intéressé indique que ce dernier a pris connaissance des motifs d'ordre médicale qui ont entrainé l'avis d'inaptitude à la conduite. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 13 avril 2023 par laquelle le préfet de la Marne a suspendu la validité des catégories B, A1 et B1 de son permis de conduire doit être écarté.

5. Aux termes de l'article R. 221-14 du code de la route : " I. - Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical : / 1° Dans le cas où les informations en sa possession lui permettent d'estimer que l'état physique du titulaire du permis peut être incompatible avec le maintien de ce permis de conduire. Cet examen médical est réalisé par un médecin agréé consultant hors commission médicale ; au vu de l'avis médical émis, le préfet prononce, s'il y a lieu, soit la restriction de validité, la suspension ou l'annulation du permis de conduire, soit le changement de catégorie de ce titre ; 2° A tout conducteur impliqué dans un accident corporel de la circulation routière ".

6. D'une part, le requérant se prévaut de l'avis médical du 8 mai 2023 par lequel un psychiatre conclut à son aptitude à la conduite. Toutefois, l'appréciation portée par ce praticien, qui n'est pas médecin agréé au sens des dispositions des articles R. 221-10 et suivants du code de la route, est insuffisante pour établir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la capacité de M. B à conduire des véhicules des catégories B, A1 et B1. D'autre part, la décision contestée étant suffisamment motivée comme il a été dit au point 4, le requérant, ne peut en tout état de cause soutenir, que le défaut de motivation qui l'entacherait établirait son absence de bien-fondé.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions d'annulation de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante,

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

O. ALa greffière,

Signé

N. MASSON

N°2301249

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