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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301749

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301749

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juillet et 11 octobre 2023, M. C D, représenté par Me Denis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné en cas d'exécution forcée ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date du jugement à intervenir au titre des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- la préfète n'a pas vérifié qu'il ne pouvait pas être admis au séjour sur un autre fondement ;

- sa situation personnelle et professionnelle justifiait son admission exceptionnelle au séjour ;

- ses documents d'état civil sont probants et il était effectivement mineur au moment où il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant fixation du pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2023, la préfète de l'Aube, représentée par la SCP Ancelet Elie Saudubray, conclut au rejet de la requête et au versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps, président-rapporteur,

- et les observations de Me Denis pour M. D et celui-ci en ses explications.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais né le 20 juin 2000, est entré en France le 18 juin 2017 et a été confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il a alors formulé une demande de titre de séjour, rejetée par arrêté du 19 février 2021 de la préfète de l'Aube lui faisant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 21 février 2023, l'intéressé a sollicité des autorités françaises son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 21 juin 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les articles L. 812-1 et L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont relatifs aux contrôles des obligations de détention, de port et de présentation des pièces et documents autorisant à circuler ou séjourner en France. Dans sa requête, M. D demande aux services de la préfecture de l'Aube de justifier que le contrôle ayant causé l'arrêté attaqué a été réalisé dans le cadre des dispositions de ces articles. Cependant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci n'est pas consécutif à un tel contrôle mais au rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 812-1 et L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

3. La préfète de l'Aube a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 435-1 et L. 423-23. Cette autorité a indiqué les raisons pour lesquelles elle a considéré que M. D ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité. Elle a également fait état d'éléments suffisants sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Ainsi, cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n'est dès lors pas entaché d'une insuffisance de motivation au titre des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ou d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. Lorsque la loi prescrit qu'un ressortissant étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement. En dehors de ces circonstances, le législateur n'a ainsi pas entendu imposer aux préfets d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par les autres articles. Il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète a examiné la situation du requérant au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'elle a procédé, à titre subsidiaire, à l'examen de sa situation sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code. Il en résulte que M. D, qui n'établit pas remplir les conditions permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur un autre fondement, n'est pas fondé à soutenir que la préfète ne s'est pas assurée qu'il ne pouvait bénéficier d'un droit au séjour à un autre titre.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D réside en France depuis le 18 juin 2017 et qu'il est actuellement hébergé chez Mme E A depuis le 18 novembre 2022. Le requérant entend se prévaloir des relations qu'il a nouées sur le territoire français, notamment au travers de sa scolarité et de son activité sportive. Toutefois, bien qu'établies, ces attaches ne sont pas d'une intensité particulière. Dès lors, la situation de M. D ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels susceptibles de permettre de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, le requérant se prévaut de sa scolarité en France en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle en restauration ainsi que d'une promesse d'embauche au sein de la SAS Tavema pour un contrat à durée indéterminée en qualité de maçon. Cependant, il ressort des pièces du dossier que M. D n'a pas obtenu son CAP restauration et qu'il a dû se réorienter dans la maçonnerie, domaine dans lequel il vient d'être formé. La promesse d'embauche qu'il détient à ce titre, au demeurant postérieure à l'édiction de l'arrêté attaqué, ne saurait, dans ces conditions, caractériser des motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

8. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le refus de délivrance d'un titre de séjour à M. D et l'obligation de quitter le territoire français soient motivés par les incertitudes relatives à son état civil et plus précisément à sa minorité au moment de sa prise en charge par les services de l'aide social à l'enfance. Dans ces conditions, le moyen tiré de la circonstance qu'il était effectivement mineur lors de son placement est inopérant à l'encontre de l'arrêté attaqué et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. Aux termes de l'art 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Eu égard à ce qui a été dit au point 7 du présent jugement et à la circonstance que le requérant, s'il l'allègue, n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être rejeté.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. M. D dit craindre d'être victime de tels traitements en cas de retour au Cameroun et se prévaut, à l'appui de ses dires, d'un article de Jeune B daté du 17 juin 2023 faisant état de la situation des droits humains dans ce pays. Toutefois, cet élément ne permet pas d'établir la réalité de risques personnels, directs et actuels que le requérant pourrait encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction du requérant doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige :

15. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions présentées par M. D au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. D la somme demandée par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Henriot, conseiller,

Mme Alibert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. HENRIOTLe président-rapporteur,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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