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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301831

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301831

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantREICH CYRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 10 août et le 13 septembre 2023, M. E A, représenté par Me Reich, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour provisoire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par semaine de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par un auteur incompétent ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le présent arrêté méconnait le principe de sécurité juridique car la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre et annulée par le tribunal a fait l'objet d'un appel sur lequel la Cour administrative d'appel ne s'est pas encore prononcée ;

- sa situation personnelle devrait le protéger d'une mesure d'éloignement ;

- l'arrêté méconnait les stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête et deux mémoires enregistrés les 10 août et 13 septembre 2023, Mme F D, représentée par Me Reich-Pinto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par semaine de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par un auteur incompétent ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la préfète ne pouvait pas, pour prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, mentionner la première mesure d'éloignement prise à son encontre le 16 avril 2021 car celle-ci a fait l'objet d'une suspension par le juge administratif ;

- sa situation personnelle devrait la protéger d'une mesure d'éloignement ;

- l'arrêté méconnait les stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/32/UE ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poujade,

- les observations de Me Reich, se substituant à Me Reich-Pinto concernant le dossier de Mme D, pour les requérants,

- les observations de Mme D et de M. A, assistés d'un interprète en langue serbo-croate.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. A et Mme D, de nationalité bosnienne, déclarent être entrés sur le territoire français le 20 janvier 2020. Ils ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 février 2021. Par arrêtés du 16 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination. Par un jugement du 24 juin 2021, le tribunal administratif de Nancy a prononcé la suspension de ces arrêtés jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), qui a rejeté les recours des requérants par ordonnances du 31 août 2021. Les requérants ont présenté des demandes de réexamen de leurs demandes d'asile le 26 octobre 2021, rejetées le 28 octobre suivant pour irrecevabilité. Ces décisions ont été annulées par la CNDA le 7 décembre 2022, qui a renvoyé à l'OFPRA l'étude de leurs demandes de réexamen. Par un arrêté du 2 février 2023, la préfète de l'Aube a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai. Cette décision a été annulée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le 13 février 2023, faute de nouvelle décision de l'OFPRA concernant sa demande d'asile. Le 21 mars 2023, l'OFPRA a rejeté une seconde fois les demandes d'asile des intéressés. Par deux arrêtés du 21 juillet 2023, la préfète de l'Aube a obligé les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination. Les requérants demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande des requérants, il y a lieu de leur accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Les arrêtés attaqués ont été signés par la préfète de l'Aube, Mme B C. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

5. Les arrêtés attaqués mentionnent les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle des requérants. Il ne ressort pas des termes de ces arrêtés que la préfète se soit abstenue de procéder à un examen sérieux de leur situation. Par ailleurs, la circonstance que la préfète fasse mention de l'historique des décisions administratives et juridictionnelles relatives à la situation des requérants est sans incidence sur la légalité des arrêtés attaqués. Dès lors, les moyens tirés de ce que les arrêtés attaqués sont entachés d'un défaut d'examen sérieux et complet de leur situation personnelle ne sont pas fondés et doivent, par suite, être écartés.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français édicté à l'encontre de M. A le 2 février 2023 a été annulé par un jugement du tribunal du 13 février 2023. Dès lors, et en dépit de l'appel interjeté à l'encontre de cette décision par la préfète de l'Aube, à la date des arrêtés attaqués, M. A ne faisait l'objet d'aucune mesure d'éloignement. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la préfète a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et le moyen selon lequel l'arrêté attaqué porte atteinte au principe de sécurité juridique doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Si les intéressés peuvent se prévaloir de ces stipulations à l'encontre des décisions fixant leur pays de destination, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté leurs demandes d'asile et les éléments qu'ils versent, dans la présente instance, ne permettent pas d'établir la réalité des craintes dont ils se prévalent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et M. A déclarent être entrés en France le 20 janvier 2020, soit très récemment à la date des arrêtés attaqués. Si certains membres de leur famille résident de manière régulière sur le territoire français, ils n'établissent pas entretenir des relations stables et intenses avec eux ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine, où résident encore trois de leurs enfants. Ils ne justifient par ailleurs d'aucune intégration particulière. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des requêtes de Mme D et M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction des requérants doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Mme D et M. A étant, dans la présente instance, les parties perdantes, leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme F D et M. E A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à M. E A, à Me Reich et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

A. POUJADE La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s 2301831 et 2301833

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