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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301655

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301655

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 3ème chambre
Avocat requérantSCP SAMMUT CROON JOURNÉ-LÉAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, Mme A B, représentée par la SCP Sammut Croon Journé-Léau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne a mis à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 5 400,38 euros sur la période de septembre 2018 à août 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 1er juin 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la Haute-Marne a rejeté son recours contre la décision du 11 août 2021 ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 1er juin 2023 n'est pas signée et il n'est pas justifié ni de l'identification des membres de la commission ni de la désignation régulière de M. C E comme président de la commission de recours amiable qui serait ainsi incompétent ;

- la décision du 1er juin 2023 n'est pas fondée dès lors que la commission de recours amiable a pris acte des éléments expliquant les sommes n'ayant pas été déclarées par la requérante sans en tirer les conséquences.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la notification de la décision du 1er juin 2023 comporte bien la signature et le nom de la personne compétente et que les documents versés par Mme B ne permettent pas de justifier l'intégralité des sommes retenues par le contrôleur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter

les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice

ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'État, par les caisses d'allocations familiales

et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

2. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Par l'effet du recours préalable obligatoire, la décision du 1er juin 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne a rejeté le recours de Mme B contre la décision du 11 août 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne a mis à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 5 400,38 euros sur la période de septembre 2018 à août 2021 s'est substituée à cette dernière décision. La requête de Mme B soit ainsi être regardée comme dirigée uniquement contre la décision du 1er juin 2023. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux organismes de sécurité sociale en vertu de l'article L. 100-3 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". S'agissant des décisions prises par une autorité administrative de caractère collégial, et sauf à ce que des dispositions régissent leur forme de façon particulière, il est satisfait aux exigences découlant de cet article dès lors qu'elles portent la signature de leur président, accompagnée des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article. Il ne peut cependant en aller ainsi, en l'absence de toute disposition législative ou réglementaire imposant une présidence au sein de la commission de recours amiable, que lorsque celle-ci a fait le choix de se doter d'un président. A défaut, il ne peut être satisfait aux exigences découlant des dispositions de l'article L. 212-1 précité, que par la signature de la décision par l'ensemble des membres de la commission, accompagnée pour chacun d'entre eux des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article.

4. Il résulte de l'instruction que la décision de la commission de recours amiable en date du 1er juin 2023 ne comporte aucune signature ni d'indication quant à son auteur. Toutefois, il résulte également de l'instruction que la commission de recours amiable s'est dotée d'un président en la personne de M. C E. Le courrier notifiant cette décision est signé, pour M. E, par M. G D, directeur-adjoint de la caisse d'allocations familiales qui exerce les fonctions de secrétaire de la commission de recours amiable. Toutefois, M. D n'est pas administrateur de la caisse d'allocations familiales, et n'est, par suite, pas membre de la commission de recours amiable. Si une délibération du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales du 1er décembre 2022 autorise M. E à déléguer sa signature, il n'appartenait pas au conseil d'administration de procéder lui-même à cette délégation au bénéfice de M. E. A supposer même que M. D ait pu déléguer sa signature à une personne qui n'est pas membre de la commission de recours amiable, il ne résulte en tout état de cause pas de l'instruction qu'il aurait lui-même délégué sa signature à M. E. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration citées au point précédent et de l'incompétence du signataire doivent être accueillis. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 1er juin 2023 doit être annulée.

5. L'annulation prononcée n'implique aucune mesure d'application. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées. Si elle s'y croit fondée, il appartient à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne de prendre une nouvelle décision, sauf à ce que les règles de prescription y fassent obstacle.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne une somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er juin 2023 est annulée.

Article 2 : La caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne versera à Mme B une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

A. FLa greffière,

signé

I. ROLLAND

N°2301655

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