jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301559 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet 2023 et 29 novembre 2023, les associations AVES France et One Voice, représentées par Me Rigal-Casta, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet des Ardennes a fixé les dates d'ouverture et de clôture de la chasse dans le département des Ardennes pour la saison 2023-2024 en tant qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 mai 2024 au 14 septembre 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles justifient d'un intérêt à agir compte tenu de leur objet statutaire et leur agrément pour la protection de l'environnement ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 424-10 du code de l'environnement dès lors qu'il porte une atteinte manifeste aux portées et aux petits blaireaux compte tenu de la période et de la méthode de chasse en cause ;
- il est entaché d'erreur de droit en ce qu'il incite à adopter un comportement constitutif d'une infraction pénale prévue à l'article R. 428-11 du code de l'environnement ;
- il est entaché d'erreurs de fait en retenant à tort, d'une part, une abondance de la population des blaireaux et une ampleur de dégâts occasionnés par cette population justifiant une période complémentaire de vénerie, et, d'autre part, que la période complémentaire de la vénerie sous terre des blaireaux serait une méthode appropriée de régulation de l'espèce ;
- il a pour effet d'accroître le risque sanitaire de propagation de la tuberculose bovine dans le département ;
- l'article R. 424-5 du code de l'environnement méconnaît les dispositions de l'article L. 424-10 du même code en ce qu'il conduit à la destruction des jeunes blaireaux, ainsi que les stipulations des articles 7, 8 et 9 de la convention de Berne du 19 septembre 1979 et les dispositions de son décret de transposition n° 90-756 du 22 août 1990.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet des Ardennes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les associations AVES France et One Voice ne sont pas fondés.
L'instruction a été close avec effet immédiat le 25 janvier 2024 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rifflard, conseiller,
- les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique,
- les observations de M. A, représentant le préfet des Ardennes,
- les observations de Me Mollard, représentant la fédération départementale des chasseurs des Ardennes.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 mai 2023, le préfet des Ardennes a fixé les dates d'ouverture et de clôture de la chasse pour la saison 2023-2024 ainsi que les modes de chasse autorisés, pour les différentes espèces de gibier, dans le département des Ardennes. Cet arrêté autorise notamment la vénerie sous terre du blaireau du 15 septembre 2023 au 15 janvier 2024 et prévoit une période complémentaire du 15 mai 2024 au 14 septembre 2024 inclus. Par une requête collective, l'association AVES France et l'association One Voice demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il prévoit cette période complémentaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-4 du code de l'environnement : " Dans le temps où la chasse est ouverte, le permis donne à celui qui l'a obtenu le droit de chasser de jour, soit à tir, soit à courre, à cor et à cri, soit au vol, suivant les distinctions établies par des arrêtés du ministre chargé de la chasse. Le jour s'entend du temps qui commence une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département et finit une heure après son coucher. ". Selon l'article R. 424-4 du même code : " La chasse à courre, à cor et à cri est ouverte du 15 septembre au 31 mars. () ". En vertu de l'article R. 424-5 de ce code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les oeufs, de ramasser les oeufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. () ".
3. Les associations requérantes soutiennent que l'autorisation d'une période complémentaire pour l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau courant du 15 mai au 14 septembre 2024 dans le département des Ardennes méconnaît l'interdiction des destructions des portées ou petits mammifères dont la chasse est autorisée prévue par les dispositions précitées de l'article L. 424-10 du code de l'environnement alors qu'à ces dates, les blaireautins ne sont pas émancipés de leur mère et n'ont pas atteint leur maturité sexuelle. D'une part, ces dispositions s'appliquent à l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau. D'autre part, pour justifier l'ouverture d'une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau dans le département des Ardennes à partir du 15 mai 2024, le préfet des Ardennes fait valoir que les blaireautins sont sevrés vers douze semaines, soit entre mai et juin, et présentent tous les comportements des adultes à seize semaines. Il se réfère également à une étude de la fédération nationale des chasseurs dont il ressort que sur trente-cinq blaireautins capturés dans le département des Ardennes entre le 15 mai 2023 et le 15 juin 2023, deux d'entre eux présentaient des contenus stomacaux présentant des traces de lait, permettant d'en conclure que 94 % des blaireautins nés en 2023 seraient sevrés sur cette période. Toutefois, par ces éléments, le préfet confirme ainsi qu'au 15 mai, les terriers présents dans le département et susceptibles de faire l'objet d'opérations de vénerie sous terre comportent des petits blaireaux au sens de l'article L. 424-10 du code de l'environnement. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des études scientifiques produites par les associations requérantes, dont les conclusions ne sont pas sérieusement contestées par le préfet, que les blaireautins, dont la naissance intervient entre janvier et mars, ne sont pas tous sevrés à cette date et que ces derniers ne peuvent être regardés comme émancipés qu'à partir de l'âge de six à huit mois minimum. Il s'ensuit que les blaireautins ne sont pas autonomes lors de la période de chasse complémentaire autorisée par l'arrêté attaqué et doivent, ainsi, encore être qualifiés de petits de mammifères au sens et pour l'application de l'article L. 424-10 du code de l'environnement. Enfin, le préfet des Ardennes se prévaut de l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie sous terre et de ce que les veneurs sous terre s'imposent de respecter une charte établie par leur association nationale, qui prévoit l'usage d'outils de contention spécialement conçus pour ne pas blesser les animaux ainsi que l'objectif de limiter le contact avec l'animal en accul. Toutefois, l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie ne comporte pas de disposition encadrant l'exercice de cette pratique en cas de découverte d'un terrier occupé par des petits de mammifères au sens de l'article L. 424-10 précité. La charte des chasseurs sous terre adoptée par l'association des équipages de vénerie sous terre ne prévoit pas davantage de recommandation en ce sens permettant de s'assurer que la méthode de chasse utilisée n'est pas susceptible d'entrainer la mise à mort des mères de petits blaireaux, voire la blessure accidentelle d'un blaireautin par les chiens. Par ailleurs, si l'arrêté litigieux prévoit une déclaration auprès de la direction départementale des territoires des Ardennes et de la fédération des chasseurs des Ardennes ainsi qu'un compte-rendu des opérations, l'objet et la portée de cette déclaration ne sont pas précisés. Le préfet des Ardennes ne peut dans ces conditions être regardé comme ayant assorti sa décision de prescription particulière de nature à éviter la destruction des petits blaireaux et de leur mère. Dans ces conditions, les associations requérantes sont fondées à soutenir que l'autorisation délivrée par l'arrêté contesté de l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire du 15 mai au 14 septembre 2024 est de nature à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de détruire des petits blaireaux résultant des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des associations requérantes, que celles-ci sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2023 du préfet des Ardennes en tant qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 mai 2024 au 14 septembre 2024.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement aux associations AVES France et One Voice d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet des Ardennes a fixé les dates d'ouverture et de clôture de la chasse dans le département des Ardennes est annulé en tant qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 mai 2024 au 14 septembre 2024.
Article 2 : L'Etat versera aux associations AVES France et One Voice une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association AVES France, à l'association One Voice et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Ardennes et à la fédération départementale des chasseurs des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026