jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301561 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Ouriri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur matérielle et méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le défaut de visa de long séjour justifie la décision portant refus de séjour ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 15 octobre 1997, est entré sur le territoire français le 11 novembre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 20 décembre 2017. Par un arrêté du 17 mai 2018, le préfet de la Corrèze a pris une première mesure d'éloignement à son encontre, suivie d'une deuxième, le 27 janvier 2020, adoptée par la même autorité qui l'a ensuite assorti, par un arrêté du 4 mai 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Limoges du 7 mai 2021, d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le 20 juin 2022, M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 14 mars 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Aube a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Aube a, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, estimé que sa présence constituait une menace à l'ordre public et qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Selon l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Marne a estimé que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public en raison de sa condamnation, le 26 mai 2020 par le tribunal correctionnel de Caen, à des peines de 500 euros d'amende et de deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'usage illicite de stupéfiants du 24 au 26 janvier 2020 et refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique. Ces seules condamnations, compte tenu de la nature des faits reprochés, de leur ancienneté et de leur caractère isolé, ne sauraient suffire à considérer que la présence du requérant sur le territoire français serait de nature à constituer une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de certificat de résidence pour ce motif d'ordre public, la préfète de l'Aube a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
6. D'autre part, aux termes du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Il résulte de ces stipulations que la circonstance qu'un ressortissant algérien, régulièrement entré en France sous un visa de court séjour, se soit maintenu irrégulièrement en France postérieurement à l'expiration de la validité de son visa, ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière en France continue d'être regardée comme remplie, dès lors que l'étranger s'est maintenu sur le territoire.
7. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A sur le fondement des stipulations citées au point précédent, la préfète de l'Aube s'est fondée sur le fait que l'intéressé n'apportait pas la preuve ni de s'être maintenu de manière continue sur le territoire français, ni d'être à nouveau entré régulièrement sur le territoire entre le 11 novembre 2017 et le 15 janvier 2019. Si le requérant conteste la matérialité de ce motif, il se borne à se prévaloir du visa de court séjour avec lequel il est entré en France le 11 novembre 2017 et à relever qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2018, sans produire, dans le cadre de la présente instance, aucun élément de nature à démontrer la permanence de son séjour en France depuis l'expiration de la validité de son visa. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur matérielle, ni qu'elle méconnaîtrait les stipulations précitées du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Ce seul motif est de nature à justifier la décision refusant la délivrance du certificat de résidence sollicité. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Aube aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A soutient résider en France depuis le 11 novembre 2017 où il s'est marié avec une ressortissante française le 14 août 2021, qui est actuellement enceinte, et qu'il effectue du bénévolat au sein d'une association. Toutefois, ainsi qu'il est dit au point 7, l'intéressé ne justifie d'une résidence habituelle et continue sur le territoire français qu'à compter du mois de janvier 2019, soit plus de quatre ans à la date de l'arrêté contesté. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que son mariage est récent et que la grossesse de sa conjointe n'a débuté que le 3 mai 2023, postérieurement à la décision contestée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas allégué, que M. A serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge, à tout le moins, de 20 ans alors qu'il ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'il sollicite l'obtention d'un visa en qualité de conjoint de français en cas de retour en Algérie. Enfin, si le requérant se prévaut de sa participation à des activités de bénévolat auprès de l'association " Les resto du cœur ", il n'en demeure pas moins qu'il est sans emploi et ne dispose d'aucune perspective d'embauche. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En dernier lieu, il résulte des motifs qui précèdent que le requérant n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2023 de la préfète de l'Aube. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
V. TORRENTELa présidente,
signé
A-S. MACH
Le greffier,
signé
E. MOREUL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026