vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301769 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2023, Mme A C B, représentée par Me Gaffuri, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du directeur de l'Office français
de l'immigration et de l'intégration du 24 mai 2023 refusant de lui accorder le bénéfice
des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration
de la rétablir dans ses droits dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification
du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, à défaut,
de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration
la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Gaffuri en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle ne révèle pas qu'un examen particulier de sa situation personnelle aurait été conduit ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas vérifié si sa situation présente un caractère de vulnérabilité, laquelle est établie au regard de son état de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2024, l'Office français
de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2024 par une ordonnance
du 20 février précédent.
Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 20 mai 1980, est entrée en France le 28 novembre 2021 afin d'y solliciter
la reconnaissance de la qualité de réfugié, déposée le 8 décembre suivant, qui a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 31 janvier et 27 mai 2022. Le 2 février 2023, l'intéressée a présenté une demande de réexamen et a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Cette dernière demande a été refusée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII)
le 2 février 2023 sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du code
de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a formé un recours préalable obligatoire le 23 mars 2023, qui a été rejeté le 24 mai suivant par le directeur général de l'OFII. Mme C B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivé. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".
3. La décision du directeur de l'OFII en litige fait mention des dispositions des articles L. 522-3, L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle a été adoptée et précise les motifs pour lesquels
le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.
4. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le directeur général
de l'OFII a procédé à l'examen particulier de sa situation, contrairement
à ce que Mme C B soutient.
5. Aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " l'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ". Aux termes de son article R. 522-2 : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de celles produites
en défense, que Mme C B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité
le 2 février 2023, date d'enregistrement de sa demande de réexamen d'asile, et a signé la fiche d'évaluation correspondante. D'autre part, l'intéressée soutient qu'elle est en situation
de vulnérabilité en raison de son état de stress post-traumatique lié aux différents traitements qu'elle a subis dans son pays d'origine et en Grèce. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait fait part de problèmes de santé durant l'entretien de vulnérabilité
et les documents médicaux qu'elle produit, au demeurant postérieurs à ce dernier, composés
d'un courrier d'un médecin généraliste demandant une prise en charge psychologique
et une attestation de prise en charge infirmière le 15 mai 2023, ne suffisent pas à caractériser
une situation de vulnérabilité. Dès lors, les moyens du vice de procédure et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur de l'OFII du 24 mai 2023. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée à la direction territoriale de l'Office français de l'immigration
et de l'intégration de Reims.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
P.H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
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