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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301514

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301514

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantAGUIRRE-GUTIERREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 10 juillet 2023, M. D, représenté par Me Aguirre Gutierrez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Aube a ordonné son assignation à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours ;

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- il est excipé de l'illégalité de la décision fondant la décision attaquée ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour :

- il va déposer une demande d'asile en raison de risque de persécutions dans son pays d'origine, et est convoqué le 12 juillet 2023 au centre des demandeurs d'asile de Paris ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- sa vie est en danger au Pérou ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle ne peut se présenter dans les locaux du commissariat de police de Troyes quatre jours par semaine alors qu'elle suit un traitement médical à Paris ;

- elle ne peut être assignée à une adresse qui n'est pas celle de l'amie qui l'héberge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, la préfète de l'Aube, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambing pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 614-1 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambing, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né en 1995 et de nationalité péruvienne, se prévalant d'un changement de sexe, serait entré régulièrement en France en février 2023 selon ses déclarations. Le requérant, désormais de sexe féminin selon ses dires, a été interpellée par la gendarmerie nationale lors d'un contrôle dans un train le 4 juillet 2023. Faute de document justifiant d'un séjour régulier en France, par deux arrêtés du 4 juillet 2023, notifié le même jour à 18h00, la préfète de l'Aube a d'une part, a obligé l'intéressée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, et d'autre part, l'a assignée à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours. Mme C demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du 4 juillet 2023 de la préfète de l'Aube.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

2. Par un arrêté du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aube le même jour, la préfète de l'Aube a donné délégation à Mme A B, directrice des services du cabinet, à l'effet de signer tous actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision fondant la mesure d'éloignement est dépourvu de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, dès lors que la décision attaquée est fondée sur la seule irrégularité du séjour en France de la requérante.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante était présente depuis à peine cinq mois à la date de la décision attaquée. Si comme le soutient Mme C, son entrée en France est régulière dès lors que les ressortissants péruviens sont dispensés de visas courts séjours, il n'en demeure pas moins qu'elle s'est maintenue irrégulièrement au-delà de la période de quatre-vingt-dix jours et qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour. En outre, la requérante a déclaré lors de son audition le 4 juillet 2023 être isolée en France. Elle a indiqué avoir un problème de santé et ne pas suivre de traitement actuellement. Si Mme C produit dans la présente instance des convocations auprès du service des maladies infectieuses d'un hôpital parisien, ces éléments ne suffisent pas à justifier de l'impossibilité pour elle d'être prise en charge dans son pays d'origine. En outre, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Pérou où vit sa mère. La requérante ne justifie pas non plus de la réalité de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est isolée en France. Son entrée est très récente. Si la requérante se prévaut de transphobie dans son pays d'origine et de son souhait de demeurer en France du fait d'une tolérance plus grande, l'intéressée n'apporte aucun élément attestant de risques personnels au Pérou qui pourraient caractériser des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'existence de menaces et du dépôt prochain d'une demande d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Si l'intéressée peut se prévaloir de menaces pour sa vie à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, elle ne verse, dans la présente instance, aucun élément de nature à établir la réalité des craintes dont elle se prévaut. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

10. Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de ces dispositions, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir. Ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

11. Mme C soutient que les modalités de contrôle font obstacle au suivi de son traitement médical à Paris et qu'elle est assignée à résidence à une adresse où elle ne demeure pas.

12. D'une part, la requérante n'apporte aucun élément justifiant d'un traitement en cours nécessitant des rendez-vous réguliers à Paris, alors qu'elle a déclaré lors de son audition par les services de gendarmerie le 4 juillet 2023 ne pas bénéficier de traitement médicaux. Les seules convocations auprès du service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat à Paris produites à la présente instance ne suffisent pas à justifier que les modalités de contrôle seraient incompatibles avec ses prises de rendez-vous. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. D'autre part, s'agissant de l'adresse à laquelle la requérante est astreinte à demeurer entre 17h et 20h à Troyes, la préfète de l'Aube admet qu'il s'agit d'une erreur matérielle. Mme C a déclaré lors de son audition une adresse à Sainte-Savine. Par suite, il y a seulement lieu d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2023 portant assignation à résidence en tant qu'il astreint à l'intéressée de résider à une adresse à Troyes.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 juillet 2023 de la préfète de l'Aube portant assignation à résidence est annulé en tant qu'il astreint M. C à résider à une adresse à Troyes, qui n'est pas son domicile déclaré.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Aguirre Gutierrez et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. LAMBING

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s 2301514

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