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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301709

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301709

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2023, M. D A représenté par Me Bouget, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Marne de transmettre son dossier à la préfecture ou à la sous-préfecture de son domicile dans un délai qui ne pourra être supérieur à deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Marne, si la décision portant obligation de quitter le territoire français n'était pas annulée, de lui accorder un délai supérieur à 30 jours pour quitter le territoire ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que le préfet estime que M. A ne vivrait pas dans la Marne ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- la décision fixant le délai de retour est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, par courrier du 20 décembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour pour cause de tardiveté dès lors que la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A a fait l'objet d'un accusé réception le 29 septembre 2021 mentionnant les voies et délais de recours et précisait les conditions de naissance d'une décision implicite de rejet. La décision querellée de refus expresse d'admettre M. A au séjour du 26 juin 2023 présente le caractère d'une décision confirmative insusceptible de recours contentieux dès lors qu'elle est intervenue postérieurement à l'expiration du délai de recours ouvert à l'encontre de la décision implicite.

Par un courrier du 3 janvier 2024, M. A a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public susceptible d'être relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- et les observations de Me Bouget représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 1er avril 1989, de nationalité égyptienne, est entré le 11 avril 2015 via la Hongré sous couvert d'un visa C délivré par la Slovaquie valable du 11 avril 2015 au 28 avril 2015. Il a déposé d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 29 septembre 2021. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur la décision de refus de séjour

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé le 29 septembre 2021 une demande de régularisation de sa situation administrative qui a fait l'objet d'un accusé réception de la part des services préfectoraux indiquant les conditions de naissance d'une décision implicite de rejet et mentionnant les voies et délais de recours contre celle-ci. Il résulte des textes précitées qu'une décision implicite de rejet est née au terme d'un délai de quatre mois à compter du 29 septembre 2021. A défaut d'avoir fait l'objet d'un recours contentieux dans les deux mois suivant sa naissance, cette décision implicite était devenue définitive le 26 juin 2023, date à laquelle une décision expresse a rejeté la demande de l'intéresse. Il suit de là que cette seconde décision présente le caractère d'une décision confirmative insusceptible de recours contentieux. La circonstance que les services préfectoraux ont, par courriel, les 3 janvier 2022 et 1er août 2022, indiqué que la demande de l'intéressé était toujours à l'instruction est sans incidence sur la naissance d'une décision implicite de rejet. De même, s'il n'est pas contesté que le préfet a pris le 26 juin 2023 une décision, son caractère confirmatif fait obstacle à la recevabilité du présent recours. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant le séjour en date du 23 juin 2023 sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les autres décisions querellées

4. Par un arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Marne a, dans son article 1er, donné délégation à M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, qui est signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant un délai de trente jours et le pays de renvoi datées du 26 juin 2023, doit être écarté comme manquant en fait.

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour, décision administrative individuelle, doivent être rejetées en raison de leur caractère tardif. Par suite, le délai de recours contentieux ouvert à l'encontre de cette décision étant écoulé au jour de l'introduction du présent recours, M. A ne peut utilement invoquer par voie d'exception le moyen tiré de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile viennent au soutien des prétentions concernant uniquement les conditions de délivrance du titre de séjour et ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant un délai de trente jours et le pays de renvoi.

7. M. A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 relative à l'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière dès lors que ce texte, dépourvu de valeur normative, n'est pas opposable au préfet.

8. M. A soutient que le préfet de la Marne a commis une erreur de fait en considérant qu'il ne résiderait pas dans la Marne. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. A se prévaut de ses nombreuses attaches qui établissent la construction d'une vie amicale riche en France et précise ne plus avoir de liens avec l'Egypte en produisant les certificats de décès de ses parents. Toutefois, les attestations produites de ses connaissances, qui pour certaines ont été établies postérieurement aux décisions attaquées, ne sont pas suffisantes pour établir son intégration sociale en France. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfant, a vécu hors du territoire français jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, et en dépit de la durée du séjour en France de l'intéressé, le préfet de la Marne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant un délai de trente jours ainsi que le pays de renvoi ont été prises.

11. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, les moyens invoqués par voie d'exception tirés de l'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre des décisions fixant le délai de retour et le pays de renvoi ne peuvent qu'être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas recevable à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé le séjour, et n'est pas fondé à demander l'annulation du même arrêté en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Doivent, par suite, être rejetées, les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

O. NIZETLa greffière,

I. DELABORDE

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