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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301811

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301811

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête, enregistrée le 8 août 2023, M. A B, représenté par Me Lombardi demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 22 juin 2023 par laquelle la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) à titre principal d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par un auteur incompétent ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- il remplit toutes les conditions pour se voir délivrer une carte de résident de dix ans ;

- il justifie d'une insertion professionnelle réussie et de ressources suffisantes et stables ;

- il pouvait prétendre à la délivrance d'une carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Oscar Alvarez a été entendu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né le 15 février 1971, est entré sur le territoire français le 16 décembre 1999 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Il s'est vu délivrer des titres de séjour, régulièrement renouvelés, depuis le 31 mai 2005. Le 28 mars 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par le présent recours, il demande l'annulation de la décision du 22 juin 2023 par laquelle la préfète de l'Aube lui a refusé cette délivrance.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail ".

4. Par la décision en litige qui constitue une mesure de police administrative, la préfète de l'Aube après avoir cité les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique : " Après étude de votre dossier, il apparait que vous ne remplissez pas la condition de ressources sur les cinq dernières années ". Cette mention se borne à rappeler qu'un des critères prévus par le texte précité, pour obtenir la délivrance d'une carte de résident, n'est pas rempli, mais ne permet pas à son destinataire de connaitre les considérations factuelles propres à sa situation ayant permis à l'administration de retenir une insuffisance de ressources. Par suite, la décision en litige est insuffisamment motivée.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être accueillies, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte

6. L'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, implique seulement que la demande de carte de résident de dix ans présentée par M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Aube de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.

Sur les frais d'instance

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 juin 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de procéder, dans le délai deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la demande de carte de résident de dix ans présentée par M. B.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. ALVAREZ

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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