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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301292

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301292

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP ARVIS & KOMLY-NALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, la ville de Sedan demande au juge des référés, statuant au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion, au besoin avec le concours de la force publique, des personnes et véhicules qui occupent les parcelles cadastrées n° BI 71, 72, 74, 75 et 76, au droit du boulevard Fabert à Sedan.

Elle soutient que :

- des gens du voyage occupent sans droit ni titre le domaine public communal, situé au droit du boulevard Fabert à Sedan, consistant en un terrain enherbé jouxtant l'aire de stationnement affecté aux camping-cars ;

- le campement est alimenté en eau et électricité par des branchements sauvages particulièrement accidentogènes;

- l'urgence est constituée dès lors que l'occupation illicite perturbe le fonctionnement du camping communautaire, que l'occupation pose des problèmes de salubrité et de sécurité et porte atteinte à l'intégrité de la parcelle enherbée ;

- sa demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;

- la libération des lieux occupés est utile et urgente.

Par un mémoire en défense, M. B A et tous les occupants des parcelles cadastrées n° BI 71, 72, 74, 75 et 76, au droit du boulevard Fabert à Sedan, représentés par

Me Arvis, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la commune de Sedan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête, trop imprécise, est irrecevable ;

- il n'est pas démontré que le terrain est une propriété de la commune et soit intégré dans le domaine public communal ;

- l'urgence n'est pas caractérisée et l'occupation irrégulière ne peut la justifier ;

- en tout état de cause l'expulsion ne peut être ordonnée en l'absence de proposition de remplacement ;

- la commune ne justifie pas de l'existence de troubles à l'ordre public ; aucune dégradation n'a été commise ;

- la simple existence de branchements irréguliers sur les réseaux d'eau et d'électricité ne permet pas de justifier l'urgence ;

- il n'est pas établi que la présence des occupants sans titre perturbe la vie des riverains et autres piétons ;

- l'utilité n'est pas constituée dès lors que l'occupation en cause est la conséquence de l'insalubrité qui affecte l'aire de grand passage ; que cette aire n'a pas été remise en état.

- en tout état de cause le groupe a prévu de quitter les lieux le 25 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de M. B A qui indique avoir sollicité une autorisation de stationnement, sans obtenir de réponse ; que l'aire de grand passage n'est pas praticable ; que les piquages sur les réseaux d'eau et d'électricité sont réalisés selon les normes de sécurité en vigueur et qu'ils sont attendus à Lille le 25 juin 2023.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

2. Lorsque le juge des référés est saisi, sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Il résulte de l'instruction que des gens du voyage occupent, avec leurs véhicules et leurs caravanes un terrain dit " la prairie " cadastré n° BI 71, 72, 74, 75 et 76 au droit du boulevard Fabert à Sedan. Ce terrain jouxte le camping communautaire, ne forme avec lui qu'une unité foncière, est affecté à un usage de promenade et permet la tenue de diverses manifestations communales, festives, sportives ou culturelles.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. En se bornant à relever que la commune n'établit pas être propriétaire des parcelles en cause sans apporter d'élément laissant supposer qu'elle n'aurait pas cette qualité, alors qu'il résulte de l'instruction que ces parcelles sont utilisées pour l'usage rappelé au point 3 par la commune et sont aménagées à cette fin, les occupants ne sont pas fondés à soutenir que la commune de Sedan n'aurait pas d'intérêt à agir faute d'être propriétaire des fonds en cause.

5. Il résulte de l'instruction que les occupants sont identifiés par le numéro minéralogique de leur véhicule ou caravane. Par suite, il ne peut, en tout état de cause, être soutenu que la requête serait irrecevable faute de comporter mention de l'identité des occupants.

Sur les conclusions présentées par la commune de Sedan :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les parcelles en litige ne sont pas insusceptibles de faire partie du domaine public de la ville de Sedan.

7. Les défendeurs ne peuvent utilement faire valoir que la commune devait leur proposer un lieu de stationnement alternatif. En outre, il résulte de l'instruction que la compétence relative à la création et à l'entretien des aires de grand passage situées à

Charleville-Mézières et à Sedan, ressortit à la communauté d'agglomération Ardenne métropole.

8. La commune de Sedan fait valoir que l'occupation de la parcelle en litige perturbe le bon fonctionnement du camping qu'elle prolonge et que de nombreux branchements sauvages sur les réseaux d'eau et d'électricité posent des problèmes sanitaires et affectent la sécurité. Si le premier de ces motifs n'est pas établi, il résulte en revanche de l'instruction et ressort notamment des planches photographiques jointes au constat rédigé par un agent assermenté de la police municipale de Sedan qu'un branchement sauvage sur le réseau électrique a été réalisé en forçant la porte d'un local relié au réseau, puis en distribuant l'électricité aux différents occupants, via des armoires électriques leur appartenant, réparties sur l'ensemble du terrain occupé. Si lors de l'audience, les représentants des occupants, ont indiqué que ces piquages étaient réalisés selon les normes de sécurité en usage, cette circonstance n'est pas établie. En outre, il est constant que le groupe des occupants représente un total de 150 caravanes, pour une population estimée à 500 personnes, produisant des déchets ménagers dont l'accumulation est susceptible d'engendrer des risques sanitaires. Ces circonstances sont de nature à caractériser la condition d'urgence posée par les dispositions précitées et à rendre utile la demande d'expulsion sollicitée.

9. Il est constant que les occupants ne justifient d'aucun titre les habilitant à occuper les terrains en cause. Dès lors, la demande de la commune ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

10. Par suite, il y a lieu d'enjoindre aux occupants des parcelles n° BI 71, 72, 74, 75 et 76 de libérer les lieux au plus tard le 19 juin 2023 à 12 heures, sous peine d'expulsion d'office, au besoin avec le concours de la force publique.

Sur les frais du litige :

11. Les termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par les défendeurs au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est ordonné à toutes les personnes occupant sans droit ni titre, avec leurs caravanes et véhicules les parcelles n° BI 71, 72, 74, 75 et 76 situées au droit du boulevard Faber, à Sedan de libérer les lieux au plus tard le 19 juin 2023 à 12 heures. Faute pour les personnes concernées de déférer à cette injonction, la commune est autorisée à faire procéder à leur expulsion en recourant, au besoin, au concours de la force publique.

Article 2 : Les conclusions présentées par les défendeurs au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Sedan et, par tous moyens, aux occupants du domaine public.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 15 juin 2023

Le juge des référés,

Signé

O. CLe greffier,

Signé

H. RAMIREZ

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