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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301251

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301251

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BADRE HYONNE SENS-SALIS ROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2301251 et des mémoires enregistrés les 6 juin 2023,

15 octobre 2024 et 7 novembre 2024, M. B E, Mme F G épouse E et M. C E, représentés par la Selas Devarenne Associés Grand Est, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 23-10 du 6 février 2023 par laquelle le conseil municipal de Mutigny a attesté de la désaffectation de la parcelle AD 1683 pour 37 centiares et décidé son déclassement ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé

le 1er mars 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mutigny la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure de déclassement appliquée par la commune de Mutigny a été effectuée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière dès lors qu'aucune enquête publique n'a été mise en œuvre, alors même que la voirie objet du déclassement a une fonction de desserte et de circulation et qu'il lui est ainsi porté atteinte ;

- si la juridiction administrative devait considérer que le chemin communal constitue un chemin rural, c'est à tort que la décision attaquée est intervenue au visa des dispositions de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- la délibération attaquée est illégale au regard des dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales dès lors que Mme Marie-Anne Humbert, conseillère municipale intéressée, a participé au vote ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la voie communale objet du déclassement n'est pas enclavée et que son accès se fait directement à partir de l'axe principal de la voie romaine.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, la commune de Mutigny, représentée par Me Opyrchal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B E, Mme F G épouse E,

et M. C E au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024,

M. H D, représentant l'indivision A D, représenté par

la SCP Badré Hyonne Sens-Salis Roger, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme

de 4 000 euros soit mise à la charge de M. B E, Mme F G épouse E, et M. C E au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée

au 12 novembre 2024.

Vu la note en délibéré enregistrée le 5 décembre 2024 présentée par la commune de Mutigny et non communiquée.

II. Par une requête n° 2301307 et un mémoire enregistrés le 12 juin 2023

et le 18 octobre 2024, M. B E, Mme F G épouse E,

et M. C E, représentés par la Selas Devarenne Associés Grand Est, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 23-25 du 2 mai 2023 par laquelle le conseil municipal de Mutigny a approuvé l'échange des parcelles A 979, 949 et 951 contre la parcelle AD 1683 d'une surface de 37 centiares avec M. H D représentant l'indivision D A, a chargé l'étude notariale de Me Richard Dupuy à Epernay de la rédaction de l'acte d'échange et chargé le maire de signer toute pièce relative à cet échange ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mutigny la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas possible d'échanger une parcelle relevant du domaine public communal avec un tiers ; la voirie communale litigieuse n'a pas cessé d'être affectée à l'usage du public, de sorte que la commune ne pouvait en disposer ;

- dans le cas où à l'inverse le tribunal considèrerait que la parcelle AD 1683

d'une surface de 37 centiares constitue un chemin rural relevant du domaine privé

de la commune, la délibération attaquée contreviendrait aux dispositions de l'article L. 161-10 du code rural.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2024, la commune de Mutigny, représentée par Me Opyrchal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B E, Mme F G épouse E,

et M. C E au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2024,

M. H D, représentant l'indivision A D, représenté par

la SCP Badré Hyonne Sens-Salis Roger, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme

de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B E, Mme F G épouse E, et M. C E au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée

au 12 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amelot, premier conseiller,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;

- et les observations de Me Devarenne-Odaert, représentant M. B E,

Mme F G épouse E et M. C E, et de Me Sommier-Afartout, substituant Me Opyrchal, représentant la commune de Mutigny.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2301251 et n° 2301307, présentées par M. B E,

Mme F G épouse E, et M. C E présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par une délibération n° 23-10 du 6 février 2023, le conseil municipal de Mutigny a décidé le déclassement de la parcelle AD 1683 pour une surface de 37 centiares. Le recours gracieux formé le 1er mars 2023 contre cette délibération par M. B E, Mme F G épouse E et M. C E a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par une délibération n° 23-25 du 2 mai 2023, le conseil municipal de Mutigny a approuvé l'échange des parcelles A 979, 949 et 951 contre la parcelle AD 1683

avec M. H D représentant l'indivision D A. Les requérants demandent au tribunal d'annuler ces deux délibérations ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux formé le 1er mars 2023 contre la première d'entre elles.

