mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301440 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 231440, le 27 juin 2023, M. B I, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités portugaises ;
3°) d'enjoindre à la préfète de faire droit à sa demande en se déclarant compétente pour examiner sa demande d'asile, à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il n'est pas intervenu au terme d'un examen complet de sa situation personnelle ;
- il n'a pas été informé du droit d'avertir son consulat, d'être assisté par un conseil de son choix et de formuler des observations ;
- le Portugal n'est pas l'Etat responsable de sa demande d'asile au titre des dispositions de l'article 12 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la préfète du Bas-Rhin n'établit pas qu'elle l'a reçu en entretien individuel comme l'exige l'article 5 du règlement précité, ni qu'elle lui a délivré les informations exigées par l'article 4 du même règlement ;
- il n'a pas été informé de la saisine des autorités portugaises et la préfète ne justifie pas avoir obtenu l'accord des autorités portugaises ;
- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la préfète n'a pas tenu compte de sa capacité à voyager ;
- sa situation est constitutive de considérations d'ordre humanitaire et familial qui justifient que lui soit appliquée la clause humanitaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013.
Par un mémoire enregistré le 6 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2301441, le 27 juin 2023, Mme H K D, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités portugaises ;
3°) d'enjoindre à la préfète de faire droit à sa demande en se déclarant compétente pour examiner sa demande d'asile, à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soulève les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n°2301440.
Par un mémoire enregistré le 6 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lambing, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambing, magistrate désignée,
- les observations de Me Gabon, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et a soutenu en outre que les deux enfants du couple sont en cours d'inscription pour leur rentrée scolaire en septembre prochain, et qu'en raison de la présence importante de la communauté angolaise au Portugal, des liens entre les deux pays, les requérants craignent qu'en cas de transfert au Portugal, ils soient reconduits en Angola, où ils sont menacés.
- les observations de M. E et Mme D, assistés d'un interprète en langue portugaise.
La préfète n'étant ni présente ni représentée, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2301440 et 2301441, relatives à la situation d'un couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. E et Mme D, ressortissants angolais nés respectivement le 16 mai 1988 et le 30 octobre 1993, sont entrés en France de manière irrégulière le 13 mars 2023 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier Vis a permis d'établir que les intéressés disposaient d'un visa délivré par les autorités portugaises à la date d'enregistrement de leur demande d'asile. Ces autorités ont été saisies, le 24 mars 2023, d'une demande de prise en charge. Les autorités portugaises ont donné leur accord explicite le 28 mars 2023. Par des arrêtés du 1er juin 2023, la préfète du Bas-Rhin a décidé de transférer l'examen des demandes d'asile de M. E et Mme D aux autorités portugaises. Les intéressés demandent l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Par un arrêté du 6 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de la région Grand Est a donné délégation à M. A G, directeur des migrations et de l'intégration, à effet de signer tous actes relevant des attributions de sa direction, et subdélégation à Mme C F, cheffe du pôle régional Dublin et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer notamment les arrêtés de transfert. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit dès lors être écarté.
5. En application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
6. En l'espèce, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment le 2 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du Conseil du 23 juin 2013, et fait état des considérations de fait qui la motivent, notamment la circonstance que la consultation du fichier VIS a permis de constater que les requérants étaient titulaires de visas délivrés par les autorités portugaises, en cours de validité au moment du dépôt de leurs demandes d'asile. Par suite, les décisions sont suffisamment motivées et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation de ces arrêtés, que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E et Mme D, au vu de l'ensemble des éléments de leur situation, portés à la connaissance de l'administration.
8. Aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 742-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. (). Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".
9. Si les conditions de notification d'une décision administrative peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les arrêtés attaqués ne leur ont pas été notifiés selon les modalités prévues par les dispositions citées au point précédent.
10. Aux termes des dispositions de l'article 12 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Si le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) n o 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () ".
11. M. E et Mme D entendent se prévaloir de l'attestation de demandeur d'asile qui leur a été délivrée le 21 avril 2023 afin que la France soit déclarée responsable de l'examen de leurs demandes d'asile au sens des dispositions précitées. Cependant, l'attestation de demandeur d'asile, délivrée à toutes les personnes sollicitant une protection internationale, ne constitue pas un titre de séjour au sens des dispositions de l'article 12 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Ainsi, et dès lors qu'il n'est pas contesté que les requérants sont en possession de visas délivrés le 1er mars 2023 par les autorités portugaises et valables respectivement jusqu'au 29 février 2024 et jusqu'au 27 août 2023, la préfète n'a pas méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en désignant le Portugal comme étant l'Etat responsable de l'examen des demandes d'asile de M. E et Mme D. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur de droit.
12. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement. () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe. / 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
13. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / () 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. E et Mme D se sont vus délivrer, à l'occasion de l'enregistrement de leurs demandes d'asile à la préfecture de la Moselle le 22 mars 2023, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées en portugais, langue que les intéressés ont déclaré comprendre, constituent les documents mentionnés au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Par ailleurs, elles ont été remises à M. E et Mme D le 22 mars 2023, soit en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. Enfin, l'entretien individuel, qui a eu lieu à cette dernière date, en présence d'une interprète en portugais par le biais d'ISM interprétariat, le nom et le prénom de l'interprète étant par ailleurs mentionnés, a donné lieu, également en temps utile, à l'établissement d'un résumé paraphé et signé par M. E et Mme D. Contrairement à ce que soutiennent les intéressés qui n'assortissent leur moyen d'aucune précision, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien n'aurait pas été confidentiel et qu'il n'aurait pas été conduit par une personne qualifiée pour ce faire. Enfin, il ne résulte d'aucun texte que la préfète aurait l'obligation de communiquer à l'étranger faisant l'objet d'une procédure de reprise en charge par un autre Etat membre de l'Union européenne le résumé de l'entretien au cours duquel il a été entendu en application des stipulations précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
15. Il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'il soit fait obligation à l'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de cette demande de notifier au demandeur la saisine de ces autorités et la décision d'acceptation prise par cet État membre requis.
16. Il ressort des pièces du dossier que les autorités portugaises ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 24 mars 2023, auxquelles elles ont fait droit le 28 mars, soit avant l'expiration du délai prévu au 1 de l'article 25 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas justifié que les autorités portugaises auraient donné leur accord à la reprise en charge de M. E et Mme D manque, dès lors, en fait et doit être écarté.
17. Selon l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.
18. Les requérants soutiennent que le transfert de l'examen de leurs demandes d'asile au Portugal portera atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Toutefois, en se prévalant notamment, de la présence, en France, de leur conjoint respectif et de leurs deux enfants mineurs qui ont vocation à les accompagner, ils n'apportent pas d'éléments de nature à établir qu'un transfert au Portugal méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas bénéficier d'un hébergement d'urgence en Italie et que les enfants ne pourraient pas y être scolarisés durant l'examen de leur demandes d'asile. Il s'ensuit que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs situations personnelles.
19. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Les requérants soutiennent qu'en cas de transfert au Portugal, ils seront exposés à des conditions d'accueil désastreuses assimilables à de tels peines ou traitements. Par ailleurs, ils craignent être renvoyés en Angola sans voir leurs demandes d'asiles examinées en raison de la forte coopération entre les deux Etats. Ils se prévalent également de la menace d'être identifiés au Portugal en raison de l'importante diaspora présente dans ce pays. Toutefois, M. E et Mme D n'apportent aucun élément à l'appui de leurs allégations permettant d'établir que leurs demandes d'asile ne pourront pas être examinées dans le respect du droit d'asile en cas de transfert au Portugal. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
20. Il résulte de ce qui précède que la préfète du Bas-Rhin n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 précitées. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle des requérants doit être écarté.
21. Les décisions attaquées indiquent que les intéressés n'ont fait état d'aucun problème de santé lors de leurs entretiens individuels et n'établissaient pas être dans l'impossibilité de retourner au Portugal. Il ressort des entretiens produits en défense que les requérants n'ont pas indiqué avoir des difficultés pour voyager. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés auraient des problèmes de santé qui feraient obstacle à leur transfert au Portugal. Par suite, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la préfète du Bas-Rhin s'est ainsi prononcée sur leur capacité à voyager et n'a pas commis d'erreur de droit. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. E et Mme D ne sont, en tout état de cause, pas fondés à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées, de même que les demandes présentées par leur conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. E et Mme D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les surplus de conclusions des requêtes sont rejetés.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B J E, à Mme H K D, à Me Aurélie Gabon et à la préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La magistrate désignée,
Signé
S. LAMBINGLa greffière,
Signé
S. VICENTE
N°s 2301440 et 2301441
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026