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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301657

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301657

vendredi 4 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantAOUIDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juillet 2023, Mme A D, épouse B, représentée par Me Nebil Aouidet, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite à défaut d'exécution volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour avec la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire du refus de titre de séjour est incompétent ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui refusant un titre de séjour est elle-même illégale.

La procédure a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Friedrich, conseiller.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clemmy Friedrich,

- et les observations de Me Aouidet, représentant Mme D, s'en remet à ses écritures.

Le préfet des Ardennes n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, après que le conseil du requérant a formulé des observations orales au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante arménienne née le 9 octobre 1985 à Erevan, est entrée en France à la date déclarée du 1er juillet 2015. Saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par celle-ci, le préfet des Ardennes, par un arrêté du 19 juin 2023, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite à défaut d'exécution volontaire. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un arrêté du 20 juin 2022, notifié le 27 juillet 2023, Mme D a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de Mme D tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité du refus de titre de séjour :

3. Par un arrêté du 13 juin 2023 régulièrement publié le lendemain dans le recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Ardennes a donné à M. Christian Vedelago, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous les actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. C, signataire de l'arrêté en litige, manque en fait.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet des Ardennes, qui n'était pas tenu de faire référence, de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, a ainsi suffisamment motivé cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du

19 juin 2023 doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui est entrée en France en 2015, est mère de trois enfants mineurs qui sont respectivement nés les 9 février 2011, 25 septembre 2015 et 29 septembre 2017, mais dont il n'est pas établi qu'ils font tous l'objet d'une scolarisation continue. Par ailleurs, elle ne démontre pas avoir noué en France des liens d'une ancienneté et d'une intensité suffisantes et elle ne soutient, ni même allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et en dépit de la durée de sa résidence en France, la décision par laquelle le préfet de Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et, par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié', "travailleur temporaire' ou "vie privée et familiale', sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

9. Pour les motifs que ceux exposés au point 7, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Ardennes, en refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ou pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est mère de trois enfants mineurs, ainsi qu'il a été dit au point 7. Toutefois, s'il est établi que l'aîné a été scolarisé dès son entrée en France et qu'il a accompli l'ensemble des cycles 2 et 3 de l'enseignement primaire, Mme D n'apporte aucun élément de nature à établir que ses deux autres enfants, qui sont âgés respectivement de huit et six ans, suivent une scolarité continue depuis l'âge à partir duquel l'instruction est obligatoire. Dans ces conditions, et en dépit de la situation particulière de l'aîné et de ce que les deux autres enfants de Mme D n'ont vécu qu'en France, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Ardennes, en refusant de lui délivrer un titre, n'aurait pas pris en considération l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus de délivrance de titre de séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 11, la décision en litige ne méconnaît pas les stipulations précitées des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernent le droit de séjour et, dès lors, Mme D ne saurait utilement s'en prévaloir pour critiquer la légalité d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle a un objet distinct.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour, celles aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, épouse B, à Me Nebil Aouidet et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

C. FRIEDRICHLe greffier,

Signé

E. MOREUL

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