3. Il n'est pas contesté que la parcelle AD 1683 d'une surface de 37 centiares, est classée au tableau des voies communales et ouverte au public. Par suite, elle appartient au domaine public communal, ce qui est confirmé par le fait que la commune a entendu procéder au déclassement de cette parcelle. Par sa délibération du 6 février 2023, la commune de Mutigny a entendu déclasser du domaine public cette voie communale qui permet de desservir, depuis

la voie romaine, des parcelles de vignes, notamment la parcelle AD 1638 qui appartient aux requérants.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 1er mars 2023, M. B E,

Mme F G épouse E ont formé un recours gracieux contre la délibération du 6 février 2023 par laquelle le conseil municipal de Mutigny a décidé le déclassement

de la parcelle AD 1683 pour une surface de 37 centiares. Ce recours gracieux a eu pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux. En l'absence de décision expresse sur ce recours gracieux, une décision implicite de rejet est née, faisant courir un nouveau délai de recours contentieux. La requête n° 2301251 a été enregistrée le 6 juin 2023, avant l'expiration de ce délai. Si la commune de Mutigny et l'indivision D font valoir que M. C E n'a pas exercé le recours gracieux formé le 1er mars 2023, la requête collective enregistrée

le 6 juin 2023 a également été présentée par M. B E et par Mme F G épouse E, qui n'étaient pas tardifs. Par suite, la fin de non-recevoir opposée

par la commune de Mutigny et par l'indivision D doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la délibération

du 6 février 2023 et la décision portant rejet du recours gracieux formé le 1er mars 2023 :

6. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de la voirie routière : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens du domaine public de l'Etat, des départements et des communes affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées ". Aux termes de l'article L. 141-3 de ce même code : " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. () / Les délibérations concernant

le classement ou le déclassement sont dispensées d'enquête publique préalable sauf lorsque l'opération envisagée a pour conséquence de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation assurées par la voie. / () ". Aux termes de l'article L. 2141-1 du code général

de la propriété des personnes publiques : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement ".

7. En procédant à la désaffectation et au déclassement de la parcelle AD 1683 pour

37 centiares après avoir relevé que " cette partie de sente de la voie romaine () n'a donc plus vocation à exister en tant que telle " du fait qu'elle se trouve enclavée dans les vignes d'un seul propriétaire, la commune de Mutigny a engagé une opération portant une atteinte aux fonctions de circulation et de desserte assurées par cette voie au sens des dispositions susvisées de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière. Il est constant que le déclassement opéré par

la délibération en litige n'a pas été précédé de l'enquête publique exigée, dans cette hypothèse, par l'article L. 141-3 du code de la voirie routière, et qui constitue une garantie dont

les intéressés ont été, en l'espèce, privés. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que

la délibération de déclassement été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens

de la requête, que la délibération du 6 février 2023 doit être annulée ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par les requérants le 1er mars 2023.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la délibération

du 2 mai 2023 :

9. Aux termes de l'article L. 3111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui relèvent du domaine public, sont inaliénables et imprescriptibles. ". Aux termes de l'article L. 2141-1 du même code : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement. ". L'article L. 141-3 du code de la voirie routière dispose : " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. ".

10. La délibération en litige du 2 mai 2023, en tant qu'elle approuve l'échange des parcelles A 979, 949 et 951 appartenant à l'indivision D contre la parcelle AD 1683

d'une surface de 37 surfaces qui constitue une voie communale, méconnaît les dispositions de l'article L. 3111-1 du code général de la propriété des personnes publiques compte tenu de l'inaliénabilité du domaine public.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la délibération que la délibération du 2 mai 2023 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B E, Mme F G épouse E et M. C E, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la commune de Mutigny et à l'indivision D une somme que celles-ci demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mutigny une somme de 1 500 euros à verser à M. B E,

Mme F G épouse E et M. C E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les délibérations n° 23-10 du 6 février 2023 et n° 23-25 du 2 mai 2023 du conseil municipal de Mutigny ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé

le 1er mars 2023 sont annulées.

Article 2 : La commune de Mutigny versera une somme globale de 1 500 euros

à M. B E, Mme F G épouse E et M. C E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Mutigny et par M. D, représentant l'indivision A D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, Mme F G épouse E, M. C E, à la commune de Mutigny

et à M. H D, représentant l'indivision A D.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Amelot, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. AMELOT

Le président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2301251, 2301307

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