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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301699

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301699

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 25 juillet 2023 et le 8 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Gaffuri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle ne procède pas d'un examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces enregistrées le 17 octobre 2023.

Par une ordonnance du 18 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 novembre 2023 à 12h00.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de nationalité arménienne née le 14 juillet 1954, est entrée sur le territoire français le 31 juillet 2011 selon ses déclarations. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 14 septembre 2011. Par une décision du 22 mai 2012, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le 6 décembre 2012, le préfet de l'Aube a, en conséquence, pris une première mesure d'éloignement à l'encontre de l'intéressée, laquelle a sollicité, le 9 janvier 2013, le réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 17 janvier 2014, confirmée le 20 mars 2014 par la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande comme irrecevable. Le 19 avril 2022, Mme B a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juin 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, la préfète de l'Aube a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par la requérante sur le fondement de l'article L. 425-9 cité au point précédent, la préfète de l'Aube s'est appropriée les termes de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a estimé, le 28 février 2023, que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'une déficience sinusale ayant entraîné l'implantation d'un pace-maker en 2019, de coronopathie avec implantation d'un stent en 2019, d'arythmie chronique justifiant des hospitalisations régulières en service cardiologie, d'hypertension artérielle, d'hypercholestérolémie et d'un diabète de type 2. Pour l'ensemble de ces pathologies, un traitement lui est prescrit comprenant, outre un suivi cardiologique complexe, la prise de 12 médicaments, notamment l'éplérenone, le Diffu-K, le Liptruzet et l'Irbesartan. Pour contester le sens de l'avis émis le 28 février 2023 par le collège de médecins de l'OFII, Mme B, qui a levé le secret médical, produit un certificat médical, traduit de l'arménien, établi en août 2023 par le docteur C exerçant au sein de la polyclinique n°19 de la ville d'Erevan, qui indique que l'éplérenone n'est pas disponible dans ce pays tandis que le Diffu-K, le Liptruzet et l'Irbesartan présentent une valeur très élevée. Si l'OFII a produit, à la demande du présent tribunal, l'entier dossier médical de Mme B au vu duquel il s'est prononcé, ce dernier ne comporte aucune précision sur les éléments ou informations ayant permis au collège des médecins d'estimer que la requérante pouvait, au contraire, bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La préfète de l'Aube ne produit pas davantage de pièces de nature à contredire les éléments apportés par la requérante quant à l'existence d'un traitement approprié à son état de santé et quant à sa disponibilité dans des conditions lui permettant d'y avoir accès de manière effective. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Arménie. L'intéressée est dès lors fondée à soutenir que la préfète de l'Aube a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, par suite, être accueilli.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2023 de la préfète de l'Aube.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Aube délivre à la requérante un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Aube d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gaffuri, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gaffuri de la somme de 1 200 euros. En revanche les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la préfète de l'Aube soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gaffuri une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Les conclusions présentées par la préfète de l'Aube sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Isabelle Gaffuri et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELa présidente,

Signé

A-S. MACH

Le greffier,

Signé

E. MOREUL

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