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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301573

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301573

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSEGAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Julie Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet des Ardennes l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter au commissariat de police de Charleville-Mézières tous les vendredis entre 18 h et 19 h et tous les dimanches entre 10 h et 11 h ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Ségaud-Martin sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés contestés ne sont pas suffisamment motivés ;

- il n'est pas établi qu'il constitue une menace pour l'ordre public ;

- le tribunal a reconnu la validité de ses documents d'état civil par un jugement du 10 février 2023 ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'assignation à résidence méconnait l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Charleville-Mézières alors qu'il réside à Sedan et ne dispose pas de moyen de transport est particulièrement contraignante.

Le préfet des Ardennes a produit des pièces enregistrées le 13 juillet 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Deschamps, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juillet 2023 à 14 h 30, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clotûre de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. M. A, ressortissant guinéen qui dit être entré en France le 17 février 2019, a été placé, en qualité de mineur isolé, par décision juridictionnelle auprès de la direction des solidarités du département des Ardennes. A sa majorité, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par jugement du 10 février 2023, le tribunal a annulé l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet des Ardennes a rejeté sa demande, en censurant chacun des deux motifs qui fondaient cette décision, à savoir le caractère falsifié des documents d'identité produits à l'appui de la demande de titre de séjour et l'existence de liens entre l'intéressé et sa famille restée en Guinée, et a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de deux mois. Par un arrêté du 20 juin 2023, le préfet des Ardennes, sans d'ailleurs statuer à nouveau sur le droit au séjour de M. A malgré l'injonction du tribunal, a obligé celui-ci à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un second arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet des Ardennes l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours en lui faisant obligation de se présenter au commissariat de police de Charleville-Mézières tous les vendredis entre 18 h et 19 h et tous les dimanches entre 10 h et 11 h. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant il y a lieu de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté obligeant M. A à quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

5. D'une part, si M. A est entré irrégulièrement en France, il ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour avant sa majorité et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour lorsqu'il est devenu majeur. Il n'entre ainsi pas dans le champ des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'autre part, le préfet ne saurait, sans méconnaitre l'autorité de la chose jugée par le jugement du 10 février 2023, qui est devenu définitif, invoquer une menace à l'ordre public liée à la falsification par l'intéressé des documents d'identité qu'il a produits à l'appui de sa demande de titre de séjour. Si la décision attaquée mentionne également qu'il est " connu des forces de l'ordre pour des faits d'agression sexuelle sur mineur de 15 ans commis le 30 octobre 2021 et pour usage de stupéfiants en 2019 ", ces faits, qui sont contestés, ne sont, en l'absence de défense du préfet, corroborés par aucune pièce. Par suite, la décision d'éloignement ne peut pas non plus trouver son fondement dans les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête invoqués à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, que l'arrêté du 20 juin 2023 doit être annulé.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :

8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 30 juin 2023, qui fait au demeurant obligation à M. A de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Charleville-Mézières alors qu'il réside à Sedan, ville distante de 25 kilomètres, doit être annulé en conséquence de l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence dans le département des Ardennes n'impliquent aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de Ardennes de délivrer un titre de séjour à M. A et subsidiairement de réexaminer sa situation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ségaud-Martin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement audit conseil d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du préfet des Ardennes du 20 juin 2023 obligeant M. A à quitter sans délai le territoire français et du 30 juin 2023 prononçant son assignation à résidence dans le département des Ardennes sont annulés.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ségaud-Martin, conseil de M. A, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Julie Ségaud-Martin et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

A. DESCHAMPS

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°2301573

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