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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301715

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301715

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSELAS CABINET DEVARENNE ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, M. A D, représenté par la SELAS Devarenne Associés Grand Est, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel la préfète de la Haute-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a obligé à se présenter chaque mercredi à 14 heures au commissariat de Chaumont pour justifier des diligences dans la préparation de son départ ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de réexaminer sa situation sans délai et de lui délivrer une carte de séjour l'autorisant à travailler.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2023, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée 26 juillet 2023, Mme B E épouse D, représentée par la SELAS Devarenne Associés Grand Est, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel la préfète de la Haute-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a obligée à se présenter chaque mercredi à 14 heures au commissariat de Chaumont pour justifier des diligences dans la préparation de son départ ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de réexaminer sa situation sans délai et de lui délivrer une carte de séjour l'autorisant à travailler.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2023, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Brener, se substituant à la SELAS Devarenne associés Grand-Est, pour les requérants,

- les observations de M. D et Mme E épouse D assistés d'un interprète en langue arménienne.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. D et Mme E épouse D, de nationalité arménienne, déclarent être entrés sur le territoire français le 7 août 2022. Ils ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 novembre 2022, confirmées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 5 juillet 2023. Par arrêtés du 12 juillet 2023, la préfète de la Haute-Marne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination. Les intéressés demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les demandes des requérants, il y a lieu de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par un arrêté du 5 septembre 2022, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Marne, la préfète de la Haute-Marne a donné délégation à M. Den Heijer, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Marne, à l'effet de signer tous actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés litigieux manque en fait.

5. Les arrêtés attaqués mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle des requérants. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. M. D et Mme E se prévalent de craintes en cas de retour en Arménie liées au statut de déserteur de M. D suite à sa soustraction intentionnelle à l'effort de guerre déployé au Haut-Karabakh. Si le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les intéressés peuvent se prévaloir de ces stipulations à l'encontre des décisions fixant leur pays de destination. Toutefois, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté leurs demandes d'asile et les éléments qu'ils produisent dans la présente instance ne permettent pas d'établir la réalité des craintes dont ils se prévalent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme E épouse D déclarent être entrés en France le 7 août 2022, soit récemment à la date des arrêtés litigieux. Les requérants entendent se prévaloir des relations qu'ils entretiennent avec la mère, la grand-mère et l'oncle de M. D, qui séjournent en situation régulière sur le territoire français. Cependant, il ressort des pièces du dossier que les intéressés ont vécu en Arménie jusqu'aux âges respectifs de 38 et 34 ans, éloignés de ces membres de leur famille et notamment de la mère du requérant, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle réside à Langres depuis 2016. En outre, ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine et ne justifient pas d'une intégration particulière. Enfin, s'ils produisent, à l'appui de leurs demandes, une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée pour M. D ainsi qu'une demande d'autorisation de travail pour un étranger résidant en France en vue de la conclusion d'un contrat similaire pour Mme E épouse D, ces documents ont été établis postérieurement à l'édiction des arrêtés attaqués. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués auraient porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris et méconnaitraient ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. D et Mme E épouse D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction des requérants doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D et Mme E épouse D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. D et Mme E épouse D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B E épouse D et à la préfète de la Haute-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

A. C La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s 2301715 et 2301716

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