mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 juin 2023 et 19 juin 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Maumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite du ministre de l'intérieur et des outre-mer née le 26 avril 2023 rejetant son recours préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 27 octobre 2022 portant ordre de mutation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à sa mutation dans l'intérêt du service sur une affectation ne caractérisant pas une rétrogradation fonctionnelle dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500,00 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige est constitutive d'une sanction disciplinaire déguisée ;
- elle est entachée d'erreurs sur la matérialité des faits ayant justifié son adoption ;
- elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de celle-ci ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2024 par une ordonnance du 29 mai précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de procédure pénale ;
- le décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre,
- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,
- et les observations de Me Chalon en faveur de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Affecté à la brigade de proximité de la gendarmerie nationale de Masevaux-Niederbruck (Haut-Rhin) à compter du 1er mars 2019 comme chef de brigade, M. A, titulaire du grade d'adjudant-chef dans le corps des sous-officiers de gendarmerie depuis le 1er août 2019, a fait l'objet, le 27 octobre 2022, d'un ordre de mutation pour raison de service à la brigade territoriale autonome d'Arcis-sur-Aube (Aube) avec effet au 16 décembre suivant. Le 21 décembre 2022, l'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la commission des recours des militaires, qui a été reçu le 26 décembre suivant. Si une décision implicite de rejet est née le 26 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, pendant le délai de recours contentieux, adopté une décision expresse de rejet le 30 mai 2023, qui s'y est substituée. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 4121-5 du code de la défense : " Les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 12 du code de procédure pénale : " La police judiciaire est exercée sous la direction du procureur de la République, par les officiers de police judiciaire () ".
4. Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 12 septembre 2008 : " Les sous-officiers de gendarmerie participent, sous le commandement des officiers, à la constitution et à l'encadrement des formations de gendarmerie. / Ils peuvent occuper des emplois de commandement ou de haute qualification dans une spécialité déterminée. / Ils exercent en outre les attributions et assument les responsabilités que les lois et règlements leur confèrent dans les domaines de la police judiciaire et de la police administrative () ".
5. La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 30 mai 2023 prononçant la mutation d'office de M. A est fondée, d'une part, sur la perte de confiance tant du parquet de Mulhouse que de sa hiérarchie à l'égard de l'intéressé à la suite de nombreux dysfonctionnements dans la conduite d'une enquête judiciaire relative à des faits de viols répétés, de violences conjugales et de violence sur mineur et, d'autre part, sur des difficultés relationnelles avec sa hiérarchie et ses subordonnés.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la correspondance du 9 juin 2022 adressée par un substitut du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse et du rapport du commandant du groupement de gendarmerie du Haut-Rhin du 9 septembre suivant, que M. A, qui s'est vu confier la direction de cette enquête le 25 novembre 2020, l'a conduite avec lenteur, manque de professionnalisme, d'efficacité, et non-respect de consignes données par le parquet avant d'être remplacé par un nouveau directeur d'enquête en décembre 2021. Ainsi, M. A n'a consulté le traitement des antécédents judicaires du mis en cause que cinq mois après le dépôt de plainte, a accompli des actes de procédure inutiles et rédigé des documents inexploitables au plan de la procédure pénale, qui ont entraîné des prolongations d'enquête injustifiées au regard de la difficulté de l'affaire, et ne s'est pas conformé aux instructions répétées tant du parquet que de sa hiérarchie, notamment s'agissant des auditions de certaines personnes, qui ont été réalisées rapidement à partir du changement d'enquêteur. Si M. A soutient que la victime était pleinement informée de la façon dont l'enquête allait se dérouler, qu'il disposait d'une autorisation permanente pour effectuer des réquisitions de professionnels de santé, qu'il a informé immédiatement le parquet de la plainte, qu'il a demandé une prolongation de délai d'enquête pour équilibrer celle-ci et qu'il a régulièrement tenu informé le parquet des investigations conduites, ces éléments ne remettent pas en cause la matérialité des faits ayant justifié sa mutation d'office dans l'intérêt du service, laquelle est donc établie. De même, les rapports du commandant en second de la compagnie d'Altrkirch et du commandant de la communauté de brigades de Masevaux des 18 et 19 janvier 2022 établissent la matérialité des difficultés relationnelles de l'intéressé.
7. Une mutation d'office revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
8. Au vu des éléments figurant au point 6, le changement d'affectation de M. A était exclusivement motivé par l'intérêt du service, lequel tenait à la volonté de retrouver un fonctionnement normal et apaisé avec le parquet et au sein de la brigade. Ni les termes du rapport du commandant du groupement de gendarmerie du Haut-Rhin du 9 septembre 2022 ni ceux de la décision en litige ne manifestent une volonté de sanctionner l'intéressé. D'ailleurs, l'intéressé avait fait l'objet d'une sanction disciplinaire pour ces faits par une décision du 9 mai 2022. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la nouvelle affectation de M. A comme chef de groupe enquêteurs au sein de la brigade territoriale autonome d'Arcis-sur-Aube constituerait un déclassement au regard des missions dévolues à un sous-officier de gendarmerie telles que définies par les dispositions précitées du décret du 12 septembre 2008. Par ailleurs, le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit en défense les états des effectifs de la brigade territoriale autonome d'Arcis-sur-Aube, qui accuse un déficit d'un adjudant-chef alors que, notamment, les unités correspondant à trois des quatre vœux d'affectation formulés par M. A le 5 octobre 2022 ne disposaient pas de poste d'adjudant-chef. Dans ces conditions, la mesure en litige ne présente pas le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée.
9. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, et alors que M. A, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 4121-5 du code de la défense, ne détient aucun droit à obtenir une affectation conforme à ses voeux, la décision en litige n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce que précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 30 mai 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
P-H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPSLe greffier,
signé
A. PICOT
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