mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 2 août 2023, Mme A B, représentée par Me Gaffuri, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour et à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de séjour est entaché d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour,
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 16 octobre 1962, de nationalité congolaise, est entrée sur le territoire français le 1er juillet 2022 selon ses déclarations. L'intéressée a sollicité un titre de séjour " étranger malade " le 14 février 2023. Elle demande l'annulation de l'arrêté du
22 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.
Sur la légalité de la décision de refus de séjour
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. La décision refusant le séjour comporte mention des textes dont elle fait application et des circonstances de fait retenues par la préfète de l'Aube pour justifier sa décision. Elle est, par suite, motivée. Cette motivation permet d'établir que la préfète de l'Aube s'est livrée à un examen complet et approfondi de la situation personnelle de la requérante.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. Aux termes de l'article R 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'Office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. Lorsque la demande est fondée sur l'article L. 431-2, le certificat médical est transmis dans le délai mentionné à ce même article. "
5. Mme B soutient que la préfète de l'Aube ne pouvait rejeter sa demande de titre de séjour en se fondant sur l'absence de transmission du certificat médical à l'OFII dès lors qu'elle apporte la preuve de la réalité de sa pathologie et de son absence de prise en charge dans son pays d'origine. D'une part, la préfète de l'Aube produit en défense la preuve qu'elle a transmis à la requérante, à son adresse déclarée le 6 avril 2023, un pli contenant un kit médical aux fins de transmission du certificat médical mentionné par les dispositions précitées. Ce pli a été réacheminé le 5 mai 2023 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La circonstance qu'aucun pli recommandé ne lui ait été remis les 21 et 24 avril 2023 lorsqu'elle s'est déplacée à son adresse de domiciliation est sans incidence sur la légalité de la décision de refus de séjour. Si Mme B souligne qu'elle a eu connaissance de ce pli le 12 mai 2023, rien ne s'opposait à ce qu'elle prenne l'attache des services de la préfecture pour régulariser sa situation, la décision de refus de séjour n'étant intervenue que le 22 juin 2023. D'autre part, à défaut de transmission de la pièce attendue qui permettait la rédaction d'un rapport médical et l'émission d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la préfète de l'Aube ne pouvait donc pas se prononcer sans ces étapes préalables sur la délivrance de titre de séjour " étranger malade " tant au regard de la gravité de sa pathologie que de la disponibilité du traitement dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme B ne peut utilement soutenir que la préfète de l'Aube a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation sur ce motif.
6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Mme B fait valoir que toute sa famille vit en France et qu'elle entretient des contacts réguliers avec elle en s'occupant notamment de ses petits enfants en France. Elle précise que sa présence en France est liée à des pathologies qui nécessitent l'aide de ses enfants. Toutefois, entrée sur le territoire récemment à l'âge de 60 ans, elle est célibataire et sans emploi. Les attestations transmises ne suffisent pas à justifier de son intégration sociale ni des liens réguliers maintenus avec sa famille. Au demeurant, elle n'établit pas qu'elle aurait besoin de l'assistance de ses proches ni que sa pathologie ne pourrait pas être prise en charge dans son pays d'origine. Enfin, elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où vivent ses frères et sœurs et où elle s'est maintenue pendant dix ans après le décès de son époux. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Aube n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle et familiale de Mme B.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français
9. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus de séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen soulevé, par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 613-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
11. La décision portant obligation de quitter le territoire français comporte mention des textes dont elle fait application et des circonstances de fait retenues par la préfète de l'Aube pour justifier sa décision. Elle est, par suite, motivée.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la préfète de l'Aube n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
14. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la préfète de l'Aube, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller
M. Oscar Alvarez, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
Le rapporteur,
O. ALVAREZ
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026