mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, M. A B, représenté par Me Boia demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer sa demande de carte de résident ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de l'instruction de sa demande de carte de résident ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne d'enregistrer sa demande de carte de résident, de lui délivrer une carte de résident portant le statut " réfugié " et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser, ou en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision refusant de faire droit à sa demande de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- le préfet ne pouvait pas lui opposer l'existence de l'interdiction judiciaire de territoire français pour refuser d'enregistrer sa demande de carte de résident et de lui délivrer un récépissé en raison du caractère recognitif du statut de réfugié qui lui a été reconnu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 décembre 2022.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire et a transmis un courrier le 13 février 2024.
Une pièce a été communiquée par le tribunal aux deux parties à l'instance le 11 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatifs aux réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur,
- et les observations de Me Boia, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant brésilien né le 21 mai 1977, déclare être entré en France le 13 septembre 2021. Par jugement du tribunal judiciaire de Bobigny du 16 septembre 2021, l'intéressé a été condamné, pour des faits d'acquisition, de détention, de transport et d'importation de stupéfiants, à une peine d'emprisonnement de huit mois et une peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de trois ans. M. B a déposé une demande d'asile. Par décision du 20 décembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a annulé la décision de l'office français des réfugiés et des apatrides du 16 février 2022 ayant rejeté sa demande et a reconnu la qualité de réfugié de M. B. Par le présent recours, M. B demande l'annulation des décisions par lesquelles le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer sa demande de carte de résident et de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de l'instruction de sa demande de carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. Aux termes de l'article 33 de la Convention de Genève relative au statut de réfugié :
" 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ". Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 424-2 du même code : " Après avoir déposé sa demande de carte de résident, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-1 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10. () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () ".
3. M. B a déposé une demande de carte de résident au début de l'année 2023 à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 décembre 2022 qui a reconnu sa qualité de réfugié. Cette demande n'a pas été enregistrée au seul motif qu'il faisait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de trois ans ainsi qu'il ressort du courriel du 27 juin 2023 de la cheffe de la section Asile de la préfecture de la Marne entrainant l'absence de délivrance du récépissé escompté. Toutefois, la décision de la CNDA précitée est déclarative et recognitive de sorte que la qualité de réfugié reconnue à l'intéressé est réputée lui appartenir depuis le jour de son arrivée en France, alors même qu'il a fait l'objet d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français, qui permet d'expulser l'étranger condamné pénalement et de lui interdire toute entrée durant la période d'interdiction, prononcée antérieurement à la décision de la CNDA. En outre, le requérant justifie avoir conclu un contrat d'intégration républicaine auprès de l'OFII le 27 février 2023 et avoir été dispensé de la formation linguistique au vu de sa maîtrise de la langue française. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer sa demande de carte de résident et de lui délivrer un récépissé subséquent. Par suite, ces décisions doivent être, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction
4. Dès lors qu'il a été soutenu à la barre par son conseil lors de l'audience du 3 septembre 2024 que M. B a obtenu la délivrance du titre de séjour sollicité, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions contenues dans le courriel du 27 juin 2023 par lesquelles le préfet de la Marne a refusé d'enregistrer la demande de carte de résident de M. B et de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de l'instruction de sa demande de carte de résident sont annulées.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. ALVAREZ
Le président,
Signé
O. NIZETLa greffière,
Signé
I.DELABORDE
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