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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301329

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301329

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. C B représenté par

Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 3 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire ivoirien contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de faire droit à sa demande d'échange de permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort qu'il a été considéré que son permis de conduire était frauduleux ;

- les autorités françaises auraient dû saisir les autorités ivoiriennes afin de vérifier si son permis était issu d'un vol ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à la privée et familiale dès lors que l'utilisation de son permis de conduire est nécessaire au regard de son activité professionnelle et sa vie familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. " Selon l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'authenticité et la validité du titre sont établies lors du dépôt du dossier complet et sous réserve de satisfaire aux autres conditions prévues par le présent arrêté, le titre de conduite est échangé. / En cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet conserve le titre de conduite et fait procéder à son analyse, le cas échéant avec l'aide d'un service compétent, afin de s'assurer de son authenticité. () Si le caractère frauduleux est confirmé, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par le préfet, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant ".

2. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet fait procéder à son analyse avec l'aide d'un service spécialisé en fraude documentaire et peut compléter son analyse en consultant par la voie diplomatique l'autorité étrangère qui a délivré le titre. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour absence d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes. Cette possibilité lui est ouverte y compris dans le cas où l'autorité étrangère, consultée par le préfet, n'a pas répondu. Si des documents produits par l'intéressé et présentés comme des attestations de l'autorité étrangère ne peuvent être pris en considération que s'ils présentent eux-mêmes des garanties suffisantes d'authenticité, ils ne sauraient être écartés au seul motif qu'ils n'ont pas été transmis aux autorités françaises par la voie diplomatique.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à la consultation de la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de la direction centrale de la police aux frontières, en application des dispositions précitées de l'arrêté ministériel du 12 janvier 2012. Le rapport d'examen technique de l'analyste en fraude documentaire, en date du 22 novembre 2021, a révélé diverses anomalies tenant, sur le premier volet, à la substitution de la marque optiquement variable holographique par un matériau brillant, l'impression du tampon de légalisation sous cette dernière alors qu'il devait le recouvrir. De plus, au verso, sur le volet central, la numérotation fiduciaire est réalisée en impression toner au lieu d'être réalisée en impression typographique. De telles anomalies sont de nature en elles-mêmes à ôter au document son caractère authentique. A cet égard, le relevé d'informations du permis de conduire, attestant de son authenticité, délivré par le directeur général des transports terrestres et de la circulation, qui concerne les droits à conduire dont dispose l'intéressé et ne tenant pas lieu de permis de conduire, ne permet pas d'établir que son permis délivré le 18 mars 2003 serait authentique. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement refuser l'échange de permis sollicité, sans faire usage de la faculté de compléter son analyse en consultant l'autorité étrangère qui l'avait délivré.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Si M. B soutient avoir besoin de son permis de conduire pour son activité professionnelle et sa vie familiale, ces allégations ne sont étayées par aucun élément de nature à en établir la réalité. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de procéder à l'échange sollicité, n'a pas, en tout état de cause, porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

O. ALa greffière,

Signé

N. MASSON

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