mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301336 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. A D, représenté par Me Ossété Okoya, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du préfet de la Marne du 14 juin 2023 portant retrait de son titre de séjour et fixation du pays de destination, et, d'autre part, l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Marne et l'a astreint à se présenter tous les jours au commissariat de Reims entre 8 h et 9 h ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui restituer son titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant retrait de son titre de séjour est entachée d'une erreur de faits, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation par un jugement du 8 septembre 2021 du tribunal judicaire de Paris, qui concerne une autre personne ;
- elle porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du retrait de son titre de séjour
- il ne présente pas de risque de fuite ;
- la décision portant assignation à résidence méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le préfet de la Marne a produit des pièces, enregistrées le 19 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de Me Ossété Okoya, représentant M. D, assisté de M. C, interprète en arabe, qui persiste dans ses conclusions et moyens.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
1. Aux termes de l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : () 2° L'étranger titulaire du titre de séjour fait l'objet d'une décision judiciaire d'interdiction du territoire () ".
2. Il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant tunisien né le 10 mars 1992, s'est vu délivrer une carte de résident valable du 24 février 2015 au 23 février 2025. Il ressort de l'arrêté attaqué que, pour retirer à l'intéressé son titre de séjour, le préfet de la Marne s'est fondé sur la condamnation à une peine d'interdiction de territoire français prononcée par le tribunal judiciaire de Paris le 8 septembre 2021, qui aurait, selon les mentions de l'arrêté, été prononcée à l'encontre de M. A D alias M. E B, ressortissant libyen né le 6 juillet 1988. Si le préfet de la Marne fournit un extrait du fichier des personnes recherchées sur lequel figure la mention de ces deux identités pour la même personne, ce seul document ne permet pas d'établir que le jugement de condamnation à interdiction judiciaire du territoire français rendu par le tribunal judiciaire de Paris, qui n'est pas produit dans le cadre de la présente instance, et sur lequel s'est fondé le préfet, a été rendu à l'encontre de M. A D, alors que le bulletin n°1 de son casier judiciaire délivré le 2 juin 2023 ne porte aucune mention de cette condamnation et qu'il en va de même, au demeurant, des extraits du traitement des antécédents judiciaires le mentionnant comme mis en cause dans diverses infractions. Par suite, M. D est fondé à soutenir que la décision portant retrait de sa carte de résident est entachée d'une erreur de faits.
3. Par suite, et dès lors que le préfet de la Marne n'a pas présenté de demande de substitution de base légale et de motifs, il y a lieu d'annuler la décision portant retrait de titre de séjour, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, ainsi, par voie de conséquence, que les décisions portant fixation du pays de destination et l'arrêté portant assignation à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. D'une part, le présent jugement implique nécessairement que la carte de résident de M. D lui soit restituée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne d'y procéder dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
5. D'autre part, aux termes de l'article 96 de de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Les données relatives aux étrangers qui sont signalés aux fins de non-admission sont intégrées sur la base d'un signalement national résultant de décisions prises, dans le respect des règles de procédure prévues par la législation nationale, par les autorités administratives ou les juridictions compétentes. () 2. Les décisions peuvent être fondées sur la menace pour l'ordre public ou la sécurité et la sûreté nationales que peut constituer la présence d'un étranger sur le territoire national. / Tel peut être notamment le cas: a) d'un étranger qui a été condamné pour une infraction passible d'une peine privative de liberté d'au moins un an; / b) d'un étranger à l'égard duquel il existe des raisons sérieuses de croire qu'il a commis des faits punissables graves, y inclus ceux visés à l'article 71, ou à l'égard duquel il existe des indices réels qu'il envisage de commettre de tels faits sur le territoire d'une Partie Contractante / 3. Les décisions peuvent être également fondées sur le fait que l'étranger a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, de renvoi ou d'expulsion non rapportée ni suspendue comportant ou assortie d'une interdiction d'entrée, ou, le cas échéant, de séjour, fondée sur le non-respect des réglementations nationales relatives à l'entrée ou au séjour des étrangers. ".
6. Il ne résulte pas de l'instruction que M. D aurait fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission résultant du retrait de son titre de séjour. Dès lors, le présent jugement n'implique pas nécessairement que soit enjoint au préfet de faire procéder à l'effacement d'un tel signalement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais engagés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de la Marne du 14 juin 2023 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de restituer à M. D sa carte de résident, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La magistrate désignée,
Signé
A.-C. F
La greffière
Signé
S.VICENTE
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