jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301756 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 12 juin 2023 en tant que la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer une carte de résident.
Il soutient que :
- il était titulaire d'un titre de séjour pluriannuel jusqu'en avril 2021, date à compter de laquelle la préfète lui a délivré une carte de séjour annuelle de sorte qu'il se trouve dans une situation précaire ;
- il est actuellement autoentrepreneur, ses revenus ne lui permettent pas de subvenir entièrement à ses besoins, il bénéficie du revenu de solidarité active et il dispose d'une assurance maladie en tiers payant ;
- il est installé en France avec ses parents depuis 34 ans et y a effectué toute sa scolarité ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- il est parent de trois enfants français ;
- il est titulaire d'un diplôme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 25 avril 2023 fixant la liste des diplômes et certifications attestant du niveau de maîtrise du français requis pour l'obtention d'une carte de résident, d'une carte de résident permanent ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais (Kinshasa) né le 2 octobre 1983, est entré en France en août 1989 et a sollicité, le 22 février 2022, la délivrance d'une carte de résident. Par une décision du 12 juin 2023, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " et lui a délivré une carte de séjour d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision en tant qu'elle porte refus de lui délivrer une carte de résident.
2. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code. () ". Selon l'article L. 426-19 du même code : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. ". En vertu de l'article L. 413-7 de ce code, dans sa rédaction applicable à la date de la décision contestée : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. ". L'article R. 413-15 du même code dispose : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : () / 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. () ". Selon l'article 1er de l'arrêté du 25 avril 2023 fixant la liste des diplômes et certifications attestant du niveau de maîtrise du français requis pour l'obtention d'une carte de résident, d'une carte de résident permanent ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " : " Les diplômes recevables pour l'obtention d'une carte de résident, d'une carte de résident permanent ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ", mentionnés à l'article R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont les suivants : / 1° Tout diplôme délivré par une autorité française, en France ou à l'étranger, sanctionnant un niveau au moins égal au niveau 3 du cadre national des certifications professionnelles ; / 2° Tout diplôme attestant un niveau de connaissance de la langue française au moins équivalent au niveau A2 du cadre européen de référence pour les langues. ".
3. Pour refuser de délivrer une carte de résident à M. B, la préfète de l'Aube s'est fondée sur le fait qu'il ne disposait pas d'un diplôme ou d'une certification permettant d'attester de sa maîtrise de la langue française à un niveau A2 du cadre européen de référence pour les langues du Conseil de l'Europe. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est titulaire d'un brevet d'études professionnelles en électrotechnique obtenu en 2002 de sorte qu'il justifie détenir un diplôme délivré par les autorités françaises sanctionnant un niveau au moins égal au niveau 3 du cadre national des certifications professionnelles permettant d'attester d'une maîtrise suffisante du français. Dans ces conditions, c'est par une inexacte application des dispositions des articles L. 413-7 et R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de l'Aube a estimé que l'intéressé ne remplissait pas cette condition.
4. Toutefois, pour refuser la délivrance de la carte de résident sollicitée par le requérant, l'administration s'est également fondée sur le fait qu'il ne justifiait pas disposer de ressources suffisantes sur les cinq dernières années.
5. Si l'intéressé se prévaut de l'activité d'autoentrepreneur qu'il exerce depuis 2021, il est constant que celle-ci ne lui procurait pas des revenus au moins égaux au salaire minimum de croissance alors qu'il ne conteste pas n'avoir exercé aucune activité sur la période antérieure et qu'il ne peut utilement se prévaloir des prestations qu'il perçoit au titre du revenu de solidarité active. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Aube aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif. Dans ces conditions, en refusant de délivrer la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " sollicitée par M. B, la préfète de l'Aube n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit par suite être écarté.
6. En soutenant que la seule détention d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an le place dans une situation précaire, qu'il est installé en France, où il a effectué toute sa scolarité, avec ses parents depuis 34 ans, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il est parent de trois enfants français, le requérant peut être regardé comme soutenant que la préfète de l'Aube a entaché son appréciation d'erreur manifeste en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Toutefois, un tel moyen est sans incidence sur la légalité d'une décision refusant la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident longue durée-UE ", un tel refus ne faisant pas obstacle à la délivrance d'un autre titre de séjour et n'emporte, par elle-même, aucune conséquence sur le droit au séjour de l'intéressé qui s'est vu délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an le même jour. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2023 par laquelle la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer une carte de résident. Sa requête doit ainsi être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
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