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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301405

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301405

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCTB AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2023 et le 13 septembre 2023, M. C D A, représenté par la SELARL CTB, avocats et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut, de réexaminer de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'autorité signataire de l'acte soit compétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la préfète ne s'est pas livrée à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

8 aout 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Michel Soistier.

- et les observations de Me Lebaad substituant la SELARL CTB avocats et associés, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 1er juillet 2002, est entré irrégulièrement en France le 22 octobre 2018. Il a été pris en charge par le service d'aide sociale à l'enfance à compter du 8 novembre 2018. Par un arrêté du 4 juin 2021, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger mineur non accompagné confié à l'aide sociale à l'enfance après l'âge de seize ans, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à défaut d'exécution volontaire. Par un jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne n° 2101508 en date du 28 septembre 2021, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy

n° 21NC02796 en date du 15 juin 2022, sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 4 juin 2021 a été rejetée. Par un arrêté du 19 juin 2023, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour du 9 mars 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution, a assorti cette obligation d'une interdiction de retour de deux ans et enfin, a porté inscription de M. A dans le fichier du système d'information Schengen. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

2. Par un arrêté du 18 avril 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Aube a, dans son article 1er, donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés dans l'article 2 et parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire de l'arrêté attaqué, manque en fait.

3. L'arrêté en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle du requérant, précise les dispositions légales pertinentes sur lesquelles il s'appuie et rappelle les principales considérations relatives à la situation administrative de M. A, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, ainsi que sa situation personnelle, mais aussi professionnelle. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit donc être écarté. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète a procédé à l'analyse de la situation individuelle de l'intéressé, de sorte que le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne saurait être accueilli.

4. M. A soutient qu'il est père d'une enfant née le 20 février 2023 en France, qu'il est entré en France à l'âge de 16 ans, qu'il a obtenu un CAP " commercialisation et services en hôtel-café-restaurant " au sein de l'académie de Reims, qu'il travaille en parallèle de ses études au sein d'une société privée pour un revenu mensuel d'environ 700 euros et déclare fréquenter tous les week-ends sa compagne, ressortissante albanaise. Toutefois, M. A, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français le 22 octobre 2018, n'établit pas l'existence d'une vie privée et familiale avec sa concubine et son enfant, alors qu'il n'est pas dépourvu de tout lien familiaux dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère et où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Dans ces conditions, en prenant la décision contestée, la préfète de l'Aube n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de cette mesure, et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Alain Poujade, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. SOISTIER

Le président,

A. POUJADE La greffière,

N. MASSON

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