mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301273 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2023 et le 12 juin 2023, M. B C, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de la Marne a prolongé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours et l'a astreint à se présenter quotidiennement au commissariat de police de Reims ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C et M. A soutiennent que :
- l'arrêté attaqué ne procède pas d'un examen sérieux de sa situation, en ce que la mention d'un alias est erronée, de même que la mention d'une autre personne ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il ne lui a pas été notifié en présence d'une personne de son choix ou d'un interprète agréé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'une erreur de droit, en ce qu'il ne pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne fait pas l'objet d'une mesure d'expulsion, ou d'une interdiction de territoire ;
- il est également entaché d'une erreur de droit, en ce que l'administration ne justifie pas avoir accompli de démarches en vue de son éloignement effectif et en ce qu'il n'est pas justifié qu'il ne pourrait quitter le territoire et regagner son pays d'origine ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il contrevient à sa liberté d'aller et venir ;
- la décision l'astreignant à se rendre chaque jour au commissariat est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est impécunieux et sans domicile fixe.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne, qui a produit des pièces, enregistrées le 12 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application des articles L. 614-1 et suivants et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a présenté son rapport au cours de l'audience publique et a prononcé la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien né le 27 août 1973, est entré en France en mars 2021 et y a sollicité la reconnaissance de son statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Sa demande a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 juillet 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 12 octobre 2021. Par un arrêté du 22 septembre 2022, le préfet de la Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. L'intéressé a été assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours par un arrêté du 24 avril 2023. Il demande l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2023 portant prolongation de son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'astreignant à se présenter quotidiennement au commissariat de Reims.
Sur la demande l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que l'assignation à résidence a été prononcée à l'égard de " M. B C alias B C ". A supposer que la mention d'un alias soit entachée d'une erreur de faits, une telle erreur ne révélerait pas à elle seule, alors que, contrairement à ce que soutient M. C, aucune autre personne n'est mentionnée dans cet arrêté, un défaut d'examen de la situation du requérant.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de faits sur lesquelles il est fondé, et est, par suite, suffisamment motivé.
6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. (). Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
7. D'une part, il résulte clairement des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 5 novembre 2014 (Sophie M., C-166/13), que celui-ci s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, de sorte le demandeur d'un titre de séjour ne saurait tirer de ces stipulations un droit d'être entendu dans toute procédure relative à sa demande. D'autre part, il ressort des dispositions des articles L. 614-12, L. 614-18 et L. 730-1 à L. 732-9 que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative prononce l'assignation à résidence d'un étranger ou sa prolongation. Dès lors, l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait être utilement invoqué par M. C. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure doit être écarté comme inopérant dans ses deux branches.
8. En quatrième lieu, les conditions de notification d'un acte étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué n'a pas été notifié dans les conditions prévues par l'article L. 141-3 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté comme inopérant.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-2 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire prononcée en tout point du territoire de la République peut, quel que soit l'endroit où il se trouve, être assigné à résidence dans des lieux choisis par l'autorité administrative sur l'ensemble du territoire de la République. ". Enfin, aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. "
10. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Marne a prolongé l'assignation à résidence de M. C dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 731-1 et L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'exécution de la mesure d'éloignement demeurait une perspective raisonnable, qu'il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 22 septembre 2022 sans délai de départ volontaire et qu'il présentait des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement.
11. D'une part, le moyen tiré de ce qu'il n'entrait pas dans le champ de l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas le fondement de la décision de prolongation de son assignation à résidence, ne peut dès lors qu'être écarté.
12. D'autre part, une mesure d'assignation à résidence, ou sa prolongation, si elle permet à l'administration d'accomplir les diligences en vue de l'exécution d'office de la mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire, ou dont le délai de départ volontaire est expiré, dont un ressortissant étranger fait l'objet, tend également à assurer que ce dernier accomplit les diligences nécessaires à l'exécution de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français. En se bornant à soutenir que l'administration ne justifie pas avoir effectué de diligences en vue d'assurer l'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français du 22 septembre 2022, alors qu'il est constant que le délai de départ volontaire était expiré, M. C, dont il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même soutenu, que le passeport aurait été retenu par l'administration en application des articles L.733-4 et L.814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne conteste ni l'impossibilité de quitter immédiatement le territoire français, ni la circonstance que l'exécution de la mesure demeurait, à la date de l'arrêté attaqué, une perspective raisonnable. Dès lors, le préfet de la Marne pouvait légalement décider de la prolongation de son assignation à résidence.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. C se borne à soutenir que la décision de prolongation de son assignation à résidence porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, sans apporter aucun élément sur sa vie privée et familiale à laquelle il serait porté, selon lui, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas allégué par M. C, qui se borne à soutenir que la décision de l'assigner à résidence porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, que l'atteinte ainsi portée à cette liberté ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée.
16. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de ces dispositions, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
17. M. C, qui soutient, par un moyen non assorti en droit des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, que la décision l'astreignant à se rendre chaque jour au commissariat est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, peut être regardé comme soutenant que cette décision n'est pas adaptée. Toutefois, s'il se prévaut de son impécuniosité, le requérant a déclaré résider sur le territoire de la commune de Reims et les services de police auxquels il est tenu de se présenter sont situés sur le territoire de la même commune, de sorte que le caractère inadapté de la mesure ne ressort pas des pièces du dossier.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Gabon et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La magistrate désignée,
Signé
A.-C. D La greffière,
Signé
S. VICENTE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026