mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2023, M. B A, représenté par
Me de Caumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision 48SI du 26 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;
2°) d'annuler les décisions de retraits de points afférentes aux infractions au code de la route commises les 20 septembre 2016 et 12 décembre 2016, 17 mai 2017, 11 janvier 2019, 11 mai 2022 et 4 août 2022 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors que la décision de retrait de six points, afférente à l'infraction du 11 janvier 2019 n'est pas suffisamment précise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- il existe un non-lieu partiel à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre l'infraction commise le 17 mai 2017, celle-ci ayant fait l'objet d'une décision de restitution d'un point ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 6 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision 48SI en date du 26 mars 2023, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A la perte d'un point du capital affecté à son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 4 août 2022, à Chaumont, a récapitulé les pertes de points consécutives à diverses infractions commises entre le 4 décembre 2015 et le 11 mai 2022, a constaté l'invalidité du permis de conduire de l'intéressé suite à ces retraits de points et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. A demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retraits de points dont elle tire les conséquences.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction commise le 17 mai 2017 :
2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de M. Père, produit en défense et dont les mentions ne sont pas contestées, que l'infraction commise le
17 mai 2017 a fait l'objet d'une décision de restitution d'un point le 30 janvier 2018, antérieure à la date d'enregistrement de la requête. Par suite les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de retrait de point correspondant à cette infraction sont irrecevables.
Sur le défaut d'information préalable :
3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation pénale définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". L'article R. 223-3 de ce code dispose que : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.-Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. () ".
4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et
R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
En ce qui concerne les infractions des 20 septembre et 12 décembre 2016 :
5. Il résulte de l'article A. 37-8 du code de procédure pénale, pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du même code, que lorsqu'une infraction est constatée par radar automatique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
6. L'article 529-2 du code de procédure pénale dispose que : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par les articles 529-10 et 529-12, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public. / A défaut de paiement ou d'une requête présentée dans le délai de quarante-cinq jours, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. ".
7. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Il résulte de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale que le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
8. Il résulte de l'instruction, et notamment des attestations de paiement transmises par la Trésorerie du contrôle automatisé et du relevé d'information intégral, produits en défense et dont les mentions ne sont pas contestées, que M. A s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions des 20 septembre et 12 décembre 2016. Dès lors, le requérant a nécessairement reçu par voie postale les avis d'amendes forfaitaires majorées. Cette seule constatation, en l'absence d'élément produit par l'intéressé tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets, permet d'établir que l'administration lui a délivré, préalablement au règlement de cette amende, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points consécutifs aux infractions des 20 septembre et
12 décembre 2016 ont été effectués en méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
En ce qui concerne les infractions des 11 mai et 4 août 2022 :
9. S'agissant de l'infraction du 11 mai 2022, constatée par radar automatique, il ressort du relevé d'information intégral de M. A que le titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis le 31 octobre 2022. Il ne peut être regardé comme établi, en l'absence de preuve de paiement de l'amende forfaitaire majorée, que le requérant a bien reçu un avis d'amende forfaitaire majorée comportant les informations requises. S'il résulte de l'instruction que
M. A a bénéficié à l'occasion d'autres infractions de même nature de l'ensemble des informations légalement exigées, celles-ci ont été portées à la connaissance de l'intéressé à l'occasion d'infractions commises près de deux ans auparavant et ne sauraient, dès lors, permettre d'obvier à l'absence de communication des informations prévues par les dispositions précitées. Dès lors, l'éventuelle omission de cette information lors de la constatation de l'infraction du 11 mai 2022 a eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de le priver de la garantie instituée par la loi, en ne lui permettant pas de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points. Par suite, la décision de retrait d'un point, consécutive à l'infraction du 11 mai 2022, doit être annulée.
10. S'agissant de l'infraction du 4 août 2022, constatée par radar automatique, il résulte de l'instruction qu'un avis d'amende forfaitaire majorée a été envoyée, par envoi recommandé avec avis de réception, le 8 décembre 2022 à l'adresse postale de M. Père qui a été avisé le
9 décembre suivant. Toutefois le courrier a été retourné à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, l'avis d'amende forfaitaire majorée en litige, qui comporte les informations prévues par les textes précités, doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à son destinataire à la date de sa première présentation, le
9 décembre 2022. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le retrait de point consécutif à l'infraction du 4 août 2022 a été effectué en méconnaissance des dispositions des articles
L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Sur l'insuffisance de motivation :
11. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".
12. Il résulte de l'instruction que la réalité l'infraction commise le 11 janvier 2019 a été établie par une condamnation pénale devenue définitive prononcée par le tribunal de grande instance de Vesoul le 12 février 2019. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire, en tant que la mention " jugement " dont elle est revêtue pour l'infraction correspondante ne permettrait pas de caractériser le caractère définitif de la condamnation pénale, est inopérant.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le permis de conduire de M. A ayant perdu sa validité, en dépit de l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 11 mai 2022, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions susvisées de la requête.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de retrait d'un point du permis de conduire de M. A, consécutive à l'infraction du 11 mai 2022, est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
O. CLa greffière,
Signé
N. MASSON
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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